IN­DI­GÈNES CONTRE RÉ­PU­BLI­CAINS

L'Obs - - La Une -

Co­fon­da­trice et porte-pa­role du Par­ti des In­di­gènes de la Ré­pu­blique La mou­vance “dé­co­lo­niale” tente de sub­sti­tuer une idéo­lo­gie de la lutte des races à celle, plus tra­di­tion­nelle, de la lutte des classes. Cette eth­ni­ci­sa­tion mi­li­tante était jusque-là l’apa­nage de l’ex­trême droite. De­puis l’ap­pa­ri­tion des In­di­gènes de la Ré­pu­blique, elle risque de conta­mi­ner la gauche. Dé­bat Il y a quelques se­maines, une chan­son du rap­peur Nick Con­rad (qui se­ra convo­qué le 9 jan­vier pro­chain par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris pour « pro­vo­ca­tion di­recte à com­mettre des at­teintes à la vie ») créait le scan­dale en par­lant de « tuer des bé­bés blancs ». Con­dam­nez-vous ces pro­pos? Hou­ria Bou­teld­ja J’étais d’abord un peu ter­ri­fiée. Mais je re­fuse d’em­boî­ter le pas aux condam­na­tions mé­dia­tiques qui em­pêchent sou­vent de pen­ser et confinent au mo­ra­lisme. Je n’ai pas vi­sion­né le clip, mais j’ai écou­té les ex­pli­ca­tions de Nick Con­rad qui af­firme s’être ef­for­cé d’in­ver­ser la po­si­tion des Noirs et des Blancs. La vio­lence qu’il met en scène dans le clip a été exer­cée his­to­ri­que­ment en­vers des Noirs. Gilles Cla­vreul Ce clip vé­hi­cule une haine pure et dure, quelles que soient les ex­pli­ca­tions four­nies par la suite. Il me pa­raît sur­tout ca­rac­té­ris­tique de l’avi­lis­se­ment du dé­bat pu­blic et de l’om­ni­pré­sence de la ques­tion iden­ti­taire, qui conta­mine tous les su­jets, des plus ano­dins aux plus im­por­tants. Je pense, par exemple, à la jour­na­liste Ro­khaya Dial­lo qui a pas­sé son été à vi­der son ar­moire à phar­ma­cie pour ten­ter de prou­ver que la cou­leur rose des pan­se­ments était symp­to­ma­tique de la « do­mi­na­tion blanche » ! […] Hou­ria Bou­teld­ja, vous avez ap­pa­rem­ment votre propre dé­fi­ni­tion du mot « race »… H. B. La race bio­lo­gique n’existe pas. J’em­ploie les mots « Blancs », « Noirs » ou « Juifs » au sens de construc­tions so­cio-his­to­riques, comme le genre. Per­sonne n’est cho­qué par l’idée que les rôles dé­vo­lus aux femmes et aux hommes sont des pro­duits de l’his­toire, tout comme l’idée que la di­cho­to­mie des sexes est so­cia­le­ment construite. Eh bien, la race, c’est la même chose. Les Blancs et les Noirs ont été en quelque sorte « in­ven­tés » lors de l’ex­pan­sion co­lo­niale vers les Amé­riques en 1492, mo­ment fon­da­teur du ca­pi­ta­lisme et dé­but de son ex­pan­sion […]. G. C. Votre ap­proche de l’his­toire est ter­ri­ble­ment ré­duc­trice. Vous des­si­nez un sché­ma par­fai­te­ment bi­naire entre un Nord for­cé­ment do­mi­nant et un Sud tou­jours do­mi­né. Or, le fait co­lo­nial et l’es­cla­vage exis­taient avant 1492. […] Ce qui est in­croyable, c’est que c’est la gauche dé­mo­cra­tique, que vous ne ces­sez de cri­ti­quer, qui a por­té le com­bat dans les an­nées 1950 et 1960 contre la co­lo­ni­sa­tion ! Les Vi­dal-Na­quet, et bien d’autres comme eux, étaient par­mi les plus ar­dents aux cô­tés du FLN dans les luttes de li­bé­ra­tion na­tio­nale. Mais comme cette

