Re­tiens la nuit

Les deux des­si­na­teurs offrent une trans­po­si­tion puissante et co­lo­rée de ce ré­cit énig­ma­tique, entre des­tins croi­sés et ren­contres noc­turnes.

Lire - - Bd - Aude SAMAMA et De­nis La­pière Pascal Ory

e cette belle idée qu’a eue Ales­san­dro Ba­ric­co, et dont il ti­ra il y a quelques an­nées un ro­man, La­pière et Samama font au­jourd’hui un al­bum. En ap­pa­rence trois nou­velles, si­tuées dans le même es­pace-temps – une nuit, jus­qu’au mo­ment dé­ci­sif où le jour se lève, d’où le titre 3 fois dès l’aube –, met­tant en scène des pro­ta­go­nistes ana­logues : un homme et une femme. Cha­cun de ces ré­cits com­mence à l’hô­tel, ce lieu neutre ou­vert à tous les pos­sibles. Mais sub­ti­le­ment, l’his­toire s’en dé­tache de plus en plus, si bien que la troi­sième sé­quence est avant tout un road-mo­vie. Les trois hommes sont des vic­times, des per­son­na­li­tés ébran­lées, as­som­mées par la vie, c’est-à-dire par la mort. Les femmes ont plus de res­sort, même si leur dé­pen­dance à l’égard des hommes bride leurs vel­léi­tés d’éman­ci­pa­tion. Une forme d’af­fec­tion triste passe entre ces êtres confron­tés à la vio­lence de l’uni­vers, illus­trée de ma­nière atroce par des pa­rents trans­for­més en torche vi­vante sous les yeux de leur fils.

L’in­tel­li­gence de Ba­ric­co est d’en­tre­mê­ler pro­gres­si­ve­ment ces si­tua­tions, de les éclai­rer l’une par l’autre, ce qui contri­bue, à rendre les per­son­nages plus com­plexes, plus at­ta­chants. Il se dé­gage de cette suite, au sens musical, une cu­rieuse et, au fi­nal, plu­tôt douce im­pres­sion de fausse cir­cu­la­ri­té, « la mys­té­rieuse per­ma­nence de l’amour, dans le tour­billon in­ces­sant de la vie » . Dans cette trans­for­ma­tion d’un exer­cice lit­té­raire as­sez cé­ré­bral en bel ob­jet plas­tique, le scé­na­riste est ici for­te­ment ai­dé par Aude Samama, dont on re­trouve avec plai­sir la touche grasse et co­lo­rée, pour sa troi­sième col­la­bo­ra­tion avec De­nis La­pière ( Ama­to, À l’ombre de la gloire). Comme pré­ci­sé sur la page de titre, il ne s’agit pas de des­sins mais de « des­sins et [de] pein­tures » . Ce choix pic­tu­ral donne, dans tous les sens du terme, de l’épais­seur aux per­son­nages et de la cou­leur à leur clair-obs­cur.

HHHHI 3 fois dès l’aube par Aude Samama (des­sins et pein­tures) et De­nis La­pière (des­sin), 100 p., Fu­tu­ro­po­lis, 20 E

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