“LAE­TI­CIA S’EST MISE À L’ABRI DU FISC”

L'Obs - - En Couverture - Pro­pos re­cueillis par SYL­VAIN COU­RAGE

Où est pas­sé l’ar­gent de John­ny? La ques­tion ob­sède ses en­fants déshé­ri­tés comme les li­miers de Ber­cy. Dans son livre “Ils se sont tant ai­més…” (Al­bin Mi­chel), la jour­na­liste Lé­na Lu­taud mul­ti­plie les ré­vé­la­tions sur le sul­fu­reux hé­ri­tage de la star. En­tre­tien ex­clu­sif Votre livre dé­crit « une guerre to­tale entre une belle-mère et les aî­nés de son ma­ri » au­tour de l’hé­ri­tage de John­ny. Vous avez en­quê­té de longs mois. Qu’avez-vous dé­cou­vert? En fé­vrier der­nier, beau­coup de Fran­çais ont été cho­qués de dé­cou­vrir que notre ro­cker na­tio­nal avait fait de Lae­ti­cia son unique hé­ri­tière et avait déshé­ri­té son fils aî­né, Da­vid, et sa fille Lau­ra, nés de ses unions avec Syl­vie Var­tan et Na­tha­lie Baye. Les deux en­fants ont im­mé­dia­te­ment lan­cé la ba­taille mé­dia­tique et ju­ri­dique pour cas­ser cette suc­ces­sion. Mais ils ne sont pas au bout de leurs sur­prises… En étu­diant les do­cu­ments, en re­tra­çant les flux fi­nan­ciers et en sol­li­ci­tant des ex­perts, j’ai pu éta­blir que Lae­ti­cia était dé­jà de­ve­nue pro­prié­taire de la moi­tié des biens de John­ny, que les en­tre­prises fran­çaises qui gé­raient l’or­ga­ni­sa­tion des tour­nées et l’édi­tion des al­bums ont été si­phon­nées, que des parts dans des vil­las à Saint-Barth ont été dis­si­mu­lées et que les trusts amé­ri­cains dans les­quels le pa­tri­moine de John­ny est re­ver­sé pou­vaient consti­tuer un co re-fort in­vio­lable, à l’abri du fisc fran­çais. Vous mon­trez que cette suc­ces­sion cont­ro­ver­sée est sui­vie de près par l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale. Les mon­tages que vous dé­cri­vez sont plu­tôt so­phis­ti­qués. Comment ont-ils été mis en place? John­ny a tou­jours été en dé­li­ca­tesse avec le fisc. En 2006, il avait dé­jà ten­té d’échap­per à l’im­pôt en de­ve­nant ré­sident suisse, dans son fa­meux cha­let de Gs­taad au­jourd’hui re­ven­du. Mais il ne sé­jour­nait pas su sam­ment dans le pays. Les au­to­ri­tés lo­cales, qui avaient conclu un ac­cord fis­cal, en ont pris om­brage. Et, sur­tout, le cir­cuit d’éva­sion fis­cale de John­ny a été mis au jour ! Au tri­bu­nal de com­merce, ses conseillers avaient lais­sé traî­ner des PV d’as­sem­blées gé­né­rales qui per­met­taient de re­mon­ter le fil. En 2009, dans « le Fi­ga­ro », j’ai dé­crit un sys­tème qui par­tait de Suisse puis pas­sait par le Luxem­bourg, le Li­be­ria, les îles Vierges bri­tan­niques pour fi­nir en Uru­guay. Cette fraude vaut au­jourd’hui à ses hé­ri­tiers potentiels un re­dres­se­ment de 15 mil­lions d’eu­ros. C’est du moins la somme que m’a in­di­quée l’avo­cat de John­ny Ar­da­van Amir-As­la­ni… Dans votre livre, vous at­tri­buez un rôle ma­jeur à