So­li­da­ri­té oblige

Le phi­lo­sophe veut croire en une éco­no­mie du don et à la fin d’un ca­pi­ta­lisme qui s’es­souffle.

Lire - - Société - Jean-Claude MI­CHÉA Notre en­ne­mi, le ca­pi­tal : Notes sur la fin des jours tran­quilles par 318 p., Flam­ma­rion, 19

Dé­si­gner un en­ne­mi ne pro­met pas qu’on le ter­rasse. Ni même qu’on l’af­fronte. Ain­si de la fi­nance avec Fran­çois Hol­lande. Mais, avec Jean-Claude Mi­chéa, c’est une autre af­faire. De livre en livre, voi­ci le qua­tor­zième, notre phi­lo­sophe su­diste dé­nonce le ca­pi­ta­lisme, étrille ses idéo­logues et, peut-être plus en­core, ses idiots utiles. Sous le triple pa­tro­nage de Marx, de Proud­hon et de George Or­well, il conduit la cri­tique ser­rée du mode de pro­duc­tion ca­pi­ta­liste, es­time ne pas de­voir dis­tin­guer entre le « mau­vais » li­bé­ra­lisme – ce­lui qui com­mande l’ex­ploi­ta­tion – et le « bon » – ce­lui qui as­sure nos li­ber­tés –, pense qu’une éco­no­mie du don n’est pas moins « an­thro­po­lo­gique » qu’une éco­no­mie de la concur­rence, pro­meut, en­fin, une mo­rale de la com­mon de­cen­cy – il y a des choses « qui ne se font pas » – dont les dé­po­si­taires se­raient les « gens or­di­naires », ceux que les élites dé­si­gnent comme des « ploucs », four­riers de ce nou­veau spectre qui han­te­rait le monde : le po­pu­lisme!

Dans ces re­gistres, Jean-Claude Mi­chéa n’est évi­dem­ment pas seul. Mais il est le théo­ri­cien le plus éru­dit, le dia­lec­ti­cien le plus ser­ré, le po­lé­miste le plus cruel et aus­si le plus drôle. En outre, sa mé­thode d’ex­po­si­tion, in­va­riable, est vrai­ment ori­gi­nale. Un ex­po­sé de base – là, l’en­tre­tien fait de quatre ques­tions qu’il ac­corde à « un jeune site so­cia­liste et dé­crois­sant, Le Comp­toir » – puis seize sco­lies, cha- cune as­sor­tie d’une ving­taine de notes, qui dé­ve­loppent la pen­sée et éta­blissent les sources. Une struc­ture ar­bo­res­cente, « per­met­tant un mode d’ex­po­si­tion plus dia­lec­tique » ou, comme il dit, « si l’on pré­fère, une for­mule plus jeune, en 3 D ».

Une fois re­con­nu ces qua­li­tés, il reste loi­sible de sa­luer la force de cer­tains dé­ve­lop­pe­ments et d’être plus ré­ser­vé sur d’autres. Dans la pre­mière ca­té­go­rie, on re­tien­dra l’utile mise au point sur la dis­tinc­tion entre la gauche et le so­cia­lisme. Non seule­ment, l’une n’em­porte pas né­ces­sai­re­ment l’autre, mais l’his­toire du mou­ve­ment ou­vrier rap­pelle que ce n’est qu’oc­ca­sion­nel­le­ment que le so­cia­lisme a es­ti­mé de­voir avoir par­tie liée avec la gauche. Dans la se­conde, on res­te­ra scep­tique sur la pro­messe d’une fin pro­chaine du ca­pi­ta­lisme à rai­son de la baisse ten­dan­cielle du taux de pro­fit. Que la crise du ca­pi­ta­lisme s’ai­guise, que sa der­nière ruse, le wel­fare state, ait épui­sé sa force pro­pul­sive, est une chose; que l’éco­no­mie du don, l’au­to-or­ga­ni­sa­tion et l’al­truisme soient ins­crits à l’ordre du jour, en est une autre, moins éta­blie. Marc Ri­glet

Jean-Claude Mi­chéa,

HHH

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