DANS L’AC­TUA­LI­TÉ

Lire - - Sumario -

Lit­té­ra­ture néer­lan­daise

Les Pays-Bas sont au­jourd’hui l’une des places fortes de la lit­té­ra­ture eu­ro­péenne. À l’oc­ca­sion de la 33e édi­tion de la Co­mé­die du Livre de Mont­pel­lier – qui a choi­si de cé­lé­brer les lettres néer­lan­daises et fla­mandes –, dé­cou­vrons cette pro­duc­tion riche et va­riée, ain­si que quelques-uns des au­teurs ma­jeurs de cette ré­gion.

La lit­té­ra­ture des PaysBas du xxe siècle re­gorge de som­mets. On peut com­men­cer le voyage en re­mon­tant dans le temps. Tout d’abord avec les rares nou­velles écrites dans les an­nées 1910 par Jan Hen­drik Fre­de­rik Grön­loh sous le pseu­do­nyme de Nes­cio. Ce­lui-ci a ga­gné la pos­té­ri­té avec une poi­gnée de ré­cits mé­lan­co­liques, in­tros­pec­tifs et in­clas­sables, tra­duits en 2005 chez Gal­li­mard sous le titre Le Pique-as­siette et autres ré­cits. Son édi­teur fran­çais, Jean Mat­tern, se sou­vient d’avoir été frap­pé par l’uni­vers de ce­lui qu’il dé­crit jo­li­ment comme un « écrivain des so­leils cou­chants, des hi­boux et des clo­chers à l’ho­ri­zon » in­ter­ro­geant in­las­sa­ble­ment « le sens de nos pauvres exis­tences ». C’est aus­si au même Jean Mat­tern que

l’on doit la ré­ap­pa­ri­tion de Willem Fre­de­rik Her­mans dont la pièce maî­tresse, La Chambre noire de Da­mo­clès, pu­bliée en 1958, a été re­tra­duite chez Gal­li­mard en 2006. Cette odys­sée d’Ose­woudt pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale et la Li­bé­ra­tion pro­vo­qua alors l’en­thou­siasme de Mi­lan Kun­de­ra qui prit la plume pour cé­lé­brer, dans les pages du Monde des Livres, un ro­man « épris du réel et en même temps fas­ci­né par l’im­pro­bable et l’étrange ».

CHEFS-D’OEUVRE DES TEMPS TROU­BLÉS

Une autre fi­gure em­blé­ma­tique des lettres néer­lan­daises reste Har­ry Mu­lisch dont l’oeuvre en­tière est mar­quée de l’em­preinte de la Se­conde Guerre mon­diale et de ses dé­mons. Du trau­ma­tisme de voir son pays ra­sé par une ar­mée en­ne­mie sans pou­voir se dé­fendre. Es­sayiste à qui l’on doit un vo­lume sur le pro­cès d’Adolf Eich­mann, Mu­lisch s’est im­po­sé comme un ro­man­cier puis­sant. Que l’on a dé­cou­vert avec L’At­ten­tat puis avec son chef-d’oeuvre, l’im­po­sant La Dé­cou­verte du ciel. Et en ma­tière de chef-d’oeuvre des temps trou­blés, comment ne pas men­tion­ner Le Cha­grin des Belges d’Hu­go Claus qui pré­ten­dait écrire parce qu’il « faut bien choi­sir entre le sui­cide et le chant » ? Un bouillon­nant fleuve ro­ma­nesque, an­cré entre 1939 et 1947 dans une ville de Flandre, qui fit sen­sa­tion à sa pa­ru­tion en 1983 grâce à sa puis­sance nar­ra­tive et sty­lis­tique.

LIT­TÉ­RA­TURE DU RÉEL

Cri­tique lit­té­raire aux Pays- Bas, spé­cia­liste de lit­té­ra­ture fran­çaise et eu­ro­péenne, Mar­got Dij­kraaf rap­pelle que la lit­té­ra­ture néer­lan­daise a été im­por­tée tar­di­ve­ment en France, dans les an­nées 1980. Lors­qu’on a aus­si pu se fa­mi­lia­ri­ser avec l’oeuvre pro­téi­forme de Cees Noo­te­boom, un poète de­ve­nu ro­man­cier et écrivain voya­geur, qui n’a ces­sé de mé­di­ter sur le monde qu’il aime à sillon­ner. Quant aux voix fé­mi­nines, in­siste la spé­cia­liste, elles sont tout aus­si re­mar­quables. Mar­got Dij­kraaf évoque en ef­fet l’im­por­tance ca­pi­tale de Hel­la Haasse. La grande dame de la lit­té­ra­ture néer­lan­daise de la se­conde moi­tié du xxe, dont elle re­com­mande avant tout Le Lac noir. Un clas­sique sur le pas­sé co­lo­nial du pays, sans cesse ré­im­pri­mé de­puis sa pu­bli­ca­tion en 1948. Un livre à la por­tée uni­ver­selle dont le ques­tion­ne­ment sur l’émi­gra­tion reste cruel­le­ment d’ac­tua­li­té. Ses dignes des­cen­dantes ont pour nom An­na En­quist, l’au­teure du Chefd’oeuvre et de Qua­tuor. Ou Mar­griet de Moor [voir page 34] dont les ro­mans psy­cho­lo­giques s’at­tachent à ex­plo­rer avec fi­nesse le des­tin des femmes, à son­der « un monde in­time qui cloche ».

La lit­té­ra­ture néer­lan­daise contem­po­raine frappe par sa va­rié­té et sa constante nar­ra­tive. Bart Hof­stede, conseiller cultu­rel à l’am­bas­sade des Pays-Bas à Pa­ris, sou­ligne le fait que les écrivains néer­lan­dais n’ont pas peur des phrases courtes et di­rectes. Uti­li­sant, qu’ils soient fla­mands ou néer­lan­dais, une langue claire et lim­pide. Avec la vo­lon­té, comme l’ana­lyse

La li­brai­rie Boe­khan­del Do­mi­ni­ca­nen de Maas­tricht, l’une des plus belles au monde, se trouve dans une an­cienne église do­mi­ni­caine du siècle.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.