La carte aux tré­sors

De l’Hô­tel Da­nie­li au Har­ry’s Bar en pas­sant par la place Saint-Marc, Lire vous pro­pose une pro­me­nade dans la Ve­nise lit­té­raire en huit lieux, ô com­bien em­blé­ma­tiques.

Lire - - En Couverture - Es­telle Le­nar­to­wicz

PA­LAZ­ZO SORANZO CAPPELLO

Construit à la fin du XVI e siècle par la vo­lon­té de la puis­sante fa­mille Soranzo, et si­tué dans le quar­tier de San­ta Croce, ce splen­dide pa­lais est sur­tout connu pour son jar­din, consi­dé­ré comme l’un des plus beaux de la ville. Ses charmes ro­man­tiques ont no­tam­ment été cé­lé­brés par Hen­ry James (dans son ro­man Les Pa­piers de Jef­frey As­pern [voir page 48]) et par le poète ita­lien Ga­briele D’An­nun­zio.

LE GRAND CA­NAL

Prin­ci­pale porte d’en­trée de la ville, bor­dée de cen­taines de pa­lais et d’églises, le Grand Ca­nal cris­tal­lise tous les pa­ra­doxes de l’ima­gi­naire vé­ni­tien, sur­char­gé d’images, mais tou­jours fuyant. La par­cou­rant en va­po­ret­to, Paul Mo­rand, un brin désa­bu­sé, se fen­dra du com­men­taire sui­vant : « Une vie res­semble sou­vent à ces pa­lais du Grand Ca­nal, com­men­cés en bas par un ap­pa­reil de pierres or­gueilleu­se­ment taillées en pointes de dia­mant, leurs étages su­pé­rieurs hâ­ti­ve­ment ache­vés en boue sé­chée. »

PA­LAZ­ZO CONTARINI FASAN

La lé­gende ra­conte que c’est dans ce su­perbe pe­tit pa­laz­zo, si­tué face à la ba­si­lique de la Ma­don­na del­la Sa­lute (plus sim­ple­ment ap­pe­lé « la Sa­lute »), qu’au­rait vé­cu Des­dé­mone, l’hé­roïne mal­heu­reuse de l’Othel­lo de Sha­kes­peare, as­sas­si­née par son ma­ri qui la croyait in­fi­dèle. L’hy­po­thèse, en­tre­te­nue par les gon­do­liers du cru, est sé­dui­sante… mais au­cun do­cu­ment ne vient hé­las la cor­ro­bo­rer !

HAR­RY’S BAR

L’antre d’He­ming­way ! Pro­prié­té du cha­ris­ma­tique Giu­seppe Ci­pria­ni, cette an­cienne trat­to­ria de pé­cheurs a long­temps été le QG of­fi­ciel du bu­veur in­vé­té­ré Er­nest He­ming­way. C’est ici, sur sa table per­son­nelle ré­ser­vée tous les jours par le pa­tron, qu’il ré­di­gea, à l’été 1949, son ro­man d’amour au­to­bio­gra­phique, Au- de­là du fleuve et sous les arbres. Le Har­ry’s Bar, res­té cé­lèbre, de­vien­dra en­suite l’une des adresses gas­tro­no­miques les plus fa­meuses d’Ita­lie.

CAF­FÈ QUA­DRI

Si­tué lui aus­si sous les ar­cades de la place Saint-Marc, ce ca­fé his­to­rique est le cou­sin méconnu du Caf­fè Flo­rian [voir p. 44]. Ou­vert en 1638, il reste l’un des dé­bits de bois­sons les plus anciens de la ville, ap­pré­cié pour ses stucs jaunes et verts, ses tables en marbre rouge et sa vue im­pre­nable sur le pa­lais des Doges. Par­mi ses illustres clients, ci­tons Sten­dhal (qui ré­di­geait là sa cor­res­pon­dance), Mar­cel Proust, Hen­ry James ou en­core Alexandre Du­mas père. Rien que ça ! À l’étage, on trouve au­jourd’hui un res­tau­rant étoi­lé.

LA BIBLIOTHÈQ­UE NA­TIO­NALE MARCIANA

Face au pa­lais des Doges, de l’autre cô­té de la Piaz­zet­ta, la Bibliothèq­ue na­tio­nale, édi­fiée au e siècle par XVI San­so­vi­no puis Vin­cen­zo Sca­moz­zi, abrite plus d’un mil­lion de livres et treize mille ma­nus­crits. C’est ici que le com­mis­saire Bru­net­ti, l’en­quê­teur de l’écri­vaine amé­ri­caine Don­na Leon [voir p. 49], se ré­fu­gie pour faire ses re­cherches…

LA PLACE ET L’ÉGLISE SAINT-MARC HÔ­TEL DA­NIE­LI

À lire la liste des écrivains ayant sé­jour­né dans ce luxueux hô­tel, on est pris de ver­tige. Éri­gé à la fin du e siècle par la dy­nas­tie XIV pa­tri­cienne du même nom, le pa­lais Dan­do­lo – re­bap­ti­sé Al­ber­go Reale puis Hô­tel Da­nie­li –, au­rait hé­ber­gé, entre autres, les poètes Goethe et lord By­ron, Ho­no­ré de Bal­zac, Charles Di­ckens, George Sand et son amant de l’époque Al­fred de Mus­set, Zo­la (dont le grand­père était vé­ni­tien), Mar­cel Proust, Tru­man Ca­pote, Pierre Lo­ti, An­na de Noailles, Mau­rice Bar­rès, Va­le­ry Lar­baud… Et, plus ré­cem­ment, Jean d’Or­mes­son et Phi­lippe Sol­lers [voir p. 46]… Qui dit mieux ? Coeur bat­tant de la ville, en­va­hie chaque jour par une horde de tou­ristes (et de pi­geons !), la place Saint-Marc a été ra­con­tée par de nom­breuses plumes cé­lèbres. Al­ber­to Mo­ra­via l’aime « trans­fi­gu­rée par le Car­na­val » . Paul Mo­rand la voit en « mos­quée dont le pa­ve­ment dé­clive et bour­sou­flé res­semble à des ta­pis de prière jux­ta­po­sés ». Pour Coc­teau, l’église a le « somp­tueux dé­las­se­ment d’un am­bas­sa­deur orien­tal qui au­rait dé­char­gé sa tête d’une trop pe­sante ai­grette ». Quant à Michel Bu­tor, il cé­lèbre sa nuée de vi­si­teurs, sou­li­gnant que « l’eau de la foule est aus­si in­dis­pen­sable à la fa­çade de Saint- Marc que l’eau des ca­naux à celle des pa­lais. »

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