MOÏSE, L’HOMME QUI INS­PI­RA FREUD

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Hé­ros bi­blique de pre­mier plan, le pro­phète fas­ci­na le cé­lèbre psy­cha­na­lyste.

Àtout sei­gneur tout hon­neur. Freud, plus qu’un simple lec­teur, s’iden­ti­fie aux per­son­nages bi­bliques. Il est Ja­cob lut­tant avec l’ange, pé­tri de cou­rage et de per­sé­vé­rance in­tel­lec­tuels, d’exi­gences de l’oeuvre à me­ner à bien. Il cite le poète

Rü­ckert : « ce qu’on ne peut at­teindre en vo­lant, il faut l’at­teindre en boi­tant ». Ce vers peut ré­son­ner comme un éloge de la fai­blesse sur­mon­tée. Et l’écri­ture l’avait dé­jà confir­mé : « Boi­ter n’est pas pê­cher ». Freud, l’in­ter­prète no­va­teur des rêves, s’iden­ti­fie aus­si au pa­triarche Jo­seph, le grand maître de l’oni­ro­man­cie égyp­tienne et mi­nistre de Pha­raon. Mais le per­son­nage bi­blique qui ins­pi­ra le plus Freud, ce fut as­su­ré­ment Moïse dont la pré­sence gran­diose tra­verse L’Homme Moïse et la Re­li­gion mo­no­théiste, le der­nier livre de Freud qui pa­raît en an­glais en mars 1939, à la veille de la ca­tas­trophe qui plon­ge­ra l’Eu­rope dans la ré­gres­sion néo-païenne. Moïse est un per­son­nage colérique, iras­cible, mais aus­si un grand fai­seur de peuple et de re­li­gion. On connaît la thèse ico­no­claste de Freud. Moïse est égyp­tien. Il s’ins­pi­ra d’un culte so­laire d’Égypte, pros­cri­vant images et idoles, pour le don­ner aux Hé­breux ; éton­nante pré­fi­gu­ra­tion d’un mo­no­théisme exi­geant. C’est Moïse, l’élu, qui prend la tête du peuple juif pour lui faire don de la Loi. Dieu unique, in­tel­lec­tua­lisme, foi exi­geante, c’est la nais­sance de la culture qui fait un pas dé­ci­sif vers la spi­ri­tua­li­té en re­je­tant les idoles. Le peuple juif, dans sa co­ria­ci­té, son in­croyable per­ma­nence dans l’His­toire mal­gré les per­sé­cu­tions, reste obs­ti­né­ment fi­dèle à l’éthique, à l’exi­gence de vérité et de jus­tice. Freud fait de Moïse le « grand homme » par ex­cel­lence, do­té de la puis­sante au­to­ri­té pa­ter­nelle qui ins­ti­tue un peuple saint, ou­vrant la voie au chris­tia­nisme pau­li­nien. Bien que le na­zisme et Hit­ler ne soient ja­mais nom­més, ce texte ul­time de Freud peut se lire, en fi­li­grane, comme un hom­mage au mes­sage bi­blique et au peuple juif qui fut l’in­tro­duc­teur dans le monde de l’éthique, fon­de­ment même de la culture. Alain Ru­bens

Sig­mund Freud, vers 1921.

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