La vie tam­bour bat­tant

L’au­teur se fait le bio­graphe de l’éclec­tique Vi­vant De­non qui, sous Na­po­léon, or­ga­ni­sa un Louvre ex­cep­tion­nel à ja­mais dis­pa­ru.

Lire - - Art - Jé­rôme Ser­ri

Dans une lettre du 21 avril 1798, Vi­vant De­non écrit à Bet­tine : « Tu n’avais ja­mais été ai­mée en Egypte, eh bien, c’est peut-être sur les py­ra­mides que je vais gra­ver ton nom. » Fi­na­le­ment, c’est lui, Vi­vant De­non, qui au­ra le sien ins­crit « sous une py­ra­mide… celle, en verre, du Grand Louvre ». Bet­tine est le pe­tit nom que Vi­vant De­non don­na à une jeune femme ren­con­trée à Ve­nise : Eli­sa­bet­ta Teo­to­chi. Agée de 28 ans, elle est ma­riée de­puis une di­zaine d’an­nées à un cer­tain Car­lo An­to­nio Ma­ri­ni. Fas­ci­né par la beau­té et l’élé­gance de cette jeune femme, ébloui par sa culture et sa conver­sa­tion, Vi­vant De­non en de­vint l’amant.

Né en 1747 à Cha­lon-sur-Saône, De­non quitte sa ville na­tale à 18 ans pour faire son droit à Pa­ris. Mais sa pas­sion est ailleurs, dans le des­sin et la gra­vure. Aus­si se for­me­ra-t-il dans l’ate­lier du peintre Fran­çois Bou­cher. Après avoir été pré­sen­té à Louis XV, il se­ra en­voyé comme am­bas­sa­deur à Naples dont il fui­ra l’en­nui en s’em­bar­quant pour la Si­cile. Ce se­ra en­suite Ve­nise, puis un saut en Tos­cane avant le re­tour à Pa­ris. Ami du peintre Da­vid, il tra­ver­sa l’époque ré­vo­lu­tion­naire sans trop de dom­mages. Grâce à Jo­sé­phine, il se­ra de la fa­meuse cam­pagne d’Egypte avec ses 18000 ma­rins, ses 38000 sol­dats et ses 160 sa­vants. On lit avec avi­di­té les pages que l’au­teur consacre à l’in­épui­sable vi­ta­li­té des hommes de cette époque et qui ap­pellent celles qu’il consacre à la créa­tion du Louvre de Na­po­léon par Vi­vant De­non. Cette créa­tion fut l’aven­ture mu­séo­lo­gique la plus in­croyable. A Bet­tine, dont il est res­té le fi­dèle confi­dent, il écrit ces mots : « Si tu voyais le Mu­sée, tu brû­le­rais d’écrire […]. Tu se­rais d’ailleurs si aise de dire : c’est mon ami qui a ras­sem­blé tout ce­la. » Pillage in­sen­sé des col­lec­tions royales ! Rêve fa­bu­leux d’une dou­zaine d’an­nées qui se dis­si­pe­ra avec l’in­va­sion du ter­ri­toire par la grande coa­li­tion eu­ro­péenne contre l’em­pe­reur. Il y au­ra tel­le­ment d’oeuvres à leur res­ti­tuer. Comme l’a écrit Mal­raux : « Son mu­sée éblouit les ar­tistes par sa pro­fu­sion, mais il les bou­le­ver­sa par sa plu­ra­li­té. » En marge du règne de l’art ita­lien, le Louvre de Na­po­léon an­non­çait en ef­fet un im­pré­vi­sible dia­logue des styles au­quel les mu­sées du monde en­tier al­laient don­ner son plein es­sor et qu’il se­rait do­ré­na­vant im­pos­sible de ne pas en­tendre.

HH Vi­vant De­non ou l’Ame du Louvre par Jean Mar­chio­ni, 304 p., Actes Sud, 23 €

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