3 QUES­TIONS À… SERGE TISSERON

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Mort de honte est un livre très per­son­nel. Pour­quoi avoir dé­ci­dé de l’écrire à ce mo­ment de votre vie ? • Serge Tisseron. À l’oc­ca­sion du don de mes ar­chives à la BNF, en 2018, j’ai mis de l’ordre dans mes pa­piers et j’ai dé­cou­vert des dessins d’en­fance que j’avais ou­bliés. In­tri­gué, j’ai cher­ché à les com­prendre et des sou­ve­nirs en­fouis me sont re­ve­nus, jus­qu’à une dé­cou­verte fi­nale dont j’ai été le pre­mier éton­né.

Le su­jet prin­ci­pal est le sen­ti­ment de honte, très com­plexe. Quelles sont les dif­fé­rentes étapes pour en sor­tir et se re­cons­truire ?

• S. T. Nous de­vons chan­ger notre re­gard. On peut avoir honte pour des ac­tions qu’on a ac­com­plies soi­même, bien sûr, mais aus­si res­sen­tir des hontes qu’on nous a im­po­sées. Et, par­fois, nous nous en char­geons pour en sou­la­ger des proches. Voir les choses ain­si change tout ! Ce sont sou­vent ceux qui nous l’ont im­po­sée qui de­vraient avoir honte. C’est pour­quoi j’ai ac­com­pa­gné le mou­ve­ment #MeToo. Nous pou­vons être fiers de cette so­li­da­ri­té.

Ce livre, qui évoque un « secret in­at­ten­du », per­met­tra-t-il de libérer la pa­role de ceux qui res­sentent ce sen­ti­ment de honte « sans sa­voir pour­quoi » ?

• S.T. Ce « secret in­at­ten­du », qui a struc­tu­ré une grande par­tie de ma vie, est en­core un ta­bou ma­jeur de notre so­cié­té. J’ai vou­lu en té­moi­gner pour que l’on com­mence à en par­ler. En re­con­naître l’exis­tence, quoi qu’il en coûte, est la seule fa­çon de ne plus en être vic­time, et de ne pas ris­quer de lais­ser des en­fants en être vic­times à leur tour.

Pro­pos recueillis par Aurélie Go­de­froy  Mort de honte par Serge Tisseron,

224 p., Al­bin Mi­chel, 17 €. En librairie le 4 sep­tembre.

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