RÉ­TRO-LI­SEUR

« Dans ses « Car­nets » men­suels, Ber­nard Pi­vot s’in­ter­roge sur la vi­tesse de lec­ture et ce qu’elle im­plique.

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La lec­ture n’a pas échap­pé au mo­derne sou­ci d’al­ler vite. Il est d’un livre comme d’un cir­cuit automobile : c’est à qui le bou­cle­ra dans le mi­ni­mum de temps. Sauf à vou­loir pa­raître ré­tro­grade ou rê­veur, on ne mu­sarde pas plus un livre à la main qu’avec un vo­lant, un gui­don ou un manche à ba­lai. […] Com­bien de fois m’a-t-on de­man­dé quelle est ma vi­tesse de lec­ture ? Sau­tez- vous des pa­ra­graphes, des cha­pitres ? Sau­tez-vous les dé­buts ? Cou­rez­vous aux pas­sages les plus im­por­tants ? Avez-vous une mé­thode de lec­ture ra­pide ? Vous êtes-vous en­traî­né à lire à toute vi­tesse ? S’en­traî­ner, cou­rir, sau­ter : va-t-on ins­crire la lec­ture aux jeux Olym­piques de Los An­geles ? Non, je n’ai pas de mé­thode de lec­ture ra­pide (ni d’ailleurs d’écri­ture ra­pide, ce qui m’en­chan­te­rait).

[…] J’em­ploie tou­jours la mé­thode qui me fut in­cul­quée à l’école com­mu­nale : com­men­cer un livre par le dé­but, pour­suivre par le mi­lieu et ter­mi­ner par la fin. Je n’y dé­roge que pour les textes po­li­tiques : la lec­ture du der­nier pa­ra­graphe, puis de l’avant­der­nier et ain­si de suite jus­qu’au pre­mier pro­cure des joies sé­ra­phiques. Il me semble que la dia­lec­tique y gagne en clar­té. Et quel sus­pense !

[…] Au vrai, la vi­tesse de lec­ture de cha­cun va­rie sui­vant un cer­tain nombre de pa­ra­mètres dont le plus évident est l’ha­bi­tude. Un lec­teur pro­fes­sion­nel li­ra fa­ta­le­ment avec plus de cé­lé­ri­té qu’un lec­teur oc­ca­sion­nel. Le com­merce avec un livre dé­pend aus­si de l’hu­meur du mo­ment, de la forme phy­sique, de l’en­vi­ron­ne­ment.

[…] En­fin, qui n’a pas consta­té que la vi­tesse de lec­ture dé­pend de la na­ture des livres ? Est-ce que lire un po­lar et lire un ou­vrage de phi­lo­so­phie re­lèvent de la même ac­ti­vi­té ?

[…] Il existe en­fin une autre mé­thode de lec­ture ra­pide […]. C’est celle qui consiste à se dé­char­ger des livres qu’on doit lire sur des col­la­bo­ra­teurs ou des es­claves. Je n’em­ploie pas non plus cette mé­thode. À moins d’être ma­so­chiste ou cha­ri­table, pour­quoi aban­don­ner son plai­sir aux autres ? »

B.P. (Ex­trait de ses « Car­nets »)

AU SOM­MAIRE

Une en­quête sur la lec­ture ra­pide (voir « Car­nets de Ber­nard Pi­vot » ci-contre),

la « fau­to­thèque » de Ber­nard Laygues, des ex­traits de la bio­gra­phie de Col­bert de Jean Meyer, de Contes et Pro­pos de Ray­mond Que­neau, de l’au­to­bio­gra­phie de Mi­reille in­ti­tu­lée Avec le so­leil pour té­moin et de L’Épo­pée du ski d’Yves Bal­lu, essai très sé­rieux sur les sports d’hi­ver.

LA RÉ­PONSE

« Ce que je dé­teste, c’est l’Eu­rope des na­tions. La nation est un terme étroi­te­ment po­li­tique ; ce qui m’in­té­resse, ce sont les es­paces cultu­rels aux­quels les fron­tières na­tio­nales ne cor­res­pondent pas du tout. Le na­tio­na­lisme si­gni­fie ré­tré­cis­se­ment de la pen­sée et confort in­tel­lec­tuel. » Ken­neth White (au su­jet de sa dé­fense du concept de « trans­na­tio­na­li­té » et de son dé­goût de « l’Eu­rope du mi­lieu ») LA PO­LÉ­MIQUE

« Un pa­vé dans la mare de l’éco­lo­gie avec la fable de Pierre Boulle pa­rais­sant chez Flam­ma­rion : Mi­roi­te­ments. Pierre Boulle a en ef­fet ima­gi­né l’élec­tion d’un pré­sident éco­lo­giste dont la femme adore le dieu So­leil. Une usine so­laire construite dans le Mi­di va se ré­vé­ler, par une sé­rie d’in­ter­ac­tions, une mons­trueuse ma­chine à pol­luer. Et la po­pu­la­tion ré­duite à un nou­vel es­cla­vage : le la­vage des car­reaux de l’usine. »

(Ex­trait de la ru­brique « En dia­go­nale »

de Pierre Bon­cenne) LA CRI­TIQUE LA VIE AVANT L’HOMME de Mar­ga­ret At­wood

« Par pe­tites touches, bien à plat, l’au­teur isole pro­gres­si­ve­ment ses per­son­nages du fond neutre avec le­quel ils se confon­daient, ano­nymes, or­di­naires, proches. Un couple se dé­fait, un autre le rem­place. Au mi­lieu, un homme un peu in­con­sis­tant, qui pou­ponne, fa­brique des jouets, aime tout le monde et s’étonne qu’on lui en re­de­mande plus. Gen­til, un vrai re­pous­soir à ma­chos. Eli­sa­beth, sa femme, l’a pro­pre­ment dé­vo­ré, ne lais­sant que les os. Mais voi­là que le sque­lette s’avise de tout quit­ter pour une autre spé­cia­liste des os­se­ments, une pa­léon­to­logue ti­mide, plus à l’aise avec les di­no­saures qu’avec les êtres hu­mains. On se laisse in­si­dieu­se­ment prendre par la finesse de ce ré­cit à trois voix, com­plainte du ma­riage mo­derne, goutte-à-goutte de mé­lan­co­lie et de lu­ci­di­té. Ce ro­man d’une Canadienne an­glaise a été un best-sel­ler aux États-Unis. Il fran­chit l’Océan sans difficulté. » Ta­ma­ra Thor­gevs­ky

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