Au-de­là du réel

Une fresque his­to­rique et fan­tas­tique où se ré­vèle l’his­toire in­do­né­sienne.

Lire - - Récit Extrait - Eka KURNIAWAN E.L.

C’est une somme où l’on s’en­gouffre sans ima­gi­ner une seule se­conde dans quels méandres et quelles fo­lies elle va nous em­me­ner. Pa­ru en 2002 et en­fin tra­duit en France, Les Belles de Ha­li­mun­da est le pre­mier ro­man de l’In­do­né­sien Eka Kurniawan, l’une des jeunes voix lit­té­raires les plus im­por­tantes de son pays. Hal­lu­ci­na­toire et an­ti­con­for­miste, sa fresque fan­tas­tique et his­to­rique com­mence par une in­ou­bliable scène de ré­sur­rec­tion. En pleine nuit, al­lon­gée dans sa tombe, une vieille femme ouvre les yeux et re­vient d’entre les morts. De­wi Ayu avait été en­ter­rée vingt-et-un ans plus tôt. On ap­prend qu’elle fut ja­dis une pros­ti­tuée cé­lèbre. Et qu’avant sa dis­pa­ri­tion, elle avait don­né nais­sance à une en­fant d’une ef­frayante lai­deur.

C’est là le dé­but d’un grand re­tour en ar­rière par le­quel on tire, un à un, les fils du pas­sé de cette femme mau­dite, née de sang mê­lé, miin­do­né­sienne mi-hol­lan­daise, aban­don­née au berceau et éle­vée par ses grands- pa­rents. A la fois his­toire d’amour et d’hor­reur, conte des mille et une nuits où les ré­cits se tissent l’un dans l’autre, le ro­man mêle tous les re­gistres avec une éner­gie et une flui­di­té sai­sis­santes. Na­vi­gant dans le spectre d’une langue sin­gu­lière nour­rie d’ora­li­té, de fan­tai­sie et de gra­vi­té, Eka Kurniawan livre une ma­gis­trale tra­ver­sée de l’his­toire in­do­né­sienne, y ques­tion­nant no­tam­ment la place des femmes. Por­té par une langue épous­tou­flante de den­si­té, tou­ché par la grâce de l’ima­gi­na­tion, ce livre est une mé­di­ta­tion sur la mort et l’im­pos­si­bi­li­té de l’amour.

HHH Les Belles de Ha­li­mun­da par Eka Kurniawan, tra­duit de l’in­do­né­sien par Etienne Na­veau, 656p., Sa­bine Wes­pie­ser, 27 €

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