Fat alors !

OLI­VIER RO­LIN

Lire - - RENTRÉE LITTÉRAIRE - Louis-Hen­ri de La Ro­che­fou­cauld

Est-ce parce qu’il n’a ja­mais cru au com­mu­nisme que Si­mon Leys, grand écri­vain plein d’es­prit et d’hu­mi­li­té, est res­té digne jus­qu’à la mort ? Pour ses an­ciens ad­ver­saires maoïstes, en re­vanche, la vieillesse est sou­vent un nau­frage. À ceux qui en dou­te­raient, Oli­ver Ro­lin en offre

l’éclatante dé­mons­tra­tion avec Ex­té­rieur monde, livre de sou­ve­nirs d’une va­ni­té à faire pas­ser Serge Ju­ly pour saint Be­noît de Nur­sie.

Ayant vé­cu près de qua­rante ans rue de l’Odéon avec un loyer loi de 1948 (il s’en vante), l’au­teur de quelques ro­mans im­por­tants ( L’In­ven­tion du monde, Port-Sou­dan) a eu le temps de se contem­pler dans le mi­roir. Puis­qu’on n’est ja­mais mieux ser­vi que par soi­même, Oli­vier Ro­lin pro­fite de ses Mé­moires pour nous ex­pli­quer à quel point il fut un gé­nie. Il se com­pare tour à tour à Sterne, au Cha­teau­briand des Mé­moires d’outre-tombe et au Vic­tor Hugo de Choses vues. Rien que ça. Entre deux anec­dotes sans in­té­rêt sur ses voyages, il nous rap­pelle quel sé­duc­teur il fut – à cô­té, Ca­sa­no­va était un eu­nuque. Dé­tail amu­sant : bien qu’ivre de lui-même, il se moque de l’im­mo­des­tie de Na­bo­kov. En­core plus drôle : il parle ici et là d’au­teurs qui ne sont plus lus, comme si son oeuvre à lui in­té­res­sait quel­qu’un en dehors des Eh­pad pour vieux co­pains de lutte. Quand un prof est à ce point fa­ti­gué, il est temps qu’il prenne sa re­traite. En Chine ?

☆☆☆☆☆ Ex­té­rieur monde par Oli­vier Ro­lin, 304 p., Gal­li­mard, 20 €

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