Que le meilleur gagne!

Deux hommes, que tout op­pose sauf la bê­tise, s’af­frontent dans un cham­pion­nat pour le moins in­so­lite.

Lire - - Roman Français - Jo­seph IN­CAR­DO­NA par 160 p., Fi­ni­tude, 15,50

AHei­no­la, en Fin­lande, se dé­roule chaque an­née au mois d’août le Cham­pion­nat du monde de sau­na. N’y voyez pas une in­ven­tion d’écri­vain, l’in­for­ma­tion est vraie et vé­ri­fiable. Les règles sont simples : le vain­queur est ce­lui qui reste le plus long­temps à ma­ri­ner dans une pièce her­mé­ti­que­ment fer­mée at­tei­gnant les 110 de­grés Cel­sius. Mais, au-de­là de la réa­li­té et du fait di­vers, Cha­leur est le ro­man d’une poi­gnée d’hommes fous d’or­gueil et de dé­sir d’ab­so­lu. Lors des qua­li­fi­ca­tions, une cen­taine de can­di­dats re­joint les ban­quettes du sau­na, mais deux hommes se dis­tinguent dé­jà de la masse mus­cu­laire. Le pre­mier s’ap­pelle Igor Aza­rov, 1,59 m pour 58 ki­los, la soixan­taine sans élé­gance, plu­tôt skaï que cuir. Il vient de Rus­sie via l’Es­to­nie, an­cien pe­tit sol­dat mar­chant vers

• un seul ob­jec­tif qu’il compte at­teindre dans trois jours exac­te­ment. Face à lui, Ni­ko Tan­ner, la star lo­cale, trois fois cham­pion du monde, 110 ki­los pour 189 cen­ti­mètres de viande, de muscle et de graisse. Ni­ko est « har­deur », il tra­vaille dans le por­no, boit comme un trou, prend toutes sortes de drogues et de filles, mais ce qu’il pré­fère, c’est l’air sa­tu­ré d’hu­mi­di­té et les plus hautes tem­pé­ra­tures. Deux can­di­dats op­po­sés en tout, mais por­tés par la même am­bi­tion. Quand la com­pé­ti­tion com­mence, le ro­man se tient en­core à dis­tance, pré­cis et lé­gè­re­ment rieur. Puis, im­per­cep­ti­ble­ment, la fo­lie entre dans le huis clos, scru­tant le géant fin­lan­dais et le Russe mi­nia­ture. On se rap­proche alors de l’Amé­ri­cain Har­ry Crews avec ses per­son­nages stu­pides et ob­sé­dés, peu­plant des chefs-d’oeuvre comme La Foire aux ser­pents ou Le Roi du K.O. Le Suisse In­car­do­na est de la même fa­mille. Il flirte de­puis ses pre­miers livres avec les hé­ros so­li­taires, les per­dants cré­pus­cu­laires. L’an der­nier, il pu­bliait un ro­man noir déses­pé­ré, Der­rière les pan­neaux, il y a des hommes. Cette fois, il choi­sit des cré­tins ma­jus­cules pour les ac­com­pa­gner au bout de leur na­ture hu­maine. Igor et Ni­ko sont pa­thé­tiques, mais il les rend hors du com­mun, ca­pables d’en­trer en ébul­li­tion pour fran­chir le seuil des quatre mi­nutes à tem­pé­ra­ture maxi­male. Ils de­viennent des christs ther­miques, des corps per­dus, des mar­tyrs de la bê­tise et de l’ob­ses­sion. Le lec­teur sait que la mort est au bout, mais pour ces sup­pli­ciés, elle ne pèse pas lourd tant ils sont per­sua­dés que la gloire ren­dra l’un des deux éter­nel. Vain­queur de rien du tout. Ch­ris­tine Fer­niot

Jo­seph In­car­do­na,

HHHC­ha­leur

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