his­toire-là n’entre pas dans votre sché­ma, vous n’en par­lez pas. […] Ceux que vous dé­cri­vez comme des « do­mi­nés » peuvent aus­si être des ra­cistes… H. B. Je par­le­rais de « ra­cisme éden­té », pour re­prendre une ex­pres­sion d’Al­bert Mem­mi, au­tre­ment dit, un ra­cisme sans pou­voir. C’est un ra­cisme qui n’a pas de re­lais dans les ins­ti­tu­tions. Un in­di­gène ju­déo­phobe n’a pas les moyens d’a ré­ter des trains pour Au­sch­witz. G. C. Mais il a les moyens de prendre une ka­lach­ni­kov et d’al­ler ti­rer dans une école juive… Comme Mo­ha­med Me­rah au­quel vous sem­blez vous iden­ti­fier. Le 31 mars 2012, à Ba­gno­let, lors d’une de vos confé­rences pour « 2012 : Prin­temps des quar­tiers po­pu­laires », vous avez dé­cla­ré : « Mo­ha­med Me­rah, c’est moi, et moi, je suis lui »… Pour vous, les as­sas­sins sont d’abord et tou­jours des vic­times de l’Oc­ci­dent, avant d’être des as­sas­sins. H. B. C’est une ac­tion in­di­vi­duelle ou grou­pée (comme Daech) por­tée par une haine qui n’uti­lise pas les moyens de l’Etat. Ce n’est pas une forme de ra­cisme ados­sée à la po­lice, à l’Etat, à l’ar­mée. Pour com­battre cette haine-là, il faut iden­ti­fier ses ra­cines. Vous dites « ju­déo­phobe », pas an­ti­sé­mite? H. B. Oui, car le mot « an­ti­sé­mi­tisme » est très connoté et an­cré dans l’his­toire spé­ci­fique et sin­gu­lière de l’an­ti­sé­mi­tisme eu­ro­péen. Les sen­ti­ments an­ti­juifs des in­di­gènes de France, qui sont une réa­li­té, doivent être com­pris dans leur propre gé­néa­lo­gie : celle du dé­cret Cré­mieux en Al­gé­rie qui a sé­pa­ré les juifs des mu­sul­mans, pour­tant tous au­toch­tones, et celle de la créa­tion de l’Etat d’Is­raël […].

Is­raël est une ex­crois­sance de l’Oc­ci­dent en Orient et fait par­tie du pro­jet oc­ci­den­tal blanc. Les Is­raé­liens, de ce point de vue, sont des Blancs. G. C. Même quand ils sont noirs ! [Comme les Fa­la­shas, juifs d’Ethio­pie, NDLR.] Qu’en­ten­dez-vous par « im­pé­ria­lisme gay » ? H. B. […] Au siècle, les co­lons ar­ri­vés en Afrique ont été hor­ri­fiés par les moeurs sexuelles qui n’en­traient pas dans les cases hé­té­ro­sexistes de l’Oc­ci­dent. Ils ont donc im­por­té l’hé­té­ro­sexisme eu­ro­péen et trou­blé toutes les formes sexuelles exis­tantes sur place. C’est alors qu’on a cri­mi­na­li­sé l’ho­mo­sexua­li­té et qu’on a nor­ma­li­sé l’ordre hé­té­ro­sexiste. […] Ain­si, au mo­ment où ils s’ap­pro­prient ces normes, un nou­vel ordre sexuel s’im­pose : les normes iden­ti­taires LGBT, nées en Eu­rope, s’ex­portent elles aus­si. C’est ça, l’im­pé­ria­lisme gay. […] G. C. Si on vous com­prend bien, les Noirs sont per­ver­tis une pre­mière fois par l’ar­ri­vée des Blancs, puis les gays afri­cains le sont une se­conde fois par l’Oc­ci­dent ? En somme, vous ne les croyez pas ca­pables d’un ju­ge­ment au­to­nome. C’est très condes­cen­dant, non ?

sEuSTisDbISiePnON, Si je vous le pré­di­ca­teur proche des Frères mu­sul­mans

al-QardSaUoRuTiOcUoSn­damne Yous­sef l’ho­mo­sexua­li­té, il est sous le joug oc­ci­den­tal ?!!

Gilles Cla­vreul Co­fon­da­teur du Prin­temps ré­pu­bli­cain, ex-dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la lutte contre le ra­cisme et l’an­ti­sé­mi­tisme

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