L’adieu aux livres

JE REMBALLE MA BI­BLIO­THÈQUE, PAR AL­BER­TO MANGUEL, TRA­DUIT DE L’AN­GLAIS PAR CH­RIS­TINE LE BOEUF. ACTES SUD, 160 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DI­DIER JA­COB

Avant de s’en al­ler di­ri­ger la Bi­blio­thèque na­tio­nale d’Ar­gen­tine, Al­ber­to Manguel (pho­to) était heu­reux. Il s’était ins­tal­lé dans un vieux pres­by­tère de la val­lée de la Loire, et vi­vait avec ses livres dans la bi­blio­thèque qu’il s’était construite. Il faut ima­gi­ner une grange très al­lon­gée, bor­dée de rayon­nages sur en­vi­ron 2 mètres de hau­teur. Com­bien de vo­lumes avait-il amas­sés, au fil de sa vie de chi­neur pas­sion­né et de lec­teur éru­dit ? C’est la ques­tion que je lui avais po­sée, tan­dis qu’il me fai­sait vi­si­ter, il y a quelques an­nées, la plus ins­pi­rante des grottes. Trente-cinq mille, avait-il ré­pon­du, dont quelques in­cu­nables. Mais peu im­por­tait, au fond, le nombre d’ou­vrages : l’es­sen­tiel était qu’il les avait choi­sis, ché­ris, clas­sés se­lon un ordre connu de lui seul. Ses livres ? Mieux, ses amis. Le des­tin – Manguel ne pré­cise pas les cir­cons­tances exactes de son dé­part – a ce­pen­dant vou­lu qu’il quitte à re­gret sa chère bi­blio­thèque, et qu’il remballe tous ses livres. C’est cette ex­pé­rience trau­ma­ti­sante qu’il évoque dans ce Jour­nal d’un lec­teur de cam­pagne, se de­man­dant « comment cette jungle exu­bé­rante de pa­pier et d’encre était en­trée une fois en­core dans une pé­riode d’hi­ber­na­tion et si, un jour, tel un lierre, elle cou­vri­rait à nou­veau mes murs ».

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