de Jean-Baptiste Del Amo* Le Serf** de Jo­sef Wink­ler

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C’est un livre fu­nèbre et ma­gni­fique, qui évoque plus qu’il ne ra­conte une en­fance dans un vil­lage de Ca­rin­thie au­tre­fois brû­lé par des en­fants puis re­bâ­ti en forme de croix et han­té par le sou­ve­nir du sui­cide de deux jeunes gar­çons qui, faute de pou­voir s’ai­mer li­bre­ment, se sont pen­dus dans une grange. Le Serf est tra­ver­sé par des sou­ve­nirs, des évo­ca­tions de rêves, de rites, de fi­gures fa­mi­liales ou vil­la­geoises – le père la­bou­reur, la soeur en­deuillée, les va­lets de ferme… – et fus­tige le poids du ca­tho­li­cisme et la haine de l’autre qui gan­grènent l’Au­triche. Jo­sef Wink­ler est l’un des prin­ci­paux écri­vains au­tri­chiens, bien que ses ou­vrages res­tent hé­las peu connus du grand pu­blic fran­çais. Il mène, dans une langue très sin­gu­lière, ob­ses­sion­nelle et ba­roque, une lutte contre sa propre culture et s’ins­crit en ce­la dans la li­gnée d’El­friede Je­li­nek ou de Tho­mas Bern­hard. C’est un livre que j’ai dé­cou­vert assez tard. En le li­sant, j’ai eu le sen­ti­ment de ren­con­trer une écri­ture “amie”, comme un écho ima­gi­naire. Sa fas­ci­na­tion pour la mort et les rites m’a par­ti­cu­liè­re­ment tou­ché. Wink­ler a aus­si été mar­qué par la lec­ture de Jean Ge­net, qu’il cite sou­vent et dont les livres ont éga­le­ment comp­té pour moi. Aus­si, cet au­teur m’a d’abord ac­com­pa­gné par son oeuvre, car j’ai lu ses autres ou­vrages tra­duits. Peut-être a-t-il contri­bué, avec Sade, Ge­net, Guyo­tat et quelques autres, à me faire com­prendre com­bien l’ob­ses­sion et le fantasme sont le ter­reau de l’écri­ture et doivent fa­çon­ner une langue, une voix sin­gu­lière. »

Propos recueillis par Baptiste Li­ger

* Der­nier ro­man pa­ru : Règne ani­mal (Gal­li­mard) ** Le Serf (Der Lei­bei­gene), tra­duit de l’al­le­mand (Au­triche) par Eric Dor­tu (Ver­dier)

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