« OB­NU­BI­LER » OU « OMNIBULER » ?

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Ce­lui-là a re­çu dans son ber­ceau tout ce qu’il fal­lait pour mal tour­ner. Ce « b » qui, de­vant un « n », a vite fait d’être per­çu comme un « m » par les oreilles en­vi­ron­nantes, vo­lon­tiers dis­traites. Et la concur­rence dé­loyale d’un om­ni­bus qui, de­puis le « Bé­bert » d’Yves Ro­bert, a pa­ra­doxa­le­ment gar­dé sa po­pu­la­ri­té à l’heure de la très grande vi­tesse. Bref, les condi­tions étaient réunies pour qu’ap­pa­russent ré­gu­liè­re­ment sur le mar­ché des « om­nu­bi­ler », voire des « omnibuler », qui valent leur pe­sant de bar­ba­rismes ! L’éty­mo­lo­gie au­rait certes en rayon de quoi nous re­mettre promp­te­ment dans le droit che­min, mais force est d’avouer que le rap­port entre l’âge « nu­bile » et un verbe qui si­gni­fie « ob­sé­der » ne saute pas d’em­blée aux yeux. C’est que ne se sou­vient pas qui veut du la­tin nubes, le­quel ren­voyait à la fois au voile jaune dont, par tra­di­tion, se cou­vrait la jeune fille ro­maine en âge de convo­ler et au nuage qui vient obs­cur­cir le ciel ou, au fi­gu­ré, les fa­cul­tés de l’es­prit : que quelque chose vienne à nous ob­nu­bi­ler, et la réa­li­té ne nous ap­pa­raît plus guère qu’à tra­vers un voile !

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