PSY

Alain EHRENBERG Une étude per­ti­nente sur l’ap­port des neu­ros­ciences cog­ni­tives dans la li­bé­ra­tion des in­di­vi­dus. Par l’au­teur du best-sel­ler La Fa­tigue d’être soi.

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De quelle so­cié­té vou­lons- nous ? Alain Ehrenberg, so­cio­logue – et non pas psy­chiatre ou his­to­rien –, s’est in­té­res­sé très tôt au nou­veau « ma­laise dans la ci­vi­li­sa­tion » ain­si qu’aux ef­fets psy­chiques de masse cau­sés par les idéaux de per­for­mance et l’ab­sence de normes strictes dans nos so­cié­tés mo­dernes. Évé­ne­ment à sa pa­ru­tion en 1998, son es­sai La Fa­tigue d’être soi connut un grand suc­cès, si­gna­lant l’émer­gence d’une nou­velle sub­jec­ti­vi­té.

Dans La Mé­ca­nique des pas­sions, l’au­teur s’in­té­resse à un do­maine de re­cherche ra­di­cal, vé­ri­table phé­no­mène qui ne cesse de s’am­pli­fier : les neu­ros­ciences cog­ni­tives. Le cog­ni­tif, qui au­jourd’hui dé­cide de tout, ren­voie au com­por­te­ment et à la mé­moire de chaque in­di­vi­du. Ve­nu des États-Unis, ce cou­rant de pen­sée ap­pa­raît après la guerre, avant de se dé­ve­lop­per et de s’épa­nouir dans les der­nières dé­cen­nies. L’ou­vrage ba­lise d’ailleurs très clai­re­ment les di­verses étapes qui marquent l’his­toire de cette dis­ci­pline, en fai­sant le point sur la lit­té­ra­ture sa­vante et po­pu­laire d’Outre-At­lan­tique. Si la neu­ro­lo­gie étu­die le cer­veau lé­sé, si la psy­chia­trie cor­rige la chi­mie cé­ré­brale per­tur­bée, les neu­ros­ciences cog­ni­tives sont un vé­ri­table pro­jet sa­ni­taire et po­li­tique.

UNE NOU­VELLE SO­CIÉ­TÉ

Cer­tains cas ont fait pro­gres­ser la dis­ci­pline. Pre­nons l’exemple d’Eliott, af­fec­té par le syn­drome de la Tou­rette, mar­qué par des tics im­pul­sifs et des ex­plo­sions de termes sca­to­lo­giques. Mais quand il se met à jouer de la bat­te­rie, les symp­tômes cessent im­mé­dia­te­ment ! Ja­dis, il au­rait crou­pi dans les bas-fonds d’un asile ; au­jourd’hui, il vit sa pas­sion, sans contrainte. Ehrenberg nous montre que der­rière tout han­di­cap, se tient un « po­ten­tiel ca­ché » qu’il s’agit de li­bé­rer. Dans la vie pri­vée et so­ciale, dans les com­por­te­ments amou­reux ou pro­fes­sion­nels, etc., il n’est pas de ma­laise, d’an­goisse, d’an­xié­té, de han­di­cap in­di­vi­duel, qui ne re­cèle, en son noyau, un as­pect po­si­tif. Rien n’échappe au pro­jet neu­ro­cog­ni­tif. Ain­si se des­sine une nou­velle so­cié­té où contrôle de soi, com­por­te­ments adé­quats, em­pa­thie pour au­trui, as­surent tou­jours plus de flui­di­té dans les re­la­tions hu­maines. La Mé­ca­nique des pas­sions est un ou­vrage d’au­tant plus re­mar­quable qu’il ne ca­ri­ca­ture pas cette vi­sée glo­bale, mais montre, de fa­çon très convain­cante, qu’il s’agit bel et bien de ré­sor­ber le so­cial dans le « neu­ral ». La « neu­ro­so­cié­té » est en marche !

HHHHI La Mé­ca­nique des pas­sions. Cer­veau, com­por­te­ment, so­cié­té par Alain Ehrenberg, 336 p., Odile Ja­cob, 23,90 E

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