L’édi­to

Lire - - L’édito - DE BAP­TISTE LI­GER

OON RÉ­SUME SOUVENT UNE COU­VER­TURE DE LIVRE, HORS DE SON VI­SUEL, À UN NOM D’AU­TEUR ET À UN TITRE D’OU­VRAGE. Ceux-ci sont fon­da­men­taux, mais il ne fau­drait pas ou­blier pour au­tant une par­tie de son iden­ti­té, non moins es­sen­tielle : la men­tion de l’édi­teur. Consta­tez dé­jà l’am­bi­guï­té po­ly­sé­mique de ce mot, dé­si­gnant aus­si bien une en­seigne qu’un in­di­vi­du. Qui, par­fois, sont mê­lés. L’ac­tua­li­té du mois de jan­vier a cruel­le­ment rap­pe­lé cette confu­sion, avec le dé­cès de trois grandes fi­gures de l’édi­tion fran­çaise : Paul Ot­cha­kovs­ky-Lau­rens, Ber­nard de Fal­lois et Jean-Claude Lat­tès. Trois hommes qui ont im­po­sé leur patte dans la Ré­pu­blique des lettres, ap­po­sant leur nom (ou leurs ini­tiales) sur ce­lui de leur mai­son res­pec­tive. Avec, certes, des uni­vers et des par­cours très dif­fé­rents – des vi­sions très va­riées de la lit­té­ra­ture, aus­si.

ON NE REMERCIERA JA­MAIS AS­SEZ PAUL OT­CHA­KOVS­KY-LAU­RENS POUR SON AU­DACE VI­SION­NAIRE. Sa ca­pa­ci­té à re­pé­rer les ta­lents. Son obs­ti­na­tion à pu­blier des au­teurs par­fois très exi­geants. D’Em­ma­nuel Car­rère à Ma­rie Dar­rieus­secq en pas­sant par Jean Ro­lin, Atiq Ra­hi­mi ou Va­lère No­va­ri­na (et des di­zaines d’autres), quel ca­ta­logue ad­mi­rable que ce­lui de P.O.L. ! Long­temps grande fi­gure du groupe Ha­chette et fervent pro­mo­teur du Livre de Poche, Ber­nard de Fal­lois au­ra réus­si un coup de gé­nie, à la fin de sa car­rière, en fai­sant dé­col­ler – et de quelle ma­nière – un jeune au­teur suisse dé­sor­mais cé­lèbre dans le monde en­tier : Joël Dicker (qui, iro­nie de l’his­toire, pu­blie ce mois-ci un nou­veau ro­man). Quant à Jean-Claude Lat­tès, il in­carne en son nom propre – ou en ce­lui de la mai­son, qu’il a cé­dée en 1981 – toute l’évo­lu­tion de l’édi­tion et une ca­pa­ci­té à sai­sir quelque chose de l’époque. Oui, le nom de Lat­tès res­te­ra as­so­cié aus­si bien à Un sac de billes de Jo­seph Jof­fo, au Da Vin­ci Code de Dan Brown, aux Cin­quante nuances de Grey d’E.L. James qu’à Léon l’Afri­cain d’Amin Maa­louf ou à Rien ne s’op­pose à la nuit de Del­phine de Vi­gan. Que l’on aime ou non les livres que ces grands pro­fes­sion­nels ont mis en lu­mière, un hom­mage s’im­pose, ne se­rait-ce que pour le plai­sir que ces pas­seurs ont in­di­rec­te­ment of­fert aux lec­teurs.

EF­FET PER­VERS DU SYS­TÈME, LES ÉDI­TEURS SONT ÉGA­LE­MENT LES MAL-AI­MÉS QUI PASSENT LEUR TEMPS À DIRE « NON ». En ef­fet, par­mi l’ava­lanche de ma­nus­crits qui ar­rivent chaque jour dans les pe­tites ou grandes mai­sons, com­bien au­ront la chance de de­ve­nir des livres dis­po­nibles sur les tables des li­brai­ries ? Une in­fime mi­no­ri­té, ne le ca­chons pas. Mais c’est aus­si parce que nombre d’au­teurs dé­bu­tants ne mettent pas toutes les chances de leur cô­té et com­mettent des « er­reurs » qui les em­pêchent d’être lus conve­na­ble­ment. Comme un speed da­ting ra­té. Voi­là pour­quoi Lire pro­pose, ré­gu­liè­re­ment, son dos­sier « Comment se faire édi­ter », afin de vous don­ner des conseils élé­men­taires, de vous in­for­mer de l’évo­lu­tion de la pra­tique, de toutes les formes de pu­bli­ca­tion pos­sibles et de tous les moyens pour se faire re­pé­rer, pour pro­gres­ser, et ain­si ar­ri­ver au meilleur texte pos­sible.

LA LIT­TÉ­RA­TURE DÉ­PASSE LE SIMPLE CADRE DE L’OB­JET LIVRE, PA­PIER OU NU­MÉ­RIQUE. Celle-ci peut aus­si prendre, par exemple, la forme de mots dé­cla­més sur une scène de théâtre. C’est pour cette rai­son qu’il sem­blait in­té­res­sant de dis­cu­ter avec un homme de « mots pour la scène » : Flo­rian Zel­ler – à l’oc­ca­sion de la créa­tion de la troi­sième par­tie de sa tri­lo­gie fa­mi­liale, Le Fils. De­puis une di­zaine d’an­nées, ses pièces af­fichent com­plet, non seule­ment dans l’Hexa­gone mais dans le monde en­tier, fai­sant de lui l’un des dra­ma­turges eu­ro­péens des plus res­pec­tés ac­tuel­le­ment. Et ce, même si une par­tie de la fa­mille du théâtre fran­çais se montre quelque peu acide à son su­jet – op­po­si­tion struc­tu­relle entre le « pri­vé » et le « sub­ven­tion­né ». Pour­tant, on peut tout à fait ai­mer les co­mé­dies du duo Alexandre de La Pa­tel­lière - Mat­thieu De­la­porte (Le Pré­nom) et se pas­sion­ner pour les tra­vaux de Wa­j­di Moua­wad ou Joël Pom­me­rat, s’em­bal­ler pour un spec­tacle d’Éric As­sous ou de Jean-Mi­chel Ribes et être fas­ci­né par une per­for­mance d’Oli­vier Ca­diot. Après tout, les dra­ma­turges ne sont-ils pas égaux de­vant la règle des trois coups pré­cé­dant le le­ver de ri­deau ?

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