Naples, re­gards croi­sés

Dans deux courts ouvrages, Ro­ber­to Sa­via­no et les plus grands écrivains fran­çais des e et e siècles XVIII XIX nous livrent leurs vi­sions de Naples.

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Naples est- elle une bonne des­ti­na­tion de va­cances ? La ré­ponse n’est pas si évi­dente. Car der­rière ses in­dé­niables charmes, la ville traîne de­puis des siècles une ré­pu­ta­tion de ci­té sul­fu­reuse que la sa­ga d’Ele­na Fer­rante L’Amie pro­di­gieuse est loin de dis­si­per. Tout comme le der­nier ou­vrage de l’écrivain ita­lien Ro­ber­to Sa­via­no, Le Contraire de la mort, dans le­quel il dé­peint la ca­pi­tale de la Cam­pa­nie comme une ville fonc­tion­nant en vase clos, tra­ver­sée par des pas­sions fu­rieuses, où s’our­dissent des drames lourds de consé­quences. Sous-ti­tré Scènes de la vie na­po­li­taine, le livre ras­semble deux nou­velles aus­si tristes qu’émou­vantes sur sa ville na­tale. La pre­mière ra­conte le des­tin de Ma­ria, une ado­les­cente en­deuillée après la mort, en Af­gha­nis­tan, de son pe­tit ami mi­li­taire. La se­conde, plus noire en­core, évoque la vie de jeunes Na­po­li­tains tom­bés sous les coups de la ma­fia lo­cale alors qu’ils cher­chaient à vivre loin des gangs.

SOMPTUOSITÉ ET VIO­LENCES

Et cô­té fran­çais ? Ne comp­tez pas sur les au­teurs pour vous don­ner un avis tran­ché. Leurs ré­cits de voyage os­cil­lent le plus sou­vent entre la des­crip­tion de pay­sages somp­tueux et celle d’une ville gan­gre­née par la vio­lence. C’est ce que montre Naples, es­ca­pades lit­té­raires, une an­tho­lo­gie réunis­sant les textes des écrivains voya­geurs du xviiie et du xixe siècle. Pour le mar­quis de Sade, par exemple, la ci­té na­po­li­taine est ha­bi­tée par un peuple rus­tique et voyou dans l’âme, aux moeurs de sau­va­geons. Un constat que ne par­tage pas Sten­dhal, pour le­quel « le peuple na­po­li­tain est le plus ci­vi­li­sé au monde ». Nombre d’écrivains, comme Cha­teau­briand ou Du­mas, sont d’ailleurs émer­veillés de­vant les cou­leurs de la ville, ses ruelles es­car­pées, sa mu­sique, ses ma­ca­ro­nis et par son air dis­cret de carpe diem. Alors, ci­té dé­pra­vée ou sym­bole de l’art de vivre ? Pour le sa­voir, une seule solution : prendre le pre­mier avion pour la baie de Naples.

Naples, es­ca­pades lit­té­raires, col­lec­tif, 160 p., Ro­bert Laf­font/ Pa­villons poche, 5 €

Le Contraire de la mort. Scènes de la vie na­po­li­taine (Il Con­tra­rion del­la morte) par Ro­ber­to Sa­via­no, tra­duit de l’ita­lien par Vincent Ray­naud, 128 p., Ro­bert Laf­font/Pa­villons poche, 7 €

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