LIT­TÉ­RA­TURE ÉTRAN­GÈRE

Suite et fin de la sa­ga ca­ta­lane de l’au­teur de L’Ombre du vent. Les mys­tères s’em­boîtent, les routes se croisent, rêve et réa­li­té s’en­tre­mêlent.

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Plus ro­ma­nesque que Car­los Ruiz Zafón, on ne fait pas ! Ce fils d’un agent d’as­su­rance et d’une mère au foyer écrit de­puis l’âge de 9 ans. Fervent ad­mi­ra­teur de Di­ckens et de Du­mas, il a connu un suc­cès mon­dial mas­sif grâce à L’Ombre du vent, tra­duit en France en 2004 par Fran­çois Mas­pe­ro. Ven­du à plus de douze mil­lions d’exemplaires, ce best-sel­ler d’une in­croyable vir­tuo­si­té nar­ra­tive ou­vrait un cycle, Le Ci­me­tière des livres ou­bliés, pour­sui­vi en 2009 avec Le Jeu de l’ange et en 2012 avec Le Pri­son­nier du ciel. Sor­ti en 2016 chez Pla­ne­ta et im­por­té en­fin en France par Actes Sud, Le La­by­rinthe des es­prits, der­nier vo­let de la tré­pi­dante sé­rie, va ré­jouir ses nom­breux afi­cio­na­dos. Que les éven­tuels re­tar­da­taires qui ne les au­raient pas en­core dé­cou­verts soient ras­su­rés, Zafón le pré­cise en pré­am­bule, les quatre ro­mans peuvent être pris dans « n’im­porte quel ordre et sé­pa­ré­ment ». Afin de per­mettre « au lec­teur d’ex­plo­rer le la­by­rinthe d’his­toires en y ac­cé­dant par dif­fé­rentes portes et dif­fé­rents che­mins qui, mis bout à bout, le condui­ront au coeur d’un ré­cit ».

BAR­CE­LONE CHIMÉRIQUE

Ce nou­veau ro­man est une toile au vo­lume im­pres­sion­nant. Une sa­ga pleine comme un oeuf dont les pro­ta­go­nistes fi­nissent tôt ou tard par se re­joindre. Le pre­mier à opé­rer son en­trée en scène est le li­braire Da­niel Sem­pere, que l’on fré­quente de­puis L’Ombre du vent. Un homme qui a tou­jours été as­sailli par la peur. Un ma­ri et un père rê­vant qu’il a de nou­veau 10 ans et qu’il che­mine seul dans les rues. Qu’il réus­sit à pé­né­trer dans la ma­gie d’une Bar­ce­lone im­mo­bi­li­sée par le temps. À at­teindre l’étrange ci­me­tière des livres ou­bliés avec son por­tail en bois et son gar­dien.

Au ré­veil, pas­sa­ble­ment cham­bou­lé, Da­niel peut comp­ter, pour se re­quin­quer, sur les po­tions ma­giques et les mots de son vieil ami Fermín, em­ployé de la li­brai­rie fa­mi­liale. Un drôle de per­son­nage qu’il a ren­con­tré sous les ar­cades de la Pla­za Real, quand il était en­core un en­fant. Les tri­bu­la­tions pas­sées du­dit Fermín ne manquent pas de pi­ment. Vingt ans plus tôt, notre homme a en­dos­sé l’iden­ti­té d’un to­réa­dor. Lors­qu’il était le pas­sa­ger clan­des­tin d’un na­vire mar­chand par­ti de Va­lence en di­rec­tion de Bar­ce­lone. Une ville bom­bar­dée où il a lut­té pour sau­ver la pe­tite Ali­cia qui dé­vore le chef-d’oeuvre de Le­wis Car­roll dont l’im­mor­telle hé­roïne voyage au Pays des mer­veilles.

MYS­TÈRE AB­SO­LU

L’or­phe­line de guerre, est dé­sor­mais âgée de 29 ans. Par­fai­te­ment ca­pable de se dé­brouiller et de se dé­fendre. Ali­cia voit ce que les autres ne voient pas, elle connaît la lo­gique du si­mu­lacre. Des dons qui lui ont va­lu d’être re­cru­tée comme agent de l’uni­té, di­ri­gée par Lean­dro Mon­tal­vo, men­tor et ma­ni­pu­la­teur qui a tou­jours rai­son. Sa der­nière mis­sion : en­quê­ter sur la dis­pa­ri­tion de don Mau­ri­cio Valls. Che­va­lier des Arts et de la Pen­sée, mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale du gé­né­ra­lis­sime Fran­co, don Mau­ri­cio a aban­don­né son do­mi­cile et sa fa­mille. Au len­de­main d’un bal mas­qué or­ga­ni­sé dans sa ré­si­dence, il a pris la fuite En lais­sant der­rière lui un vo­lume re­lié en cuir noir dont l’au­teur est un cer­tain Víc­tor Ma­taix. OEuvre étrange qui dé­crit une Bar­ce­lone in­fer­nale et cau­che­mar­desque…

Car­los Ruiz Zafón reste un maître ab­so­lu du mys­tère, du sus­pense et de l’im­bri­ca­tion. Un conteur re­dou­table qui s’avère plus af­fû­té que ja­mais tout au long d’un La­by­rinthe des es­prits dont on tourne fié­vreu­se­ment les pages. Le Ca­ta­lan, qui se par­tage entre sa ville na­tale et Los An­geles, re­prend et af­fine ici les thèmes qui lui sont chers. Un livre peut chan­ger le cours d’une vie, mar­tèle-t-il in­las­sa­ble­ment. Les siens sont de fas­ci­nants dé­dales où l’on ne se lasse pas d’être en­traî­né.

Alexandre Fillon

HHHII Le La­by­rinthe des es­prits (El La­be­rin­to de los espí­ri­tus) par Car­los Ruiz Zafón, tra­duit de l’es­pa­gnol (Es­pagne) par Ma­rie Vi­la Ca­sas, 848 p., Actes Sud, 27 E

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