L’oeil du Tigre

La Pre­mière Guerre mon­diale dé­cryp­tée à tra­vers ses sources fran­çaises et à tra­vers le por­trait de l’un de ses pro­ta­go­nistes, Georges Cle­men­ceau.

Lire - - Histoire - Fa­bien CONORD – Syl­vie BRODZIAK et Sa­muël TOMEI

Nous ap­pro­chons de la fin de la sé­quence com­mé­mo­ra­tive de la Pre­mière Guerre mon­diale. Dans l’abon­dante pro­duc­tion édi­to­riale qu’elle sus­cite – où le meilleur cô­toie le mé­diocre –, re­te­nons deux ou­vrages dont l’un nous ra­mène à l’une des causes pre­mières du conflit et dont l’autre dresse à Georges Cle­men­ceau, ar­ti­san de son is­sue vic­to­rieuse, le mo­nu­ment qui lui est dû.

Avec Fa­bien Conord et sa France mu­ti­lée, nous nous trans­por­tons en 1870-1871, « l’an­née ter­rible » qui consom­ma la tra­gique dé­faite des ar­mées fran­çaises face à la Prusse de Bis­marck. Em­pe­reur mi­sé­rable, gé­né­raux mi­nables, bour­geoi­sie veule, le prix à payer – ran­çon co­los­sale, oc­cu­pa­tion hu­mi­liante, perte de l’Al­sace-Lor­raine – fut consi­dé­rable. Dans de telles cir­cons­tances, il y a des hommes qui ne se couchent pas. On songe aux quatre-vingts par­le­men­taires qui, en juillet 1940 à Vi­chy, re­fusent de vo­ter les pleins pou­voirs à Pé­tain. On sait moins qu’en 1871, à Bor­deaux, cent sept dé­pu­tés s’op­posent aux pré­li­mi­naires de paix que Thiers ac­cepte de né­go­cier avec Bis­marck. Par­mi ces der­niers, on compte Vic­tor Hu­go, Gam­bet­ta, Cle­men­ceau, Car­not, Schoel­cher… C’est à l’étude de l’iti­né­raire po­li­tique ul­té­rieur de ces dé­pu­tés que s’at­tache Fa­bien Conord. Ils ne forment pas un groupe ho­mo­gène. Le bou­lan­gisme, l’af­faire Drey­fus, la droite na­tio- na­liste pre­nant le pas sur la gauche pa­triote, les di­vi­se­ra. Mais, en 1918, ce se­ra l’un des leurs, « le der­nier re­pré­sen­tant de la pro­tes­ta­tion de Bor­deaux […] qu’un pro­di­gieux des­tin a dé­si­gné pour pré­si­der à la res­tau­ra­tion du droit vio­lé en 1871 » . Cet homme, ce sur­vi­vant, c’est Georges Cle­men­ceau.

Le Dic­tion­naire Cle­men­ceau — que Syl­vie Brod­ziack, Sa­muël Tomei et quelque trente-cinq contri­bu­teurs consacrent au Tigre, est un bon­heur de lec­ture. Cette bio­gra­phie en mo­saïque au­ra sa place à cô­té des plus re­nom­mées. Par sa struc­ture même et la mul­ti­pli­ci­té des en­trées, cet ou­vrage res­ti­tue la com­plexi­té et l’unité de la per­sonne. On se ré­ga­le­ra de ses bons mots comme ceux qu’il ré­ser­vait à ses deux bêtes noires, Briand et Poin­ca­ré, dont il dit du pre­mier qu’il « ne sait rien mais com­prend tout » et du se­cond qu’il « sait tout mais ne com­prend rien » . On dé­cou­vri­ra, à tra­vers des livres qu’on ne lit plus, son éru­di­tion et la pro­fon­deur de sa pen­sée. Sur­tout, on ap­pré­cie­ra avec Cle­men­ceau ce que « Ré­pu­blique » veut vrai­ment dire. Bien plus qu’un ré­gime, c’est une idée. Celle qui, sous les aus­pices des Lu­mières, tresse en­semble l’hu­ma­nisme et l’uni­ver­sa­lisme. Elle est vi­vante. Et elle ru­git. Marc Ri­glet

Prin­temps 1917, Cle­men­ceau vi­site ses troupes dans la Somme sur le front de la guerre en France.

HHHLa France mu­ti­lée: 1871-1918, la ques­tion de l’Al­sace-Lor­raine par Fa­bien Conord, 288p., Ven­dé­miaire, 22€ HHHHDic­tion­naire Cle­men­ceau par Syl­vie Brodziak et Sa­muël Tomei, 736p., Ro­bert Laf­font, 30€

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