Le no­ceur blanc

La vie tré­pi­dante de McAl­mon, au­teur et édi­teur amé­ri­cain, à Pa­ris dans les an­nées 1920.

Lire - - Romansfran­çais - Maud SI­MON­NOT

Quel drôle de per­son­nage que Ro­bert Men­zies McAl­mon. Le hé­ros bien réel du pre­mier livre de Maud Si­mon­not est un écri­vain et édi­teur né dans la classe moyenne du Middle West. A 20 ans et des pous­sières, dé­jà très sûr de lui et de ses goûts, il traîne ses guêtres dans la bo­hème de Green­wich Village. Le jeune homme mul­ti­plie les pe­tits bou­lots, ac­cepte la de­mande en ma­riage blanc d’une de­moi­selle for­tu­née qu’il n’a vue qu’une fois. Puis le voi­ci qui dé­barque à Pa­ris au dé­but des an­nées 1920. Proche de l’avant- garde, McAl­mon de­vient un pi­lier de la li­brai­rie te­nue par Syl­via Beach, Sha­kes­peare & Com­pa­ny. Ce sé­duc­teur aux « yeux bleu de mer d’Ir­lande » se montre un « in­fa­ti­gable no­ceur ». Ce qui ex­plique qu’il de­vienne proche de James Joyce. A une époque où son par­te­naire de beu­ve­rie éla­bore son ample Ulysse dont il va dac­ty­lo­gra­phier en par­tie le ma­nus­crit. Comme un pois­son dans l’eau dans tous les bars de la Ville Lu­mière, il part éga­le­ment en va­drouille à la moindre oc­ca­sion. Ex­ces­sif en tout, mon­sieur se lie d’ami­tié aus­si vite qu’il se brouille. Gé­né­reux en diable, il peut don­ner l’ar­gent qu’il pos­sède ou prê­ter son ap­par­te­ment à qui en a be­soin. Les pages sur ses dé­mê­lés avec He­ming­way ne manquent pas de sel. Tout comme l’évo­ca­tion de son bé­guin pour Kay Boyle qui en épou­se­ra un autre. Ro­bert McAl­mon, Maud Si­mon­not l’at­trape dans ses fi­lets avec une belle maî­trise. Sa Nuit pour adresse vaut lar­ge­ment le dé­tour.

Alexandre Fillon

HHH La Nuit pour adresse par Maud Si­mon­not, 264 p., Gal­li­mard, 20 €

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