Drôle d’hé­ré­di­té

Le psy­chiatre et psy­cha­na­liste Jacques Hoch­mann fait re­vivre, en his­to­rien, les théo­ries sur les troubles men­taux.

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Les mythes ont la vie dure », écri­vait Da­niel Ha­lé­vy. La psy­chia­trie, tout au long de son his­toire, s’est édi­fiée sur des mythes, et sans en être avare. Pro­grès, Science, Race, Re­li­gion. Au tout dé­but se si­tue l’in­ven­tion du pé­ché ori­gi­nel. L’homme qui s’in­carne dans la chair est guet­té par la concu­pis­cence, l’appétit sexuel cau­sé par la femme. La trans­mis­sion du pé­ché ori­gi­nel an­nonce une dé­chéance qui va dé­sor­mais se dé­rou­ler comme un fil rouge à tra­vers toute l’his­toire de l’Oc­ci­dent : Moyen Âge, cou­rant contre­ré­vo­lu­tion­naire des an­ti-Lu­mières… Et voi­là qu’il re­pa­raît, sous une forme laïque,

re­vê­tu des nou­veaux ha­bits de la dé­gé­né­res­cence. L’hé­ré­di­té est ce qui per­met d’ex­pli­quer tout le mal qui hante la na­ture humaine. Dé­sor­mais, toutes les ma­la­dies men­tales, à l’aune de la psy­chia­trie nais­sante, sont au­tant de ma­ni­fes­ta­tions d’une hé­ré­di­té due à des fac­teurs toxiques ou alimentair­es et à la trans­mis­sion de tares que les mé­de­cins, nou­veaux fonc­tion288 p., Odile naires de l’hu­ma­ni­té, se doivent Ja­cob, 24,90 € de tra­quer, pour mieux les éra­di­quer. On as­siste alors au dé­fi­lé des cré­tins goi­treux, des mons­trueux ivrognes hé­ré­di­taires qui viennent han­ter l’es­prit d’une bour­geoi­sie as­pi­rant à la quié­tude. Dans le sillage de cette contre-na­ture ap­pa­raît Ar­thur de Go­bi­neau, au­teur dont l’Essai sur l’in­éga­li­té des races hu­maines pro­meut l’in­dé­pas­sable su­pé­rio­ri­té vi­rile de l’Aryen. Avec le cé­lèbre Lum­bro­so sur­git la ca­té­go­rie du « cri­mi­nel-né » qui se re­père à la forme de son crâne, de sa mâ­choire de brute, etc. La han­tise de la dé­gé­né­res­cence culmine dans l’eu­gé­nisme na­zi qui pro­pose, sans ver­gogne, la pra­tique de l’éle­vage humain. Jacques Hoch­mann, psy­chiatre, his­to­rien et psy­cha­na­lyste, nous offre avec Théo­ries de la dé­gé­né­res­cence un pa­no­ra­ma éru­dit d’une doc­trine qui fit beau­coup de mal. A.R.

Jacques Hoch­mann,

HHHII Théo­ries de la dé­gé­né­res­cence. D’un mythe psy­chia­trique au dé­cli­nisme contem­po­rain par

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