L’édi­to

de Bap­tiste Li­ger

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Un lap­sus en dit par­fois long sur la te­neur d’un ma­ga­zine. Ain­si, lors de la pré­pa­ra­tion du pré­sent nu­mé­ro de Lire, l’au­teur de ces lignes, par une mal­adresse, s’est re­trou­vé à évo­quer Mar­cel Proust et son titre, sa­lué par le Gon­court en 1919, sou­dain de­ve­nu… À

Londres des jeunes filles en fleurs ! Que vient faire la ci­té de Sa Ma­jes­té au beau mi­lieu de ce fa­meux tome de La Re­cherche ? Faute de ré­ponse, on peut aus­si po­ser la ques­tion de ma­nière dé­tour­née et qua­si op­po­sée : Proust ne se­rait-il pas, au fond, le plus « bri­tish » des au­teurs fran­çais (son ap­pa­rence ves­ti­men­taire, son flegme, son goût pour les bons mots…) ? Voi­ci, en tout cas, deux des axes de notre édi­tion de mai, qui sort au mo­ment où les im­bro­glios du Brexit n’en fi­nissent pas d’oc­cu­per l’ac­tua­li­té.

Pour au­tant, les sou­bre­sauts po­li­tiques de la per­fide Al­bion ne doivent pas nous faire ou­blier que l’An­gle­terre, et Londres en par­ti­cu­lier, est une im­mense terre littéraire, re­cé­lant per­son­nages mé­mo­rables, his­toires bou­le­ver­santes (ou ter­ri­fiantes) et écri­vains de pre­mier plan. Il nous a donc sem­blé in­té­res­sant de nous pro­me­ner, au sens propre comme au fi­gu­ré, dans la ci­té de Charles Di­ckens, et de re­cueillir les avis, en­thou­siastes ou dé­pi­tés, amou­reux ou dé­çus, ra­di­caux ou nuan­cés, d’au­teurs vi­vant ou ayant vé­cu à Londres. Et, en pre­mier lieu, William Boyd, avec le­quel Claire Cha­zal s’est lon­gue­ment en­tre­te­nue, évo­quant aus­si bien son der­nier ro­man que son tra­vail d’écri­vain ou, donc, son in­té­rêt pour Londres. Sans ou­blier la France, où il vit une par­tie de l’an­née et où il est si po­pu­laire de­puis plus de trente ans…

Les liens très forts – pa­ra­doxaux, ri­vaux ou co­car­diers – entre les cultures bri­tan­nique et fran­çaise trouvent peut-être leur meilleur sym­bole dans un cé­lèbre ques­tion­naire : ce­lui dit « de Proust » (on y re­vient) qui, long­temps, oc­cu­pa la der­nière page de Lire. Si on l’at­tri­bue, dans l’Hexa­gone, à l’afi­cio­na­do des ma­de­leines, il s’agit en réa­li­té d’un test ap­pa­ru au mi­lieu du xix e siècle, sur­nom­mé « Confession­s » – ce qui ne manque pas d’iro­nie, lors­qu’on pense que Proust est consi­dé­ré comme l’un des pères de la lit­té­ra­ture néo-au­to­bio­gra­phique contem­po­raine… Le gé­nie de La Re­cherche est d’ailleurs ce mois-ci di­gne­ment ho­no­ré, lors du Prin­temps Prous­tien, qui se dé­rou­le­ra entre Il­liers-Com­bray et Chartres, du 11 au 19 mai pro­chain. Au pro­gramme : dé­bats, lectures, spec­tacles, ex­po­si­tions, sa­lon, mais aus­si des évé­ne­ments plus in­at­ten­dus – à quoi res­sem­ble­ront, par exemple, les « dî­ners prous­tiens » ? Et qui se­ra vain­queur du cham­pion­nat du monde de la ma­de­leine ?

Le plus « bri­tish » des au­teurs fran­çais

Plus gé­né­ra­le­ment, le mois de mai est là aus­si pour nous rap­pe­ler que la lit­té­ra­ture ne se ré­sume pas aux seuls livres, mais peut trou­ver des ex­pres­sions bien plus va­riées, no­tam­ment lors d’évé­ne­ments fes­ti­va­liers. Par­mi ceux-ci, on ne peut que vous re­com­man­der la Co­mé­die du Livre de Mont­pel­lier (ren­dant cette an­née hom­mage à la Suisse). Dif­fi­cile, à ce pro­pos, de ne pas son­ger au sep­tième art et, évi­dem­ment, à Cannes. À ce titre, on se dé­lec­te­ra d’un for­mi­dable pe­tit livre si­gné Gérard Le­fort, La Foire aux va­ni­tés (Hors col­lec­tion) – toute res­sem­blance avec un classique de William Ma­ke­peace Tha­cke­ray ne se­rait, bien en­ten­du, pas du tout une coïn­ci­dence… De­puis 1983, le cé­lèbre cri­tique – long­temps à Li­bé­ra­tion – se rend sur la Croi­sette et livre au­jourd’hui un « carnet de bord pa­ral­lèle, un jour­nal in­time mar­gi­nal et sou­ter­rain » du grand ren­dez-vous can­nois. Il y est na­tu­rel­le­ment ques­tion de films et d’anec­dotes plus ou moins connues. Mais Gérard Le­fort dé­crit sur­tout, avec tru­cu­lence, les cou­lisses – entre pro­blèmes de lo­ge­ment ou de can­tine, pro­jec­tions, ren­contres im­promp­tues avec des per­sonnes égra­ti­gnées, mais aus­si sub­stances pro­hi­bées, soi­rées pri­vées al­coo­li­sées (ou en bar de nuit) et autres conquêtes d’un soir… « Être ci­toyen du Fes­ti­val de Cannes, c’est os­cil­ler sans cesse entre crise de nerfs,fous rires puis­sants et joie de vivre, somme toute des grandes va­cances, comme une parenthèse en­chan­tée, une clai­rière ma­lé­fique, hors norme, hors de soi et par­fois hors la loi, où tous les sor­ti­lèges sont pos­sibles. » Un vrai ré­su­mé de la vie, en somme.

En­fin, à l’heure où nous bou­clons ce nu­mé­ro, nous ve­nons de dé­cou­vrir pro­ba­ble­ment l’un des meilleurs ro­mans de l’an­née : le très am­bi­tieux et in­croya­ble­ment in­ven­tif Les Fur­tifs d’Alain Da­ma­sio (La Volte). Ren­dez-vous le mois pro­chain pour vous en dire plus…

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