Lien de soeurs

Un pre­mier ro­man poé­tique où il est ques­tion de sur­vie, d’amour et d’art.

Lire - - Roman Français - Jean HE­GLAND Dans la fo­rêt (In­to the Fo­rest) par tra­duit de l’an­glais (EtatsU­nis) par Jo­sette Chi­che­por­tiche, 304 p., Gall­meis­ter, 23,50

En ce jour de Noël, quand Nell ouvre la pre­mière page de son nou­veau jour­nal in­time, le monde est to­ta­le­ment bou­le­ver­sé au­tour d’elle et de sa soeur, Eva. L’an der­nier, les deux ado­les­centes par­laient en­core de guir­landes lu­mi­neuses, de pud­ding et de co­okies par­fu­mant la cui­sine ma­ter­nelle. A pré­sent, l’élec­tri­ci­té est une nos­tal­gie, et même les bou­gies se font de plus en plus rares dans la mai­son fo­res­tière. Ce soir, dans la pé­nombre, les deux filles s’of­fri­ront des ca­deaux de for­tune : un ca­hier vierge re­trou­vé der­rière un meuble pour Nell et des chaus­sons de danse re­pri­sés pour Eva. Les pa­rents sont morts, les voi­sins ont dis­pa­ru ou se terrent comme des fan­tômes. Il n’y a plus d’es­sence pour se rendre en ville, et seules trois poules sur­vi­vantes dans la cour donnent le sen­ti­ment que la vie d’au­tre­fois se main­tient comme elle peut.

On ne sau­ra ja­mais vrai­ment ce qui s’est pas­sé dans cette ré­gion d’Amé­rique où les épi­dé­mies se sont dé­ve­lop­pées en même temps que les ca­tas­trophes nu­cléaires et la crise éner­gé­tique. Nell et Eva y ont échap­pé en vi­vant tels des er­mites au coeur d’un bois dense et fer­mé sur lui-même. Ni dys­to­pie ni ro­man pos­ta­po­ca­lyp­tique, Dans la fo­rêt est une oeuvre poé­tique por­tée par une cer­taine mé­lan­co­lie, une beau­té grave qui s’ouvre sur une pointe d’es­pé­rance. Nell sur­vit grâce à l’amour des livres, Eva danse sans mu­sique à lon­gueur de jour­née. Elles at­tendent quelque chose qui ne se pro­duit pas. Or, toute la puis­sance lit­té­raire de ce pre­mier ro­man de Jean He­gland, écrit et pu­blié aux USA en 1996, est jus­te­ment un mé­lange d’ac­tions in­at­ten­dues et de pa­tience in­tense. Certes, des évé­ne­ments ex­té­rieurs vont bou­le­ver­ser les jeunes filles avec leur lot de peur, de vio­lence, d’émo­tion. Mais l’es­sen­tiel de­meure l’union de ces deux soeurs, sou­dées mais dif­fé­rentes, cou­ra­geuses sans être ex­cep­tion­nelles. Elles ne doutent ja­mais de la na­ture qui les en­toure, savent que la sur­vie est là, dans ce co­con éclai­ré par une lu­mière pâle, telle une re­nais­sance. Au loin, les hommes des villes se sont entre-tués. Ici, elles re­trouvent les gestes an­ces­traux à l’ombre des grands sé­quoias. Jean He­gland offre à ses lec­teurs un chant d’amour por­té par deux hé­roïnes sen­suelles. Son beau ro­man s’achève comme un pre­mier ma­tin du monde et, s’il n’est pas un conte de fée, il a tout d’une pa­ra­bole in­at­ten­due. Ch­ris­tine Fer­niot

He­gland, Jean

HHH

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.