La soif du mâle

La phi­lo­sophe met en lu­mière tous les dé­gâts de l’idéo­lo­gie vi­ri­liste. Qui a fait au­tant de mal aux hommes qu’aux femmes.

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Qui n’a pas dé­jà vu ces images d’hommes per­chés sur des grues pour ré­cla­mer le droit de voir leur en­fant? Pour ces mi­li­tants des droits des pères, tout est de la faute des fé­mi­nistes : sans elles, les chefs de fa­mille n’au­raient ja­mais été dé­pos­sé­dés de leur au­to­ri­té pa­ter­nelle. Nos­tal­giques du sys­tème pa­triar­cal, ces mas­cu­li­nistes font état d’un profond ma­laise au­tour de la vi­ri­li­té. Une crise dont se ré­jouit Oli­via

Gazalé dans son nou­vel es­sai, Le Mythe de la vi­ri­li­té. Car, as­sure-t-elle, bous­cu­ler un peu l’idéo­lo­gie vi­ri­liste fe­rait du bien à tous. Aux femmes bien sûr, qui ont été op­pri­mées pen­dant de longs siècles par ce sys­tème de do­mi­na­tion mas­cu­line. Mais aus­si – et sur­tout – aux hommes, vic­times de leur propre doc­trine. En s’ap­puyant sur des sources à la fois phi­lo­so­phiques, his­to­riques, lit­té­raires, so­cio­lo­giques, bio­lo­giques et psy­cha­na­ly­tiques, l’au­teure montre en ef­fet que le sys­tème « vi­riar­cal » , qui a mis des siècles à se consti­tuer, a contraint des gé­né­ra­tions d’hommes à se mon­trer à la fois forts et am­bi­tieux et, par consé­quent, vio­lents et agres­sifs. Un rôle étouf­fant, à l’ori­gine de nom­breuses souf­frances au sein de la gente mas­cu­line.

Car cette idéo­lo­gie a non seule­ment lé­gi­ti­mé la vio­lence en­vers les en­fants pour évi­ter d’en faire des « fem­me­lettes » , mais elle a éga­le­ment dis­til­lé dans le coeur de tous les pe­tits gar­çons du monde la han­tise du fé­mi­nin et la ter­reur de l’im­puis­sance. Sans ja­mais tom­ber dans le ju­ge­ment trop ai­sé, Oli­via Gazalé consacre ain­si de longs cha­pitres aux in­jonc­tions sexuelles aux­quelles les hommes ont été sou­mis d’une époque à l’autre. Fron­deuse, l’es­sayiste aborde aus­si la ques­tion des liens sul­fu­reux entre l’idéo­lo­gie vi­ri­liste et les ré­gimes fas­cistes. « Pour qu’il y ait des hommes, et, a for­tio­ri, des sur­hommes, il faut qu’il y ait des sous-hommes. » Rai­son pour la­quelle le ré­gime na­zi, qui a por­té le culte de la tes­to­sté­rone à son pa­roxysme, a choi­si d’ex­ter­mi­ner à la fois les juifs mais aus­si les ho­mo­sexuels, clas­sés dans la der­nière ca­té­go­rie. De quoi, peut-être, pous­ser les mas­cu­li­nistes à re­des­cendre de leur grue… Lou-Eve Pop­per

HH Le Mythe de la vi­ri­li­té: Un piège pour les deux sexes par Oli­via Gazalé, 416p., Ro­bert Laf­font, 21,50 €

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