Force in­té­rieure

De l’en­fance à l’âge adulte, Jean-Claude Du­bois fait le ré­cit d’une vie au fil d’une in­tros­pec­tion dé­li­cate et sobre.

Lire - - LITTÉRATUR­E FRANÇAISE - Es­telle Le­nar­to­wicz

Un vieil homme se re­tourne sur sa vie pas­sée. Quelques pho­to­gra­phies ex­tir­pées d’une malle, res­ca­pées d’époques proches et loin­taines. Qui est ce gar­çon­net mal dans sa peau qui a fui le monde et les rires pour se ré­fu­gier dans la lit­té­ra­ture ? Avec sen­si­bi­li­té, Jean-Claude Du­bois (à ne pas confondre avec le ro­man­cier Jean-Paul Du­bois) exa­mine ces cli­chés, réels et ima­gi­naires, qui ont ja­lon­né son exis­tence. De pe­tites touches en cli­gne­ments d’yeux, Une chose pour quoi je suis né dé­roule son en­fance mo­deste dans le Nord, le père bien­tôt mort, la mère tou­jours hors champ, le grand-père dont les bras ac­cueillent les ins­tants de

bon­heur en­fan­tin. Il y a aus­si les vi­sites du mou­lin à vent, les cours de mu­sique, la dis­tri­bu­tion des dic­tion­naires of­ferts aux éco­liers par le maire du vil­lage.

DOULEUR ET MO­MENTS HEU­REUX

Ce mou­ve­ment in­tros­pec­tif puise dans la so­brié­té et l’éco­no­mie pour faire éclore et dia­lo­guer les évo­ca­tions. La maturité vient avec la ren­contre amou­reuse : « Il n’est pas plus fa­cile d’écrire sur la femme qu’on aime que de n’en rien dire du tout. » Suivent d’émou­vantes pages sur la douleur – « elle est la vie dans ce qu’elle a de plus in­ex­pli­cable » – et sur la ba­na­li­té des mo­ments heu­reux. À la fin, le poète de­ve­nu grand-père rit avec sa pe­tite-fille. La boucle est bou­clée. On en sort avec le sen­ti­ment de ce que conti­nue d’être la poé­sie : un en­droit à part, où le temps se di­late et où le coeur bat plus fort.

★★☆☆☆ Une chose pour quoi je suis né par Jean-Claude Du­bois, cya­no­types de Jean-Ma­rie Per­rot, 176 p., Cheyne, 23 €

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