ce ju­riste… John­ny le ren­contre en 2010 sur les conseils de son avo­cate his­to­rique. A l’époque, le ro­cker ne va pas bien. En dé­cembre 2009, il est res­té deux se­maines entre la vie et la mort à l’hô­pi­tal Ce­dars-Si­nai de Los An­geles, sa mé­ga-tour­née Tour 66 a été an­nu­lée. Il n’a plus un sou. C’est alors qu’il s’en re­met à Ar­da­van Amir-As­la­ni, alias « AAA ». Dé­fen­seur d’une riche clien­tèle in­ter­na­tio­nale, cet avo­cat d’ori­gine ira­nienne le re­met à flot en né­go­ciant avec les as­su­reurs de Tour 66. Puis il ré­or­ga­nise son bu­si­ness. En 2012, à la sur­prise gé­né­rale, « Ma­mie Rock », la grand-mère de Lae­ti­cia, ex-te­nan­cière de piz­ze­ria au Cap-d’Agde, est dé­si­gnée comme man­da­taire des so­cié­tés fran­çaises de John­ny (im­mo­bi­lier, ges­tion des tour­nées, édi­tion des al­bums). Pour quoi faire? Je me suis aper­çue que les comptes de ces en­tre­prises ont été si­phon­nés : 5 ou 6 mil­lions sont par­tis dans la na­ture. Pour al­ler où? Ces trans­ferts qui n’ont pas été si­gna­lés sont aus­si dans le col­li­ma­teur de Ber­cy. Une chose est sûre : As­la­ni a su­per­vi­sé l’ins­tal­la­tion de John­ny à Los An­geles en 2013, puis la créa­tion des trusts, ces struc­tures opaques, ty­piques du droit an­glo-saxon, dans les­quelles le pa­tri­moine de la star a été re­ver­sé en pré­vi­sion de son dé­cès. Les do­cu­ments de créa­tion des trusts et l’ul­time ver­sion du tes­ta­ment de John­ny ont été si­gnés de­vant un no­taire ca­li­for­nien au mois de juillet 2014. La si­gna­ture de Lae­ti­cia est par­tout. Au­jourd’hui, elle pré­tend qu’elle n’était au cou­rant de rien… Dans votre livre, vous dé­voi­lez l’exis­tence d’ac­tifs ca­chés : deux vil­las en co­pro­prié­té à Saint-Barth… Je sui­vais « Team Lo­ra­da », un groupe de fans qui échan­geaient des in­for­ma­tions sur Ins­ta­gram. Deux membres de ce groupe évo­quaient une villa à SaintBarth, bap­ti­sée « Joy », comme la plus jeune fille de John­ny. Per­sonne n’en avait ja­mais en­ten­du par­ler. Grâce à Google View, je suis par­ve­nue à si­tuer la mai­son. Puis, en su­per­po­sant le ca­dastre, j’ai re­pé­ré la par­celle et iden­ti­fié la SCI pro­prié­taire : John­ny dé­tient un tiers des parts; Jean-Claude Dar­mon, par­rain de Joy, et un autre in­ves­tis­seur, les deux tiers res­tants. Cette « villa Joy », pro­prié­té de six chambres, est une ré­plique, en plus pe­tit, de la « villa Jade ». Ce n’est pas la seule villa qui manque à l’in­ven­taire. Par le biais d’une autre SCI, tou­jours en as­so­cia­tion avec Dar­mon, les Hal­ly­day ont ache­té une mai­son aux en­chères. Ain­si, je me suis aper­çue que John­ny et Lae­ti­cia s’étaient consti­tué un pe­tit em­pire à Saint-Barth. Au­jourd’hui, Dar­mon est fu­rieux. Il vou­drait bien cé­der ses parts, mais il en est em­pê­ché à cause de la que­relle d’hé­ri­tage.

