À CHA­CUN SA BELLE FRANCE

Lire - - La Politique En Volume - Par Ré­vo­lu­tion 270 p., XO, 17,90 Fran­çois Fillon par 320 p., L’Ar­chi­pel, 20 Tant pis! Nos en­fants paie­ront par 240 p., Al­bin Mi­chel, 18

autre for­mule : Les Cou­lisses d’une as­cen­sion. Entre-temps, elle a été nom­mée en jan­vier 2009 pour six ans au Con­seil su­pé­rieur de l’au­dio­vi­suel par Gé­rard Lar­cher, dé­jà pré­sident du Sé­nat et tou­jours ami de Fran­çois Fillon. Puis pré­si­dente d’un Mu­sée eu­ro­péen des mé­dias qui s’ou­vri­ra en 2019.

Mé­fiance donc! On guette l’ha­gio­gra­phie ou le dis­cret signe de re­con­nais­sance. On en trouve à pro­fu­sion dans la pre­mière par­tie de l’ou­vrage. Le por­trait d’un pe­tit bour­geois de pro­vince bien propre sur lui mal­gré quelques an­nées d’in­su­bor­di­na­tion à l’au­to­ri­té pa­ter­nelle et à celle des prêtres de l’école. Fillon se confesse à l’au­teure : « J’étais in­so­lent et im­per­ti­nent, et mon père le sup­por­tait mal. » Les choses s’ar­rangent après l’ado­les­cence et notre Fran­çois se pare de toutes les ver­tus qu’il conser­ve­ra, bien sûr, jus­qu’à ces jours-ci de des­tin pré­si­den­tiel. Vient le temps de la po­li­tique et des élec­tions dans la Sarthe, toutes ga­gnées. C’est après, quand il faut na­vi­guer entre les vents et les cou­rants que le por­trait de­vient plus nuan­cé. Ce sont des an­nées dif­fi­ciles entre la pré­si­dence Mit­ter­rand et la pré­si­dence Sar­ko­zy. En pas­sant par celle de Jacques Chi­rac avec qui Fran­çois Fillon rom­pra. Puis le temps, à Ma­ti­gnon, du « col­la­bo­ra­teur » de Ni­co­las Sar­ko­zy : « Des an­nées, écrit la bio­graphe, de coups et bles­sures, d’hu­mi­lia­tions, de com­bats per­dus, de so­li­tude, de dor­sal­gies et de cal­culs ré­naux. »

La dif­fi­cul­té, pour un as­pi­rant chef de l’Etat est d’évo­quer ses propres échecs. Em­ma­nuel Ma­cron écrit dans son livre, en es­tom­pant le « je » : « De­puis des an­nées, la classe po­li­tique n’a rien su in­ven­ter d’autre […] qu’un sur­croît de dé­penses pu­bliques. […] La faute la plus grave : rompre la conti­nui­té his­to­rique en lais­sant à nos en­fants la charge d’une dette in­sou­te­nable. » Fran­çois Fillon en­court le même re­proche, ayant une égale part de res­pon­sa­bi­li­té dans cette dé­plo­rable dé­rive.

Em­ma­nuel Ma­cron,

Le jour­na­liste Fran­çois Len­glet, qui, lui, n’y est pour rien, pu­blie un ex­cellent livre in­ti­tu­lé jus­te­ment : Tant pis! Nos en­fants paie­ront. Un sur­vol his­to­rique, avec de jo­lies formules de tout ce que « nous » – ceux qui nous re­pré­sentent et nous gou­vernent – n’avons pas ten­té face à la crise. Au to­tal, nous au­rons lé­gué à nos en­fants un chô­mage égal à ce­lui de 1930, une pau­vre­té chez 20 % des jeunes, un sys­tème fis­cal qui condamne à l’exil. Et, en prime, le po­pu­lisme et ses illu­sions. Mo­deste, Len­glet laisse le mot de la fin à Au­guste De­toeuf, in­dus­triel et po­ly­tech­ni­cien len­sois des an­nées 1930 qui dé­cla­rait de­vant ses pairs : « Si nous re­fu­sons l’ef­fort et le sa­cri­fice, si nous les ju­geons sté­riles et dan­ge­reux, soyez as­su­rés que d’autres, plus jeunes, en­tre­ront dans la voie que nous n’au­rons pas ou­verte et, parce qu’ils ont l’âme fraîche et le coeur pur, re­crée­ront sans nous le monde que nous au­rons lais­sé mou­rir. »

Ch­ris­tine Kel­ly, Fran­çois Len­glet,

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