Suc­cu­lence bou­le­var­dière

Lire - - SÉRIES TV - PAR DO­MI­NIQUE PONCET

Àla Mi­cho­dière en ce dé­but 2019, nous voi­ci re­ve­nus au temps de Au Théâtre ce soir, cette émis­sion de té­lé­vi­sion ima­gi­née comme pro­gramme de rem­pla­ce­ment par Pierre Sab­bagh, un jour de grève de 1966, et qui du­ra… vingt ans. Par­mi les pièces qui cre­vèrent son pla­fond d’écoute, Le Ca­nard à l’orange, créé par Pierre Mon­dy avec Jean Poi­ret, en 1979. Re­mon­ter ce brillant vau­de­ville avec, bien sûr, quelques amé­na­ge­ments pour l’épi­cer au goût du jour, est une jo­lie idée. Elle est due à Ni­co­las Brian­çon [ voir page 106], qui n’a pas son pa­reil pour faire cha­toyer, à nos oreilles

d’au­jourd’hui, les meilleurs textes du théâtre contem­po­rain de di­ver­tis­se­ment. OEuvre de l’un des plus éblouis­sants dra­ma­turges bri­tan­niques du xxe siècle, William Douglas-Home (dé­cé­dé en 1992),

Le Ca­nard à l’orange, pu­blié sous le titre The Se­cre­ta­ry Bird, compte par­mi ceux-ci. Adap­té par Marc-Gil­bert Sau­va­jon (un as de l’exer­cice), c’est un pe­tit chef-d’oeuvre de ma­chia­vé­lisme et de fé­ro­ci­té conju­gale.

Ani­ma­teur ve­dette de la BBC, Hugh Pres­ton, pour­tant lui-même don Juan im­pé­ni­tent, découvre que sa femme a une liai­son et qu’elle veut le quit­ter. Il se dé­brouille alors pour que cet homme vienne cher­cher son épouse au do­mi­cile conju­gal et, dans le même temps, il in­vite sa se­cré­taire, une jeune femme qui n’hé­site ja­mais à mettre son sex-ap­peal au ser­vice de son am­bi­tion. Tous les quatre vont se re­trou­ver pour dî­ner, en com­pa­gnie d’une do­mes­tique ron­chon qui s’est lan­cée dans la cuis­son, hy­po­thé­tique, d’un… ca­nard à l’orange. L’ob­jec­tif de Pres­ton étant, au bout du compte, de reconquéri­r sa femme en fai­sant des étin­celles, en al­ter­nant va­che­ries cin­glantes et bons mots hi­la­rants, au dé­tri­ment, no­tam­ment, de l’amant.

Ni­co­las Brian­çon joue ce Pres­ton avec au­tant de vi­va­ci­té et d’élégance que de dé­sin­vol­ture et de désen­chan­te­ment, épau­lé par un qua­tuor d’ac­teurs plus qu’épa­tants : la soi­rée est ir­ré­sis­tible de gaie­té va­charde. Joué avec cet al­lant et cette vir­tuo­si­té, le (bon) Bou­le­vard a en­core de beaux jours de­vant lui.

Le Ca­nard à l’orange, de William ■

Douglas-Home, mise en scène par Ni­co­las Brian­çon ; Théâtre de la Mi­cho­dière, Pa­ris 2e. Du mar­di au sa­me­di à 20 h 30, le sa­me­di à 16 h 30 et le di­manche à 15 h 30.

Les ac­teurs Fran­çois Vin­cen­tel­li et Anne Charrier.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.