Comment en est-on ar­ri­vé là? Comment cette fa­mille, que les ma­ga­zines nous pré­sen­taient comme unie, s’est-elle dé­chi­rée?

Pour com­prendre, il faut re­mon­ter au mois de dé­cembre 2009. Vic­time d’une grave in­fec­tion après une opé­ra­tion des ver­tèbres, John­ny ne doit alors son sa­lut qu’à l’in­ter­ven­tion de Lae­ti­cia, qui le conduit à l’hô­pi­tal Ce­dars-Si­nai de Los An­geles. Cette épreuve a agi comme un ré­vé­la­teur : la fa­mille re­com­po­sée de John­ny a alors lit­té­ra­le­ment ex­plo­sé. Da­vid, qui était en­core très proche de son père, s’est pré­ci­pi­té à son che­vet et n’a pas sup­por­té l’at­trou­pe­ment des vi­si­teurs : Ni­kos Alia­gas, Pa­trick Bruel, Line Re­naud… Pour la pre­mière fois, il s’est vio­lem­ment dis­pu­té avec Lae­ti­cia et a chas­sé les amis de sa belle-mère qui plas­tron­naient de­vant l’hô­pi­tal. Pre­mier ac­croc.

Vous ré­vé­lez qu’un dif­fé­rend in­time s’est en­sui­vi…

A l’époque, John­ny et Lae­ti­cia en­vi­sa­geaient d’adop­ter un troi­sième en­fant, un pe­tit gar­çon. Mais Da­vid et Lau­ra s’y sont op­po­sés, con­si­dé­rant cet agran­dis­se­ment de la fa­mille comme une fo­lie compte te­nu de l’état de san­té de leur père. La ven­geance ne se fait pas at­tendre : dans l’au­to­bio­gra­phie qu’elle a ré­di­gée pour le compte de John­ny (1), Aman­da Sthers, amie de Lae­ti­cia, dresse un por­trait de Da­vid en fils à pa­pa pri­vi­lé­gié et ja­loux. Da­vid, mu­si­cien ac­com­pli, ne le sup­porte pas. En vé­ri­té, on peut se de­man­der si ce n’est pas plu­tôt John­ny qui a en­vié son fils, au­teur-com­po­si­teur et in­ter­prète quand lui n’était qu’in­ter­prète.

De­puis cet épi­sode, se­lon vous, la dé­fiance n’a pas ces­sé de croître…

Lae­ti­cia s’est beau­coup dé­vouée pour John­ny. Mais, ce fai­sant, elle a aus­si pris le pou­voir. Et tout fait pour écar­ter Da­vid et Lau­ra. Pour la pre­mière fois, je ra­conte comment ils ont été in­ter­dits de sé­jour pen­dant les der­niers ins­tants de leur père ; ils n’ont même pas pu as­sis­ter à la mise en bière. La réunion des deux camps de chaque cô­té de la tra­vée de l’église de la Ma­de­leine n’était qu’une mise en scène. L’ou­ver­ture du tes­ta­ment et la lettre ou­verte de Lau­ra criant à l’in­jus­tice, pu­bliée contre l’avis de son avo­cat, ont tout ac­cé­lé­ré. La grande presse et une par­tie de l’opi­nion ont pris par­ti pour les en­fants « lé­sés ». Lae­ti­cia, elle, a or­ga­ni­sé la contre-of­fen­sive dans les ma­ga­zines people, qui roulent pour elle, et dans les mé­dias his­to­riques de John­ny, comme TF1, RTL ou « Pa­ris Match », qui ne veulent pas ra­ter les pro­chains contrats de par­te­na­riat.

Les deux clans ne se parlent plus que par avo­cats in­ter­po­sés. Quelles sont les pro­chaines étapes de la ba­taille ju­di­ciaire?

