PSY­CHO­LO­GIE

Une étude théo­rique et pra­tique sur la pri­mau­té des sons dans les mé­ca­nismes de la pen­sée, par le philosophe

Lire - - CONTENTS - Fran­çois Nou­del­mann. Bap­tiste Li­ger

La pen­sée pour­rait, au fond, n’être qu’une gi­gan­tesque table de mixage. Voi­là l’une des idées qui sur­git dans la tête du lec­teur du nou­vel essai du philosophe Fran­çois Nou­del­mann, Pen­ser avec les oreilles.

Nous avons ten­dance en ef­fet à ou­blier que « les idées, les signes et les images ne vont pas seuls et sont mê­lés de sons ».

De Pla­ton à Sartre, en pas­sant par Rous­seau, Nietzsche, Scho­pen­hauer ou De­leuze, les phi­lo­sophes ayant ré­flé­chi sur l’écoute « ont ain­si mis en va­leur cette di­men­sion acous­tique et les pré­sences plus ou moins dis­crètes de bruits, de voix et d’air dans une ac­ti­vi­té pen­sante ». Hors des élé­ments vi­suels, tout le « pay­sage so­nore » se trouve ain­si avoir un « rôle mo­teur dans la for­ma­tion des signes et des idées » ,

sup­po­sant « une éco­lo­gie so­nore qui concerne aus­si bien la per­cep­tion au­di­tive que l’ap­pré­hen­sion des sons dans les images, les textes et les construc­tions in­tel­lec­tuelles ».

SANS OU­BLIER LE SILENCE

Mê­lant à loi­sir consi­dé­ra­tions phi­lo­so­phiques, scien­ti­fiques et psy­cho­lo­giques, Fran­çois Nou­del­mann dé­crit re­mar­qua­ble­ment cette « ma­tière in­do­cile », nom­mée « monde so­nore », dans la­quelle nous vi­vons et à la­quelle nous ne prê­tons pas for­cé­ment at­ten­tion. Sé­pa­rant no­tam­ment les voix des phé­no­mènes pseu­do-acous­tiques ou ré­fé­rents so­nores, l’au­teur ex­pose les mé­ca­nismes de ré­cep­tion, iden­ti­fi­ca­tion, si­gni­fi­ca­tion et agen­ce­ment des bruits – qu’ils soient phy­si­que­ment réels ou vir­tuels, comme c’est le cas de la re­pré­sen­ta­tion men­tale de mots im­pri­més, par exemple. Pour­quoi parle- t- on du « chant » des oi­seaux et de l’ « aboie­ment » des chiens ? Qu’est- ce qui se cache der­rière le mot « mu­sique » ? Ex­plo­rant le su­jet dans ses moindres re­coins – jus­qu’au concept de « troi­sième oreille » –, Fran­çois Nou­del­mann n’ou­blie pas de s’in­ter­ro­ger sur la dé­fi­ni­tion et la na­ture du silence, l’im­pact des « ac­cents » dans le lan­gage, ou les filtres vo­caux comme le té­lé­phone et la ra­dio. En outre, il rap­pelle l’ap­port de Freud, qui dé­passe le seul sens ex­pli­cite et, pre­nant en consi­dé­ra­tion l’in­cons­cient, met « en ques­tion l’écoute et la ré­cep­tion de ce sens ». À bon en­ten­deur…

 Pen­ser avec les oreilles par Fran­çois Nou­del­mann, 256 p., Max Mi­lo/Voix libres, 21,90 €

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