Po­li­tique fric­tions

Lire - - SÉRIES TV -

Les Sau­vages, la sa­ga de Sa­bri Loua­tah conçue comme un feuille­ton TV, in­ves­tit en toute lo­gique le pe­tit écran. Un por­trait acide de la so­cié­té fran­çaise, in­égal mais riche de ful­gu­rances.

Lors de la pa­ru­tion du pre­mier vo­lume en 2012, Les Sau­vages avait fait l’ef­fet d’une bombe. Avec ce ro­man, Sa­bri Loua­tah nous of­frait une grande fresque littéraire, en quatre tomes mê­lant po­li­tique- fic­tion, po­lar et étude so­cio­lo­gique. En pleine cam­pagne élec­to­rale, Id­der Chaouch, can­di­dat d’ori­gine magh­ré­bine et grand fa­vo­ri des son­dages, pré­pare son as­cen­sion à l’Ély­sée. Pa­ral­lè­le­ment, à Saint- Étienne, la fa­mille

Ner­rouche s’af­faire pour le ma­riage du jeune Slim. En vingt-quatre heures, ces deux mondes vont s’en­tre­cho­quer de la plus tra­gique des ma­nières.

Trois ans après la sor­tie du der­nier tome, la sa­ga est tou­jours d’ac­tua­li­té et cette adap­ta­tion té­lé­vi­suelle n’en a que plus de sens. Le ré­sul­tat est un mé­lange des in­fluences de Loua­tah, convo­quant aus­si bien le sen­sa­tion­na­lisme des sé­ries TV amé­ri­caines que des ré­fé­rences plus clas­siques, comme Mo­zart ou les chan­sons du poète ber­bère Lou­nis Aït Men­guel­let. À l’image de la France qu’elle dé­crit, Les Sau­vages convie plu­sieurs cultures et sen­si­bi­li­tés, pour for­mer un sa­vou­reux mel­ting­pot de thril­ler po­li­tique et de drame fa­mi­lial puis­sant. Au-de­là de son cô­té tré­pi­dant, la sé­rie se veut aus­si la ra­dio­gra­phie d’un pays frac­tu­ré. Et c’est là, peut-être, que le bât blesse : adap­tée pour le pe­tit écran, la sa­ga perd quelque peu de sa puis­sance en re­lé­guant au se­cond plan l’as­pect so­cio­lo­gique, au pro­fit d’une mé­ca­nique em­prun­tée à la sé­rie 24 heures chro­no.

À vou­loir bras­ser trop de genres à la fois, Les Sau­vages

fi­nit par se perdre quelque peu. Reste un pro­gramme fas­ci­nant tant dans les thèmes abor­dés que dans la ma­nière de les tra­duire, es­sayant tant bien que mal de faire hon­neur aux am­bi­tions nar­ra­tives de sa ma­trice littéraire, tout en se pliant aux exi­gences du for­mat té­lé­vi­suel. Un équilibre dé­li­cat qui, pour ses mo­ments de grâce dis­sé­mi­nés ici et là et pour l’im­por­tance de son pro­pos gé­né­ral, mé­rite lar­ge­ment d’être sa­lué.

En sep­tembre sur Ca­nal +

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.