Les avo­cats des deux par­ties se ren­dront d’abord en Ca­li­for­nie. Le 13 no­vembre, un tri­bu­nal y exa­mi­ne­ra la de­mande de la Bank of Ame­ri­ca, qui gère le trust JPS (pour « Jean-Phi­lippe Smet »), fon­dé par le chan­teur pour gé­rer ses biens après sa dis­pa­ri­tion. Cette en­ti­té agit pour le compte et sous la sur­veillance de Lae­ti­cia et en­tend ré­cu­pé­rer dix-sept biens de la star qui ne sont pas en­core en­re­gis­trés dans ses comptes : quatre Har­ley-Da­vid­son, des voi­tures de sport (Lam­bor­ghi­ni,

“LA DIF­FI­CUL­TÉ POUR LAE­TI­CIA VA CONSIS­TER À JUS­TI­FIER SON EN­RI­CHIS­SE­MENT” LÉ­NA LU­TAUD

Co­bra, Bent­ley), un compte en banque à Na­sh­ville, mais sur­tout les royal­ties ver­sées chaque an­née par les mai­sons de disques de John­ny, qui re­pré­sentent en­vi­ron un mil­lion d’eu­ros de re­ve­nu an­nuel. Les avo­cats de Lau­ra et Da­vid tentent de s’y op­po­ser.

La jus­tice fran­çaise pour­rait aus­si s’en mê­ler en con­si­dé­rant que John­ny est d’abord un citoyen fran­çais…

Oui, le 30 no­vembre, le tri­bu­nal de Nan­terre, sai­si par Lau­ra et Da­vid, de­vra dé­ter­mi­ner si la jus­tice fran­çaise est com­pé­tente pour ar­bi­trer la suc­ces­sion de John­ny ou bien si le chan­teur, ré­si­dant à Los An­geles, a dé­fi­ni­ti­ve­ment ré­glé son hé­ri­tage en éta­blis­sant un tes­ta­ment de droit amé­ri­cain. Le tri­bu­nal de Nan­terre a dé­jà or­don­né le gel con­ser­va­toire des biens fran­çais de la star – « Sa­van­nah », la mai­son de Marnes-la-Co­quette, et « Jade », la ré­si­dence de Saint-Barth… –, mais aus­si ses droits d’au­teur et d’in­ter­prète. Si les juges fran­çais se sai­sissent du dos­sier sur le fond, nous as­sis­te­rons sans doute au pro­cès de la dé­cen­nie.

Un ac­cord entre les deux clans est-il en­vi­sa­geable?

En prin­cipe, il de­meure pos­sible à tout mo­ment. Mais les né­go­cia­tions en­ta­mées ont échoué. A la fin du mois de juin, Ar­da­van Amir-As­la­ni, l’avo­cat de Lae­ti­cia, a pris contact avec les dé­fen­seurs de Lau­ra. Il avait com­pris que la co­mé­dienne avait be­soin d’ar­gent. Comme je le ré­vèle, de­puis le dé­cès de son père, elle ne touche plus le vi­re­ment de 5000 eu­ros que ce­lui-ci lui ver­sait chaque mois de­puis 2004. Du coup, elle a été jus­qu’à em­prun­ter 55 000 eu­ros à un vieil ami de son père, Mar­cel Cam­pion, le roi des fo­rains. As­la­ni a com­pris que le mo­ment était fa­vo­rable. Pour scel­ler un ac­cord, il a pro­po­sé à Lau­ra la pro­prié­té de Marnes-la-Co­quette, éva­luée, par lui, à 15 mil­lions d’eu­ros, et 15% des droits pa­tri­mo­niaux de son père (royal­ties et droits d’au­teur), qui lui au­raient as­su­ré des re­ve­nus ré­gu­liers.

Et pour Da­vid?

