Secte, men­songes et idéaux

L’His­toire, l’ac­tua­li­té et les voyages nou­rissent le tra­vail d’Alain Blot­tière. L’au­teur livre ici un ré­cit sans fard, ins­pi­ré par le ter­rible des­tin d’une fa­mille en­le­vée par le groupe Bo­ko Ha­ram.

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A lain Blot­tière est un écrivain aus­si dis­cret et raf­fi­né que puis­sant. On l’a dé­cou­vert en 1980 avec Saad, pu­blié dans la col­lec­tion « Le Che­min » de Georges Lam­brichs. Un beau coup d’es­sai ro­ma­nesque, écrit après un voyage sur les traces d’Ar­thur Rim­baud en Éthio­pie, à Dji­bou­ti et au Yé­men, qui lui vaut alors les éloges am­ple­ment mé­ri­tés de Jacques Bren­ner et Mat­thieu Ga­ley. Des voyages et des livres, Blot­tière n’a en­suite ja­mais ces­sé d’en faire, em­me­nant no­tam­ment ses lecteurs en Égypte au temps des der­niers rois, dans l’oa­sis de Si­wa ou dans les sables de Li­bye. Par­mi ses ro­mans, on re­com­mande tout par­ti­cu­liè­re­ment Le Tom­beau de

Tom­my, dans le­quel il re­prend l’his­toire de Tho­mas Elek, ly­céen en­ga­gé aux cô­tés du groupe Ma­nou­chian dans la lutte contre le na­zisme. Ou en­core

Rê­veurs, qui na­vigue entre Pa­ris et Le Caire, entre les fi­gures de Na­than et de Go­ma. Re­pris au­jourd’hui en Fo­lio, le der­nier en date, Comment Bap­tiste

est mort, a connu une fière aven­ture édi­to­riale. Pa­ru en avril 2016, il est d’abord ré­com­pen­sé quelques mois plus tard par le prix Mot­tart de l’Aca­dé­mie fran­çaise. Avant de re­ce­voir, coup sur coup à l’au­tomne sui­vant, deux prix lit­té­raires agréa­ble­ment do­tés : le prix Dé­cembre (il eut pour ar­dente dé­fen­seure Amé­lie No­thomb) et, trois jours plus tard, le prix Jean-Gio­no.

UNE AB­SENCE DE PA­THOS

On ne peut qu’être frap­pé par la beau­té lan­ci­nante d’un texte ins­pi­ré par l’en­lè­ve­ment d’une fa­mille fran­çaise par les dji­ha­distes de Bo­ko Ha­ram, en fé­vrier 2013 dans le nord du Ca­me­roun, avant d’être li­bé­rée deux mois plus tard. Alain Blot­tière a ima­gi­né ce qui avait pu ar­ri­ver à l’aî­né des en­fants. À Bap­tiste, 14 ans, à qui ses ra­vis­seurs ont don­né le nom d’un re­nard du dé­sert : Yu­maï. Le gar­çon a été bri­sé, aban­don­né des jours en­tiers dans une grotte en plein dé­sert. De re­tour en France, il lui faut su­bir un dé­brie­fing et es­sayer de ré­pondre aux ques­tions qui lui sont po­sées… La grande force de Comment Bap­tiste

est mort re­pose sur sa so­brié­té et son ab­sence de pa­thos, son écri­ture hyp­no­tique. Sans par­ler d’une ré­vé­la­tion fi­nale qui laisse le lec­teur pan­tois.

Comment Bap­tiste est mort par Alain Blot­tière, 464 p., Fo­lio, 6,60

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