Vi­sions d’une mère

Dix-sept ans, c’est l’âge au­quel Li­na a don­né nais­sance à son pre­mier fils, Éric Fot­to­ri­no. Un ro­man émou­vant.

Lire - - LITTÉRATUR­E FRANÇAISE - Gla­dys Ma­ri­vat

« Je n ’ a i g a rdé de cette pe­tite au­cune image, rien qu’un vide im­mense. Ir­ré­pa­rable et déses­pé­rant. Je pour­rais dou­ter que ce mo­ment a vrai­ment exis­té. La seule chose qui m’est res­tée, c’est la vio­lence. » Dé­jeu­ner do­mi­ni­cal, en dé­cembre.

Une mère, trois fils, leurs com­pagnes, leurs en­fants.

Une paël­la re­froi­die trône sur la table, des parts de crumble aux fram­boises dé­con­gèlent dans des assiettes na­po­léo­niennes, et un secret de fa­mille fait tout vo­ler en éclats. C’est Wa­ter­loo, pense Éric, le nar­ra­teur. Sa mère, qu’il ne peut ap­pe­ler que Li­na, a par­lé. D’elle. Ma­rie. La fille qu’elle a eue, après lui, avec un amant arabe et qu’on lui a ar­ra­chée à sa nais­sance. C’est que Li­na n’était pas ma­riée, elle était la honte de sa mère qui l’a en­voyée ac­cou­cher seule et en stop à Bor­deaux. Comme dans Ro­chelle ou Le Mar­cheur de Fès, Éric Fot­to­ri­no se cherche dans ce ro­man fa­mi­lial, qui mêle les faits à la fic­tion. L’écri­vain et jour­na­liste n’a connu que sur le tard son père bio­lo­gique, un juif du Ma­roc re­je­té par sa fa­mille, et porte le nom de son père adop­tif, ce­lui qui a épou­sé sa mère. C’est à elle que Dix- sept ans est consa­cré. Cette femme qui lui pa­raît chaque fois plus pe­tite, si dis­tante, presque es­tom­pée. Dans la lu­mière de Nice, la ville où Li­na lui a don­né la vie, à 17 ans, il prend en­fin le risque de la regarder en face. Et de res­sen­tir de l’amour.

★★★☆☆ Dix-sept ans par Éric Fot­to­ri­no, 272 p., Gal­li­mard, 20,50 €

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