Da­vid, fils de Syl­vie Var­tan et mu­si­cien re­con­nu, n’a pas au­tant be­soin d’ar­gent que sa de­mi-soeur. Il est l’époux d’Alexan­dra Pas­tor, riche hé­ri­tière mo­né­gasque. Mais il tient à l’hé­ri­tage ar­tis­tique de son père et vou­drait se voir at­tri­buer les droits d’une ving­taine de ses al­bums, dont « Sang pour sang », le disque qu’il a lui-même com­po­sé et qui de­meure la plus grosse vente de John­ny (2 mil­lions d’exem­plaires)… Hé­las, les pour­par­lers ont été brus­que­ment in­ter­rom­pus. Le 26 sep­tembre, lors d’une ul­time réunion dans ses bu­reaux, l’avo­cat de Lae­ti­cia a pris pré­texte de la pa­ru­tion d’in­for­ma­tions dans la presse people pour rompre des né­go­cia­tions qui de­vaient res­ter stric­te­ment confi­den­tielles. Les fuites ont été at­tri­buées à Lau­ra, mais rien ne le prouve. Elles ont aus­si bien pu être le fait du clan Lae­ti­cia, qui en­tre­tient des re­la­tions étroites avec les titres people.

Quelle est la vraie rai­son de cette in­ter­rup­tion des né­go­cia­tions?

Les dé­fen­seurs de Da­vid et Lau­ra ont dé­cou­vert que Lae­ti­cia était abri­tée der­rière un vé­ri­table bou­clier fis­cal. Ju­ri­di­que­ment, la veuve de John­ny ne pos­sède au­cun bien du chan­teur dé­funt puis­qu’ils sont de­ve­nus la pro­prié­té des trusts. Elle n’est donc pas sol­vable aux yeux du fisc fran­çais. Or, nous l’avons vu, John­ny doit dé­jà 15 mil­lions d’eu­ros au fisc. En plus de cette ar­doise, il va fal­loir ré­gler les droits de suc­ces­sion. So­li­daires des dettes fis­cales de leur père pen­dant dix ans, les en­fants risquent d’en faire les frais. Da­vid a sans doute les moyens de faire face. Mais pour Lau­ra, c’est une ca­tas­trophe. Elle qui se voyait dé­jà avec les 15 mil­lions de la villa de Marnes-la-Co­quette – es­ti­ma­tion au de­meu­rant sur­éva­luée se­lon les pro­fes­sion­nels que j’ai consul­tés – n’em­po­che­rait en dé­fi­ni­tive qu’un pe­tit mil­lion.

Lae­ti­cia est-elle vrai­ment hors d’at­teinte?

En en­ten­dant ses dé­fen­seurs pré­tendre que leur cliente était « as­phyxiée fi­nan­ciè­re­ment », j’ai vé­ri­fié l’état de son pa­tri­moine. C’est l’un des scoops de mon en­quête. Du vi­vant de John­ny, Lae­ti­cia est de­ve­nue pro­prié­taire de 50% de ses biens im­mo­bi­liers (sauf la pro­prié­té de Marnes-la-Co­quette) et de 50% de Born Ro­cker Mu­sic, la so­cié­té de droit ca­li­for­nien vers la­quelle re­montent ses royal­ties. Quand on parle de sa suc­ces­sion, on ne vise donc plus que la moi­tié des biens de la star. Lae­ti­cia pos­sède dé­jà le reste ! De­puis 2002, elle est aus­si co­pro­prié­taire des murs de la boîte de nuit des Bou­dou, L’Am­ne­sia, au Cap-d’Agde.

Mais si elle est pro­prié­taire, ne tombe-t-elle pas dans le fi­let du fisc fran­çais?

D’après mes in­for­ma­tions, en même temps que John­ny, Lae­ti­cia a créé son propre trust. Cette struc­ture pro­tec­trice a pro­ba­ble­ment pris le contrôle de ses biens en propre. Mais je n’ai pas pu le vé­ri­fier car les trusts ne dé­posent pas de comptes. La dif­fi­cul­té pour Lae­ti­cia va sur­tout consis­ter à jus­ti­fier son en­ri­chis­se­ment. Comment a-t-elle pu ac­qué­rir ce pa­tri­moine éva­lué à 28 mil­lions d’eu­ros ? Il faut qu’elle prouve qu’elle a dis­po­sé de re­ve­nus. Sans doute est-ce la rai­son pour la­quelle elle in­siste sur sa fonc­tion de di­rec­trice ar­tis­tique de John­ny.

