Plus dure la chute

Pierre NOTTE Au­teur de théâtre, met­teur en scène, co­mé­dien as­so­cié au théâtre du Rond-Point à Pa­ris, l’ar­tiste se fait ici ro­man­cier. Avec un faux polar dé­ca­lé.

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Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de mo­bile qu’il n’y a pas de rai­sons. Tel est le point de dé­part de ce ro­man sin­gu­lier, por­trait à charge d’un homme que tout ac­cuse, et où il ap­par­tien­dra au lec­teur de se faire son idée. Dans une en­tre­prise de moules à tarte, un homme fait une chute fa­tale dans l’es­ca­lier. Étran­ge­ment, il fi­nit « éteint, bleu, mais en vie ». Per­sonne ne lui avait prê­té grande at­ten­tion jusque-là, mais quel­qu’un va s’y in­té­res­ser : le nar­ra­teur, qui in­ter­roge la mère, la soeur, les amis, les col­lègues, et le pas­sé. Ré­vé­lant un « gars mal fou­tu, pâle aux traits gros­siers, en­fant morne dé­jà vieux, mal dans sa peau, dis­gra­cieux ». Han­té par « la haine de soi née de la honte des autres. Il se di­ra long­temps que ce qu’il est, au fond, n ’ est ja­mais que le ré­sul­tat de ce qui lui a été im­po­sé ». Cette his­toire nous est ra­con­tée a pos­te­rio­ri, et le nar­ra­teur peut re­com­po­ser les faits à sa guise. C’est tout le sel de ce faux polar et vrai tri sé­lec­tif. La struc­ture re­pose sur des cha­pitres se jouant de la chro­no­lo­gie, ce qui ac­cen­tue le trouble. Quit­ter le rang des as­sas­sins est aus­si le por­trait d’une époque, celle des qua­rante der­nières an­nées, et ras­semble fi­na­le­ment des frag­ments de nos propres vies. Der­nier dé­tail, plu­tôt osé : la qua­si-ho­mo­ny­mie entre l’au­teur, le dra­ma­turge re­con­nu Pierre Notte, et l’un des per­son­nages, sin­gu­liè­re­ment nom­mé « Not » . Sai­sis­sant. Hu­bert Ar­tus

 Quit­ter le rang des as­sas­sins par Pierre Notte, 352 p., Gal­li­mard, 22 €

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