Peut-on en­core s’ai­mer

comme Al­bert Ca­mus et Ma­ria Ca­sa­rès ?

Lire - - Bonne Question Peut-on Encore S’aimer - Es­telle Le­nar­to­wicz

Telle est la dou­lou­reuse ques­tion qui se pose à la lec­ture de la su­blime – et mo­nu­men­tale – cor­res­pon­dance pu­bliée ce mois-ci par les édi­tions Gal­li­mard. Al­bert Ca­mus et Ma­ria Ca­sa­rès se ren­contrent le 6 juin 1944 à Pa­ris. Im­mé­dia­te­ment, l’écri­vain et l’ac­trice tombent fol­le­ment amou­reux, mais se sé­parent quatre mois plus tard, au mo­ment où Fran­cine, la femme de Ca­mus, re­gagne la ca­pi­tale, en­ceinte de ju­meaux. Pen­dant quatre ans, les deux amants ne se ver­ront pas. Pas un mot, pas un re­gard, pas une mis­sive. Le 6 juin 1948, ils se croisent par ha­sard bou­le­vard Saint-Ger­main, se re­trouvent et ne se quittent plus. Ca­mus ne di­vorce pas, mais se donne avec d’in­fi­nis trans­ports à cet ir­ré­sis­tible amour. « Rien n’est plus beau, plus fier et plus tendre, que le dé­sir que j’ai de toi » , écrit-il à sa belle en août 1948. « J’at­tends le mi­racle tou­jours re­nou­ve­lé de ta pré­sence » , lui ré­pond-elle en dé­cembre de la même an­née. Jus­qu’à la mort de Ca­mus en 1960, les deux amants ne ces­se­ront de cor­res­pondre, ré­di­geant au to­tal plus de huit cent cin­quante lettres, car­tons et té­lé­grammes in­can­des­cents. En­flam­més et lu­cides, ils se ra­content l’un à l’autre, cou­chant sur le pa­pier leur vie intérieure res­pec­tive, s’of­frant un for­mi­dable voyage dans les mille re­plis de leurs âmes pas­sion­nées. Quant à nous, en plon­geant au­jourd’hui dans les pages ab­so­lu­ment su­blimes de ce vo­lume hors norme, on songe à la fa­çon dont se ma­té­ria­li­se­rait de nos jours un si brû­lant, si ir­ra­diant, si ex­cep­tion­nel amour. Rem­pla­cé par une sé­rie de tex­tos à pe­tits coeurs? Cor­res­pon­dance: 1944-1959 par Ma­ria Ca­sa­rès et Al­bert Ca­mus, 1312p., Gal­li­mard, 32,50 €

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