Vous ex­pli­quez que Jade et Joy, ses deux filles, ont elles aus­si été pri­vées d’hé­ri­tage…

Dans sa ré­cente in­ter­view sur TF1, Lae­ti­cia a pré­ten­du que Jade et Joy n’étaient pas déshé­ri­tées. C’est faux. Dans le droit fran­çais, elles dis­po­se­raient de leur part

à 18 ans, comme les autres en­fants. Mais dans le tes­ta­ment amé­ri­cain de John­ny, rien ne leur est at­tri­bué. John­ny a pré­vu de quoi fi­nan­cer leurs études et leur as­su­rance-san­té. Bi­zar­re­ment, au­cun mon­tant n’est pré­ci­sé. Les sommes sont lais­sées à la dis­cré­tion de leur mère. Dans cette a aire, on peut consi­dé­rer que les deux filles ont des in­té­rêts contra­dic­toires avec leur mère. Or elles ne sont pas re­pré­sen­tées dans le trust par un ad­mi­nis­tra­teur in­dé­pen­dant. A 18 ans, elles ne dé­ci­de­ront pas de la ges­tion post­hume de la car­rière de leur père. A moins qu’elles ne de­mandent à leur mère, par voie ju­di­ciaire, de dis­po­ser des mêmes droits que Lau­ra et Da­vid. Si tou­te­fois les aî­nés par­viennent, d’ici là, à les faire va­loir…

Quel est le rôle de la fa­mille Bou­dou dans cette af­faire?

Ils sont vus comme des Thé­nar­dier par le clan de Da­vid et Lau­ra, mais l’his­toire est un peu plus com­plexe. Après avoir fort bien réus­si au Cap-d’Agde, où ils ont créé l’Am­ne­sia, une boîte de nuit qui at­tire les meilleurs DJ de la pla­nète, ces au­to­di­dactes ont ex­por­té le concept à Mia­mi. C’est à l’Am­ne­sia de Mia­mi que John­ny a ren­con­tré Lae­ti­cia, alors ap­pren­ti man­ne­quin ti­mide, pous­sée dans les bras de la star par son père, An­dré. « A l’époque, John­ny était un ar­tiste dé­pres­sif, bour­ré de drogues, qui traî­nait 23 mil­lions de dettes. Ma fille lui a fait du bien en lui don­nant son amour », ré­su­me­ra ce­lui que l’on sur­nomme « Dé­dou », en 2018. C’est donc le coup de foudre. Et le ma­riage de­vant le gra­tin du show­biz un an plus tard… Om­ni­pré­sent, An­dré Bou­dou de­vient le pro­tec­teur du couple. La vie avec John­ny, ses ad­dic­tions et ses sautes d’hu­meur n’est pas fa­cile. An­dré dit avoir pas­sé dix-neuf ans, vingt­quatre heures sur vingt-quatre, avec sa fille et son gendre. C’est tout de même très par­ti­cu­lier.

An­dré Bou­dou n’a pas fait faire de bonnes af­faires à John­ny…

En 1997, sous la pres­sion d’in­ves­tis­seurs peu re­com­man­dables, il re­vend L’Am­ne­sia de Mia­mi. Il réa­lise une belle plus-va­lue. Mais à Bo­ni­fa­cio, la fran­chise de L’Am­ne­sia, qu’il a im­plan­tée avec le sou­tien du clan Lan­tie­ri et le par­rai­nage de John­ny, est dé­truite à l’ex­plo­sif en 2000… Un coup des ma­fieux corses ? On ne le sau­ra ja­mais. Mais, à l’époque, John­ny est me­na­cé et pla­cé sous pro­tec­tion po­li­cière. En 2003, An­dré Bou­dou lance L’Am­ne­sia à Pa­ris, sous la tour Mont­par­nasse, en as­so­cia­tion avec son gendre ro­cker et de mys­té­rieuses so­cié­tés o shore dont on re­trouve la trace dans les Pa­na­ma Pa­pers. Ce se­ra un échec. Très im­pli­qué dans les a aires de John­ny, « Dé­dou » le pousse à rompre avec sa mai­son de disques, Uni­ver­sal, et à écar­ter Jean-Claude Ca­mus, le plus gros pro­duc­teur de concerts fran­çais. Cette ges­tion est ca­la­mi­teuse. Et, en 2012, Sé­bas­tien Far­ran, l’ex-ma­na­ger de NTM et de JoeyS­tarr, sé­duit John­ny et s’im­pose comme son nou­vel homme de confiance. An­dré Bou­dou, pour­sui­vi par le fisc, tombe en dis­grâce.

