God bless FOG

Franz-Oli­vier Gies­bert adresse à Dieu une sur­pre­nante mais sin­cère dé­cla­ra­tion d’amour

L'Obs - - Critiques - LA DER­NIÈRE FOIS QUE J’AI REN­CON­TRÉ DIEU, JACQUES NERSON PAR FRANZ-OLI­VIER GIES­BERT, GAL­LI­MARD, 192 P., 18 EU­ROS.

De­puis le jour où, Moïse lui ayant de­man­dé de dé­cli­ner son iden­ti­té, l’Eter­nel a es­qui­vé la ques­tion, les juifs évitent de nom­mer Dieu. Les ca­tho­liques aus­si tournent au­tour du pot. Par res­pect des juifs, Be­noît XVI a ex­pres­sé­ment re­com­man­dé de dire « le Sei­gneur » au lieu de « Yah­vé ». Franz-Oli­vier Gies­bert ne fait pas tant de fa­çons. Il est avec Dieu à tu et à toi. Et sou­vent vi­si­té par Lui. Dieu n’est ja­mais loin puis­qu’Il est par­tout et sous toutes formes. Gies­bert est un adepte du pan­théisme. Se­lon lui, Dieu ne fait qu’un avec le monde. C’est ce­lui de Spi­no­za, son phi­lo­sophe pré­fé­ré : « C’est vous, c’est moi, c’est le monde en­tier, le pas­sant dans la rue, le mous­tique en pleine pa­rade nup­tiale, l’en­fant qui ba­bille, la pierre qui roule, l’aigle qui fend le ciel, le né­nu­phar écra­sé de soleil sur son eau dor­mante. Pour Spi­no­za, Dieu nous dé­passe, pas seule­ment parce qu’il est in­fi­ni mais parce qu’il est in­ex­tri­ca­ble­ment mé­lan­gé au monde : la na­ture est en Dieu et Dieu dans la na­ture. Ce sont les mêmes. » D’où le dé­goût de Gies­bert pour les car­ni­vores, l’amour de ses frères ani­maux qui le pousse à ache­ter des poulpes vi­vants pour les rendre à la mer, son « pin­ce­ment au coeur » pour la ca­rotte ar­ra­chée de la terre et à la vie dans le po­ta­ger pa­ren­tal. « Mo­quez-vous, peu me chaut », lance-t-il par bra­vade.

On sou­rit en e et de ses dé­cla­ra­tions d’amour e ré­nées à sa « ché­rie gé­nisse, une bre­tonne noi­raude à cul bas » qui le pour­lé­chait dans son en­fance, à Ber­na­dette, la truie qui lui sou­riait ten­dre­ment, ou à la chèvre Ro­sette, « l’une des per­sonnes à qui je dois le plus ». S’il ne se pique au­cu­ne­ment de théo­lo­gie, l’édi­to­ria­liste du « Point » se ré­clame d’Epi­cure, saint Fran­çois d’As­sise, Co­per­nic, Ga­li­lée et Gior­da­no Bru­no, Spi­no­za dé­jà ci­té, Emer­son et Tho­reau, Dar­win ou le roi Jean (Gio­no). On ne peut que s’en­ri­chir à che­mi­ner avec lui. Sans par­ta­ger ses croyances, comment sa com­mu­nion avec la na­ture ne tou­che­rait-elle pas ? Le Créa­teur se­ra sans nul doute flat­té par cette ado­ra­tion in­con­di­tion­nelle de son oeuvre.

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