Éric Neu­hoff *

Dans son re­cueil de nou­velles Les Po­la­roïds, on re­trouve cette Cos­ta Bra­va si chère à l’écri­vain. L’oc­ca­sion pour lui de se sou­ve­nir d’un ro­man ou­blié qui se pas­sait là-bas : Les Pia­nos mé­ca­niques, d’Hen­ri-Fran­çois Rey.

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Pour l’éter­ni­té, ce se­ront des va­cances en ca­rac­tères d’im­pri­me­rie. À l’époque, en 1962, per­sonne n’au­rait su si­tuer Ca­da­qués sur une carte. Hen­ri-Fran­çois Rey en a fait le dé­cor des Pia­nos mé­ca­niques [pu­blié chez Ro­bert Laf­font, puis en Livre de Poche – au­jourd’hui épui­sé]. L’exo­tisme com­men­çait de l’autre cô­té de la fron­tière. Fran­co était au pou­voir et, pour­tant, une li­ber­té sans bornes ré­gnait dans ce vil­lage ca­ta­lan, ren­du cé­lèbre par Dalí. À cô­té, Saint- Tropez pou­vait al­ler se rha­biller. Le hé­ros dé­bar­quait au mi­lieu de ces mai­sons blanches. À l’Es­trel­la, on dis­cu­tait à n’en plus fi­nir. Les verres s’en­chaî­naient. La mer ser­vait de dé­cor. Per­sonne ne s’y baig n a i t , à part les en­fants. On pré­fé­rait plon­ger dans les draps.

Il y avait des peintres,

des mil­liar­daires, des écri­vains. C’était le bon temps. Airbnb n’exis­tait pas. Les cor­ri­das n’avaient pas en­core été in­ter­dites. Dans le livre, Ca­da­qués s’ap­pelle Cal­deya. Il s’agit donc d’un ro­man. On en a ti­ré un film avec Me­li­na Mer­cou­ri et Har­dy Krü­ger. Il est ca­la­mi­teux. C’est ça qui est bien. Chaque été, quand j’ar­rive là-bas, je re­vois Hen­riF­ran­çois Rey à la ter­rasse du Ma­ri­tim, avec son vi­sage de vieil In­dien, ses che­mises de gar­dian, ses bra­ce­lets au poi­gnet. Un autre de ses ro­mans, Le Ra­ch­dingue, a don­né son nom à une dis­co­thèque dans l’ar­rière-pays. En 1978, j’ai eu un ac­ci­dent de voi­ture sur la route qui y me­nait. Un an de cli­nique. Un ami de per­du. »

Pro­pos recueillis par

Louis-Hen­ri de La Ro­che­fou­cauld

* Der­nier livre pa­ru : Les Po­la­roïds

(Le Ro­cher)

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