Tout feu tout flamme

Lire - - Théâtre - Un fil à la Patte de Georges Fey­deau, mise en scène de Ch­ris­tophe Li­don ; Théâtre Mont­par­nasse, Pa­ris 14e ; du mar­di au ven­dre­di à 20 h 30, le sa­me­di à 17 heures et 20 h 30. Le Maître et Mar­gue­rite de Mi­khaïl Boul­ga­kov, mise en scène d’Igor Mend­jis­ky ; Th

D’un cô­té, une nou­velle mise en scène d’Un fil à la patte du gé­nial « ré­in­ven­teur » du vau­de­ville, Georges Fey­deau. De l’autre, une nou­velle adap­ta­tion scé­nique du Maître et Mar­gue­rite, l’un des ro­mans russes les plus com­plexes et les plus fas­ci­nants du dé­but du xxe siècle. Tout dif­fère tel­le­ment dans ces deux oeuvres qu’elles semblent ne rien avoir en com­mun. Rien, si ce n’est la fo­lie que l’une et l’autre char­rient, dans un mé­lange in­com­pa­rable de fan­tai­sie, d’ir­ra­tion­nel et de bur­lesque.

Sept ans après Jérôme Des­champs, Ch­ris­tophe Li­don s’est donc at­te­lé à une nou­velle pré­sen­ta­tion d’Un fil à la patte, l’une des pé­pites du théâtre de bou­le­vard. Comme ce met­teur en scène, très fin, sait que si on touche à l’un des rouages de la « ma­chi­ne­rie » Fey­deau, celle-ci se grippe, et se vide de sa fo­lie et de sa sub­stance co­mique, il a res­pec­té, au sou­pir près, les in­di­ca­tions de l’au­teur. Mais, très as­tu­cieu­se­ment, il a trans­po­sé l’his­toire dans le Pa­ris des an­nées 1950, et a fait jouer ses ac­teurs – tous for­mi­dables de drô­le­rie et de dy­na­misme – dans des cos­tumes new-look, sur des rythmes de jazz ef­fré­nés et de­vant des vi­déos qui si­tuent l’ac­tion. Le ré­sul­tat est un spec­tacle d’une pré­ci­sion éblouis­sante, d’un gla­mour fou et d’une gaie­té étour­dis­sante.

Pour Igor Mend­jis­ky, le chal­lenge était de ré­duire dras­ti­que­ment un Hi­ma­laya ro­ma­nesque où s’en­che­vêtrent, presque in­ex­tri­ca­ble­ment, trois récits. Pour por­ter à la scène ce ro­man foi­son­nant, qui fait par­ler les chats, se pa­va­ner les dé­mons et se che­vau­cher les époques, il faut avoir une âme de ba­te­leur, le sens de l’or­ga­ni­sa­tion du désordre et aus­si une bonne dose de cette dis­tan­cia­tion pour faire ac­cep­ter au spec­ta­teur toutes les em­bar­dées dans l’ir­réel, la poé­sie, l’hu­mour et la lou­fo­que­rie. Igor Mend­jis­ky a toutes ces vertus. Comme il est, en plus, un ex­cellent chef de troupe, son spec­tacle, qui a af­fi­ché com­plet à la Car­tou­che­rie de Vin­cennes où il a été créé (et dont le texte est pu­blié à L’Avant-scène théâtre), va se jouer cet été au Fes­ti­val d’Avi­gnon.

Marc Fayet et Catherine Ja­cob dans Un fil à la patte.

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