Ah, les beaux cubes !

LE CUBISME, CENTRE GEORGES-POM­PI­DOU, PA­RIS-4E. JUS­QU’AU 25 FÉ­VRIER. CA­TA­LOGUE : CENTRE POM­PI­DOU, 320 P., 45 EU­ROS. A LIRE : DIC­TION­NAIRE DU CUBISME, PAR B. LÉAL, CENTRE POM­PI­DOU/LAF­FONT, 896 P, 32 EU­ROS.

L'Obs - - Sortir - BER­NARD GÉNIÈS

Inu­tile de de­man­der le pro­gramme : il n’y en a ja­mais eu. Pi­cas­so, l’un de ses in­ven­teurs avec Georges Braque, al­lait jus­qu’à a rmer : « Il n’y a pas de cubisme. » Il n’avait pas tort. Cette ex­po­si­tion grand for­mat est là pour nous rap­pe­ler que ce cou­rant a connu, au cours de sa brève exis­tence (une dé­cen­nie à peine) des évo­lu­tions, des re­lec­tures, des adap­ta­tions. Ra­re­ment l’ima­gi­na­tion au­ra été au­tant au pou­voir.

La pein­ture est le pre­mier champ de ba­taille. A par­tir de 1907-1908, Pi­cas­so et Braque brisent les lignes, im­po­sant des construc­tions com­po­sées de fa­cettes qui se fondent dans l’es­pace. La ten­ta­tion de l’abs­trac­tion n’est pas loin, mais tou­jours des élé­ments fi­gu­ra­tifs viennent s’ins­crire sur la toile : les por­traits de Vol­lard et de Kahn­wei­ler (Pi­cas­so), le « Por­tu­gais (l’Emi­grant) » de Braque sont là pour en té­moi­gner, com­po­si­tions où le re­gard, éga­ré d’abord au coeur de ce ré­bus, re­trouve peu à peu les re­pères du réel. Les ex­pé­ri­men­ta­tions se mul­ti­plient, à tra­vers les col­lages, la sculp­ture. La pa­lette grise et ter­reuse des ori­gines s’en­ri­chit : Ro­bert et So­nia De­lau­nay mènent la « ba­taille de la cou­leur » re­joints par Fer­nand Lé­ger qui, dès 1911, illu­mine sa « Noce » d’éclats roses, bleus, verts. Juan Gris, lui aus­si, mul­ti­plie les plans co­lo­rés (comme dans cette ma­gni­fique na­ture morte de 1913, « Poires et rai­sins sur une table »). Une autre fa­cette du cubisme va sur­gir : alors que ce­lui des fon­da­teurs s’ex­pose dans les ga­le­ries pa­ri­siennes, d’autres ar­tistes vont choi­sir de mon­trer leur tra­vail dans les sa­lons. Gleizes, Met­zin­ger, Le Fau­con­nier, Ro­bert De­lau­nay, Lé­ger par­ti­cipent à ces grand-messes qui consacrent un cubisme « élar­gi » où les cubes re­de­viennent sur­face, à l’image du « Por­trait de Jacques Nay­ral » par Gleizes ou de la grande fresque « la Ville de Pa­ris » si­gnée par De­lau­nay. Ma­chine mul­ti­cé­phale, le cubisme va trou­ver écho au­près des sculp­teurs (Bran­cu­si, Du­champ-Vil­lon), Pi­cas­so ayant une fois de plus mon­tré la voie avec ses to­ni­truants as­sem­blages com­po­sés à l’aide d’ob­jets du quo­ti­dien. Mar­cel Du­champ n’ou­blie­ra pas la le­çon. C’est d’ailleurs avec lui, et sa « Roue de bi­cy­clette », que l’on quitte, à re­gret mais en­chan­té, cette for­mi­dable ex­po­si­tion.

« La Gui­tare Sta­tue d’épou­vante », de Georges Braque (1913).

« Vio­lon », construc­tion de Pa­blo Pi­cas­so (1915).

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