Les Bou­dou n’ont pas dis­pa­ru pour au­tant…

De­puis la mort de John­ny, les Bou­dou es­saient tant bien que mal de se faire dis­crets. Ma­mie Rock est re­tour­née vivre à Mar­seillan, dans l’Hé­rault. Mal­gré son âge, alors que chaque jour compte, elle n’a pas re­vu Lae­ti­cia pen­dant presque un an. Pour une grand-mère et sa pe­tite-fille, cen­sées être proches, c’est éton­nant. Lae­ti­cia tient aus­si son père à dis­tance. Alors qu’elle se trou­vait à Saint-Barth quand il a fait un in­farc­tus, en avril 2018, elle n’a pas sau­té dans un jet pri­vé pour al­ler le voir aux ur­gences à Fort-de-France. Il a été bles­sé par son at­ti­tude. Et dé­nonce l’« em­prise de Sé­bas­tien Far­ran » sur sa fille. Ce­la dit, il reste une per­sonne de confiance des Bou­dou au­près de Lae­ti­cia : Syl, la nounou de Jade et Joy. Fi­na­le­ment, de­puis que Lae­ti­cia a ren­con­tré John­ny, en 1995, il y a tou­jours eu un membre de la fa­mille ou un « émis­saire » des Bou­dou à ses cô­tés.

Pour­tant, Lae­ti­cia semble maî­tri­ser la si­tua­tion. Quel re­gard por­tez-vous sur ce per­son­nage de « veuve noire » qui in­quiète et fas­cine?

La jeune fille ti­mide est de­ve­nue une femme forte, en­tou­rée des meilleurs conseillers. Elle dis­pose d’un bou­le­vard pour mettre en va­leur l’hé­ri­tage ar­tis­tique de John­ny. On at­tend une grande ex­po­si­tion consa­crée à la star, une co­mé­die mu­si­cale et pour­quoi pas un mu­sée. Lae­ti­cia est in­tel­li­gente et semble avoir du coeur, mais elle manque de psy­cho­lo­gie. Pour­quoi avoir lais­sé Lau­ra – sa bête noire de­puis l’ori­gine – sans la moindre pers­pec­tive ? Son image sou re de ce conflit. Beau­coup de fans ont ap­pris à la dé­tes­ter. Elle a tou­jours eu du res­pect et même de l’ad­mi­ra­tion pour Da­vid, qui est plus âgé qu’elle et qui as­pire à de­ve­nir le nou­veau chef de fa­mille. Pour­quoi ne cherche-t-elle pas un ac­cord avec lui ? L’ar­mée d’avo­cats, de consul­tants et de conseillers qui dé­fendent ses in­té­rêts de­vraient voir plus loin que leurs fac­tures d’ho­no­raires. (1) « Dans mes yeux », éd. Plon, 2013.

Le 9 oc­tobre, Lae­ti­cia Hal­ly­day sort d’un ren­dez-vous avec l’avo­cat Ar­da­van Amir-As­la­ni.

Spé­cia­liste du show­bu­si­ness, Lé­na Lu­taud, est grand re­por­ter au « Fi­ga­ro ».

La fa­mille unie de­vant le cer­cueil de John­ny, à Saint-Barth, le 11 dé­cembre 2017.

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