Da­niel Pen­nac

Lire - - Magazine - Es­telle Le­nar­to­witcz

Il y avait en lui quelque chose de Bart­le­by. En 2009, peu après la mort de son frère aî­né, l’au­teur de la sa­ga des Ma­laus­sène dé­cide de mon­ter sur scène pour lire en pu­blic la cé­lèbre nou­velle de Her­man Mel­ville. L’his­toire d’un no­taire qui en­gage dans son étude un scribe pas comme les autres. À toute ques­tion qui lui est po­sée, à toute de­mande qui lui est faite, ce der­nier op­pose tou­jours la même phrase énig­ma­tique : « I would pre­fer not to » – « Je pré­fé­re­rais ne pas ». Fi­gure de la non-vo­lon­té, de l’am­bi­guï­té et de la ré­sis­tance pas­sive, le per­son­nage de Bart­le­by a fas­ci­né les plus grands phi­lo­sophes (Gilles De­leuze, Michel Fou­cault, Jacques Der­ri­da…). Dans un livre qui en­tre­mêle ré­cit au­to­bio­gra­phique et extraits de la nou­velle de Mel­ville, Da­niel Pen­nac ajoute sa pierre au culte du an­ti­hé­ros, bros­sant l’émou­vant por­trait de son frère en cou­sin spi­ri­tuel du co­piste. Fils pré­fé­ré d’une fa­mille de quatre gar­çons, Ber­nard Pen­nac était, lui aus­si, un homme so­li­taire et se­cret. Avec la ten­dresse et l’hu­mour es­piègle qu’on lui connaît, l’au­teur évoque ses si­lences, ses par­ties d’échecs, et la ma­nière qu’il avait de tour­ner la cuillère à ca­fé dans sa tasse en por­ce­laine. Entre anec­dotes de vieillesse et sou­ve­nirs d’en­fance, Mon frère (Gal­li­mard) contient aus­si de très belles pages sur l’ex­pé­rience de l’écrivain au théâtre. Émou­vant, sin­cère, le coeur bat­tant d’une jo­lie sa­gesse, voi­ci Pen­nac comme on l’aime.

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