Un conte bar­bare

Mi­scha BERLINSKI Un re­dou­table duel po­li­tique et une su­perbe his­toire d’amour se confondent sur fond azur.

Lire - - Littératur­e Étrangère - Es­telle Le­nar­to­wicz

Le titre fait ré­fé­rence à un dic­ton créole : « En Haï­ti, per­sonne ne meurt de mort na­tu­relle. » Com­pre­nez que, dans ce coin-là des Ca­raïbes, au­cune grande souf­france ne de­meure in­ex­pli­quée. Et qu’à dé­faut de dis­po­ser d’une cause, on l’in­vente. « Quand on rai­sonne de cette ma­nière, chaque mort est un meurtre, chaque in­for­tune un crime. Et le monde s’éclaire alors d’une sorte d’af­freuse lo­gique meur­trière », ex­plique le nar­ra­teur de ce for­mi­dable ro­man cam­pé à Jé­ré­mie, un pe­tit vil­lage à l’ex­trême ouest de l’île. An­cien shé­rif ré­cem­ment ins­tal­lé en Haï­ti avec sa femme, l’Amé­ri­cain Ter­ry White convainc Jo­hel Cé­les­tin, un jeune juge haï­tien, de se pré­sen­ter contre Maxime Bayard, le fa­vo­ri en titre, un vieux no­table cor­rom­pu. Leur duel va don­ner lieu à une spec­ta­cu­laire lutte de pou­voir où, sur fond d’ex­trême vio­lence éco­no - mique et ra­ciale, les bonnes in­ten­tions se confondent avec les mau­vaises. Fai­sant s’en­tre­la­cer ma­ni­gances po­li­tiques et in­trigues amou­reuses Mi­scha Berlinski ex­plore les dys­fonc­tion­ne­ments d’une so­cié­té haï­tienne qu’il connaît par­fai­te­ment. La grande pau­vre­té se mêle à l’ex­trême ri­chesse, la beau­té à la lai­deur, le drame au co­mique. L’at­mo­sphère est ten­due, la langue dense, le réa­lisme épais et tran­chant. Un ta­bleau grouillant de vie qui « plonge ses ten­ta­cules au fond de votre âme » .

HHHHI Dieu ne tue per­sonne en Haï­ti (Pea­ce­kee­ping) par Mi­scha Berlinski, tra­duit de l’an­glais (États-Unis) par Re­naud Mo­rin, 514 p., Al­bin Michel, 23,90 E. En li­brai­rie le 2 mai.

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