Par les mous­taches de Dra­cu­la !

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Le Dra­cu­la littéraire dif­fère quelque peu des images col­por­tées par le ci­né­ma. Que ce soit Max Schreck dans Nos­fe­ra­tu le vam­pire de F. W. Mur­nau (1922), Bé­la Lu­go­si dans le Dra­cu­la de Tod Brow­ning (1931), Ch­ris­to­pher Lee dans Le Cau­che­mar de Dra­cu­la de Te­rence Fi­sher (1958), Klaus Kins­ki dans Nos­fe­ra­tu, fan­tôme de la nuit de Wer­ner Her­zog (1979) ou Ga­ry Old­man dans Dra­cu­la de F. F. Cop­po­la (1992), tous pré­sentent un cô­té ca­da­vé­rique, une ex­trême pâ­leur, symp­tôme si­gna­lant un be­soin de sang frais ré­gé­né­rant. Schreck et Kins­ki sont sans cheveux. Lu­go­si les a noirs, lus­trés et ti­rés. Au­cun ne porte de mous­tache. Pour­tant, Jo­na­than Har­ker dé­crit le comte qui l’ac­cueille au châ­teau comme « un vieil homme de haute taille, ra­sé de frais à l’ex­cep­tion d’une longue mous­tache blanche, et vê­tu de noir de pied en cape » . Un peu plus loin : « La bouche, pour au­tant que je la visse sous la lourde mous­tache, était fi­gée et d’al­lure cruelle ; elle était gar­nie de dents blanches par­ti­cu­liè­re­ment acé­rées qui saillaient par-dessus des lèvres dont l’in­car­nat re­mar­quable at­tes­tait une vitalité stu­pé­fiante chez un homme de son âge. » Lors­qu’il des­cend dans la cha­pelle où « le monstre » se re­pose « gor­gé de sang » , il an­note : « on au­rait dit qu’il avait re­trou­vé en par­tie sa jeu­nesse, car la blan­cheur des cheveux et de la mous­tache s’était muée en une teinte sombre, celle du gris de fer » . À Londres, dans son jour­nal, Mi­na rap­porte avoir aper­çu le comte ra­jeu­ni. Il est « mince au nez cro­chu, avec une mous­tache noire taillée en pointe » . Alors qu’il cherche les cer­cueils, Har­ker ap­prend d’un cer­tain M. Bloxam, que ce der­nier a, à 5 heures du ma­tin, dé­mé­na­gé des caisses avec un étrange per­son­nage : « le type le plus cos­taud que j’ai ja­mais vu, et, en plus il était vieux avec une mous­tache blanche, et si mince comme gars, qu’on di­rait qu’il ne traîne au­cune ombre der­rière lui » La cou­leur de la mous­tache de Dra­cu­la est un in­di­ca­teur de sa vitalité. Les ci­néastes n’ont guère ex­ploi­té ce dé­tail, ex­cep­té Erle C. Ken­ton dans La Mai­son de Dra­cu­la (1945), et Jesús Fran­co dans Les Nuits de Dra­cu­la (1970).

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