AUX SOMBRES HÉ­ROS DE LA MER

Dans son nou­veau livre, le jour­na­liste et écri­vain aus­tra­lien Mal­colm Knox dé­monte l’image d’Épi­nal du sur­feur philosophe dé­con­trac­té et nous donne à lire le ré­cit poi­gnant d’une des­cente aux en­fers.

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Le seul surf pur qui res­tait, le surf in­no­cent, le surf de l’âge d’or, il se trou­vait en toi, à l’époque où t’étais trop jeune pour connaître toutes ces conne­ries. L’âge d’or du surf, c’est quand t’as douze ans et que les jour­nées durent cin­quante heures d’af­fi­lée. » La di­men­sion métaphysiq­ue du surf, la quête re­li­gieuse de la vague par­faite d’une bande d’al­lu­més ul­tra-co­ol, voi­là ce que re­pré­sen­taient Pa­trick Swayze et Kea­nu Reeves dans Point Break, Mike Hyn­son et Ro­bert Au­gust dans The End­less Sum­mer ou même les frères Wil­son au sein des Beach Boys. Une image d’Épi­nal glo­rieuse que Mal­colm Knox ba­laye d’un re­vers de main dans une oeuvre en­core plus ra­di­cale que le su­blime ré­cit de William Fin­ne­gan, Jours bar­bares. Il nous plonge en

eaux troubles dans le pas­sé du dé­nom­mé Den­nis Keith, une lé­gende du surf aus­tra­lien, abî­mée par la vie et lar­ge­ment ins­pi­rée de Mi­chael Pe­ter­son, fi­gure em­blé­ma­tique de la glisse. Alors que dé­bute le ro­man, DK a 58 ans et dé­passe al­lè­gre­ment les 100 ki­los. Pa­ra­noïaque, schi­zo­phrène, mu­tique, il mène une exis­tence mi­sé­rable avec sa vieille ma­man dans un pa­villon pour re­trai­tés. La seule chose qui fait en­core pé­tiller son re­gard, c’est le sou­ve­nir de cette vie de sur­feur, une parenthèse glo­rieuse et in­ou­bliable grâce à la­quelle il s’était trou­vé une place dans ce monde. Quand une jeune jour­na­liste se pro­pose d’écrire sur sa vie, l’oc­ca­sion lui est don­née de nous ra­con­ter son des­tin hors norme, ce­lui d’un en­fant aban­don­né de la Gold Coast, de­ve­nu star mon­diale du surf, puis d’un homme ren­du fou par la drogue et par une am­bi­tion dé­vo­rante, le mythe s’écrou­lant jus­qu’au drame.

Bien plus qu’un simple ro­man sur le surf, Shan­gri­la se lit comme un conte phi­lo­so­phique sur l’homme. L’exis­tence de Den­nis Keith est le ré­cit d’une ob­ses­sion pour la re­con­nais­sance et la gloire. Le com­bat fé­roce d’un Don Qui­chotte de l’écume dé­pas­sé par sa lé­gende, qui se dé­bat contre une tra­gé­die an­non­cée. Ou com­ment de­ve­nir un hé­ros quand on se per­suade que l’on n’est rien ?

HHHII Shan­gri­la (The Life) par Mal­colm Knox, tra­duit de l’an­glais (Aus­tra­lie) par Pa­tri­cia Barbe-Gi­rault, 496 p., Asphalte, 22 €

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