Peut-on écrire un ro­man en SMS ?

Le pa­pier se re­biffe et imite les écrans des Smart­phone. Une mère et sa fille ado­les­cente ont écrit à quatre mains une his­toire en brefs mes­sages, ré­ponse ro­ma­nesque à l’om­ni­pré­sence du vir­tuel.

Lire - - Bonne Question - Ra­phaële Botte

Sans « e », sans pré­noms, en vers… Le ro­man se prête à toutes les fa­cé­ties, et toutes les formes nar­ra­tives se tentent. Avec Moi, ma vie, ma mère en tex­tos, le ro­man épis­to­laire fran­chit une étape. Il est écrit en SMS. Ce n’est pas le pre­mier ( Pho­neP­lay…), mais la mis­sion est ac­com­plie. Tout y est : des bulles au de­si­gn re­con­nais­sable, des mots en ca­pi­tales, une mul­ti­pli­ca­tion de points d’ex­cla­ma­tion, des émo­ti­cons et… des pho­tos de cha­tons ! Qu’en est-il du cô­té de l’in­trigue ? De la den­si­té des per­son­nages ? Faut-il se dé­so­ler de notre époque ? Non ! Der­rière ces short mes­sage ser­vice se tisse une trame ro­ma­nesque. Flo­ra, 13 ans, vit avec sa mère qui passe son temps entre Mi­lan, Londres, To­kyo, etc. Le fils aî­né vit en Co­rée du Sud et il ne faut que quelques mes­sages pour com­prendre que le père est ab­sent de­puis long­temps. Mère et fille ont ap­pris à gé­rer leur quo­ti­dien par Smart­phone in­ter­po­sés, dé­fiant les lois du dé­ca­lage ho­raire. Quand Ma­mi­ta, une grand-mère pa­ter­nelle vi­vant à New York, in­vite sa pe­tite-fille à faire plus ample connais­sance à coups de li­mou­sine et de séances shop­ping, l’in­trigue de­vient ro­ma­nesque.

Il se­rait exa­gé­ré de dire que tout est in­at­ten­du, mais les si­tua­tions sont co­casses et pé­tries de vé­cu. On rit (men­tion spé­ciale au SMS de la mère lu par une prof de Flo­ra), et on se dit aus­si que l’une et l’autre sont drô­le­ment at­ta­chantes ! Na­tha­lie Ri­ché (qui fut long­temps chro­ni­queuse « Jeunesse » dans Lire) et Ro­sa­lie Me­lin, mère et fille dans la vie, n’ont pas abu­sé des mots rac­cour­cis, des fautes et autres codes obs­curs. En re­vanche, elles ont l’art de la re­par­tie. Leurs per­son­na­li­tés se des­sinent mal­gré les el­lipses, et quelques mots suf­fisent pour en dire beau­coup. On est tou­ché par cette ma­man qui se débat pour ne pas perdre le fil avec « sa toute pe­tite ». Qu’ap­porte la forme au fond ? Une fa­ci­li­té de lec­ture, as­su­ré­ment, mais aus­si un rythme sin­gu­lier qui est loin d’être dé­plai­sant.

Moi, ma vie, ma mère en tex­tos par Na­tha­lie Ri­ché et Ro­sa­lie Me­lin, 224 p., Al­bin Michel Jeunesse, 10,90 E. En li­brai­rie le 30 mai. Dès 9 ans.

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