Ai­mer Dante

Une re­mar­quable bio­gra­phie, dou­blée d’une étude, consa­crée à l’au­teur de La Di­vine Co­mé­die.

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Grand spé­cia­liste de Dante (1265-1321), co­or­don­na­teur de la nou­velle édi­tion en ita­lien des oeuvres du poète et phi­lo­sophe flo­ren­tin, En­ri­co Ma­la­to avait écrit en 1999 une re­mar­quable bio­gra­phie in­tel­lec­tuelle qui est aus­si une in­tro­duc­tion rai­son­née aux oeuvres du plus grand poète ita­lien. Là voi­ci ac­ces­sible aux (trop rares ?) lec­teurs fran­çais de Dante. Il est vrai qu’il n’est pas tou­jours fa­cile de s’orien­ter sans guide dans La Di­vine Co­mé­die qui est bien cette « fo­rêt obs­cure » où se ren­contre tout un monde bi­gar­ré de per­son­na­li­tés contem­po­raines, de per­son­nages my­tho­lo­giques, de hé­ros lé­gen­daires, etc. Virgile du lec­teur mo­derne, Ma­la­to aide à se re­trou­ver dans cette grande fresque de 14 233 vers hen­dé­ca­syl­la­biques qui ne s’ap­pe­lait à l’ori­gine que la Co­me­dia, l’ad­jec­tif « di­vine » n’ayant été ajou­té que plus tard par Boc­cace.

Au fait de la re­cherche la plus ré­cente, Ma­la­to pro­pose un cer­tain nombre de mises au point sur des ques­tions en sus­pens qu’elles soient d’ordre bio­gra­phiques ou exé­gé­tiques. Il dé­montre que Dante, chantre d’un amour édi­fiant et pu­re­ment spi- ri­tuel, in­voque un ly­risme con­forme aux prin­cipes de la doc­trine chré­tienne, se dé­mar­quant en ce­la du stil no­vo plus en­clin à louer l’amour sen­suel. Il ana­lyse le sens et les ra­cines des « rap­ports pro­blé­ma­tiques » op­po­sant Dante à Gui­do Ca­val­can­ti, son « pre­mier ami » et le « maître de sa jeu­nesse », tout au­tant que son grand ri­val poé­tique. Il pro­pose ce qu’il ap­pelle une « dé­mons­tra­tion dé­fi­ni­tive » de la né­ces­si­té de ré­éva­luer la pré­sence du « trou­vère » Gui­do dans La Di­vine Co­mé­die. En­fin, il four­nit une pré­sen­ta­tion in­for­mée du cadre his­to­rique de cha­cune des oeuvres, en fai­sant le point les pro­blèmes d’at­tri­bu­tion que posent cer­taines d’entre elles. La lec­ture de ce Dante pour­ra être com­plé­tée et, sur cer­tains as­pects, ap­pro­fon­die par un autre re­mar­quable es­sai, pa­ru lui aus­si aux Belles Lettres, il y a un peu plus d’un an, le Ne plus ul­tra de Jean-Louis Poi­rier. On ne sau­rait trop ap­prou­ver la for­mule de Ma­la­to : « Con­naître Dante est la condi­tion né­ces­saire et suf­fi­sante pour l’ai­mer. »

Jean Mon­te­not

HHH Dante par En­ri­co Ma­la­to, tra­duit de l’ita­lien par Ma­ri­lène Raïo­la, 384 p., Les Belles Lettres, 29,50 €

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