UN B­TON DE DY­NA­MITE AU COEUR DE L’EU­ROPE

L'Obs - - L’opinion - Par DA­NIEL CO­HEN Di­rec­teur du dé­par­te­ment d’éco­no­mie de l’Ecole nor­male su­pé­rieure. D. C

Une forme de chaos po­li­tique semble mettre en pé­ril l’Eu­rope, tant la pous­sée po­pu­liste est me­na­çante. Pour­tant, au vu des son­dages, la confi­gu­ra­tion du nou­veau Par­le­ment ne de­vrait pas être pro­fon­dé­ment bou­le­ver­sée… Sauf sur­prise, le Par­ti po­pu­laire européen, le PPE, qui ras­semble l’en­semble des droites tra­di­tion­nelles, de­vrait res­ter le pre­mier par­ti po­li­tique et im­po­ser sa tête de liste à la Pré­si­dence de la Com­mis­sion. Le Par­ti so­cia­liste européen conser­ve­rait la deuxième place, mal­gré la dis­pa­ri­tion pos­sible des so­cia­listes fran­çais. L’al­liance cen­triste, ren­for­cée par les élec­teurs de La Ré­pu­blique en Marche, gar­de­rait la troi­sième. Si l’on ajoute les Verts, so­li­de­ment pro-eu­ro­péens, l’en­semble de ces quatre par­tis de­vrait re­pré­sen­ter les deux tiers des sièges.

Ce dé­ca­lage entre la pous­sée po­pu­liste et la re­pré­sen­ta­tion par­le­men­taire an­non­cée tient sur­tout à la main­mise du PPE sur ses forces cen­tri­fuges, comme celle du Fi­desz de M. Orbán. La mon­tée du po­pu­lisme s’en­tend sur­tout comme un « cha­cun chez soi », qui se ma­ni­feste par une pho­bie mi­gra­toire in­tense. Mais elle ne re­met pas fron­ta­le­ment en ques­tion l’adhé­sion à l’Union eu­ro­péenne des ex-pays de l’Eu­rope de l’Est qui conti­nuent d’en bé­né­fi­cier gran­de­ment. Ce se­rait plu­tôt le reste de l’Eu­rope qui s’in­ter­roge sur leur com­pa­ti­bi­li­té avec ses va­leurs. En Eu­rope « oc­ci­den­tale », la pous­sée po­pu­liste est certes étourdissante, mais elle reste loin de pou­voir consti­tuer seule une force de gou­ver­ne­ment. Dans la plu­part des cas, elle doit cher­cher à s’al­lier à la droite tra­di­tion­nelle, comme en Au­triche, pour par­ti­ci­per au gou­ver­ne­ment. C’est pour ce­la que le PPE tient, à ce jour, les clés de l’équi­libre po­li­tique de l’Eu­rope. Cet équi­libre est tou­te­fois fra­gile. Il est su­bor­don­né à la ca­pa­ci­té de la droite clas­sique à gar­der la main. Lors­qu’elle n’y par­vient pas, au­cune force de rap­pel n’existe plus. Ain­si, en Ita­lie, après que la droite ber­lus­co­nienne a été la­mi­née, la Ligue, de Mat­teo Sal­vi­ni, a consti­tué une nou­velle coa­li­tion avec le Mou­ve­ment 5 Etoiles de Lui­gi Di Maio. Ce­lui-ci s’y est ré­so­lu après avoir lui-même échoué à s’as­so­cier aux so­ciaux-dé­mo­crates de Mat­teo Ren­zi. Le pro­blème est que Sal­vi­ni veut bais­ser les im­pôts, étant to­ta­le­ment hos­tile à la re­dis­tri­bu­tion, alors que le Mou­ve­ment 5 Etoiles, sur­tout im­plan­té au Sud, tient à aug­men­ter les dé­penses so­ciales. La con­jonc­tion des deux crée une si­tua­tion ex­plo­sive. L’aug­men­ta­tion des dé­fi­cits est de­ve­nue la seule ma­nière de ré­soudre les contra­dic­tions de l’al­liance, dé­fiant l’Eu­rope comme si elle était l’unique obs­tacle à la co­hé­rence de son pro­jet.

Face au dé­fi ita­lien, l’Eu­rope se re­trouve to­ta­le­ment dé­mu­nie. La Com­mis­sion peut haus­ser le ton, s’in­quié­ter que les taux d’in­té­rêts ita­liens s’en­volent et mettent en pé­ril la zone eu­ro dans son en­semble, elle ne dis­pose en réa­li­té ni des pou­voirs ré­ga­liens ni de vé­ri­tables me­naces fi­nan­cières pour in­ter­ve­nir. Elle a be­soin que chaque pays ac­quiesce à ses règles. Il suf­fit d’une sé­ces­sion pour qu’elle va­cille. L’Ita­lie est le pre­mier test vé­ri­ta­ble­ment dé­ci­sif de son his­toire. Sal­vi­ni en dé­tient les clés.

LA POUS­SÉE PO­PU­LISTE EST ÉTOURDISSANTE, MAIS ELLE EST LOIN DE POU­VOIR CONSTI­TUER SEULE UNE FORCE DE GOU­VER­NE­MENT

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