JOHN­NY LE PO­LAR DE L’HERITAGE

Se­crets de fa­mille, mon­tages fis­caux, mai­sons ca­chées…

L'Obs - - La Une -

Ventes re­cord, ba­taille au­tour de la suc­ces­sion et in­trigues fa­mi­liales… Un an après sa mort, le “hé­ros na­tio­nal” reste om­ni­pré­sent. Et voi­ci que l’on dé­couvre les ar­canes de son bu­si­ness

Par SYL­VAIN COU­RAGE

Mon pays, c’est l’amour », chante John­ny Hal­ly­day de­puis l’au-de­là. Ce 1 er no­vembre, age­nouillée de­vant sa tombe, à Saint-Barth, son épouse, Lae­ti­cia, a or­ga­ni­sé une pieuse veillée… de­vant la ca­mé­ra de BFM ! Dans la douce nuit ca­ri­béenne, à la lueur des bou­gies, fans et amis en­tonnent : « Je viens d’un en­droit/Sans dra­peau ni fron­tière/Une terre sans loi/Où per­sonne ne se perd ».

On ne sau­rait mieux dire. Près d’un an après sa dis­pa­ri­tion, le ro­cker à la fran­çaise est om­ni­pré­sent. Son al­bum post­hume se vend comme des mor­ceaux de la vraie Croix (voir p. 32). Livres, hom­mages té­lé­vi­suels et re­prises plus ou moins ins­pi­rées s’amon­cellent. Quant à la chro­nique people, elle s’en­ri­chit chaque jour de nou­veaux épi­sodes cro­qui­gno­lesques (voir p. 34). Lau­ra flingue Lae­ti­cia, Ma­mie Rock vole au se­cours de sa pe­tite-fille, « Dé­dou » as­sas­sine le ma­na­ger, Syl­vie Var­tan s’en mêle… Comme si notre in­cre­vable « Jo­jo » était tou­jours par­mi nous !

Voi­là pour la face vi­sible de l’astre. Mais il y a tou­jours eu une part d’ombre. A l’ins­tar de Ro­bert John­son, mes­sie du blues, John­ny a peut-être ven­du son âme au diable, à la tom­bée du jour, au car­re­four d’une mau­vaise route du Mis­sis­sip­pi. John­ny est mort, qu’il re­pose en paix. Reste le Ma­lin et un fi­chu tes­ta­ment amé­ri­cain. A sa veuve, tout re­vient. A ses en­fants, rien !

Dans son livre « Ils se sont tant ai­més… », Lé­na Lu­taud, grand re­por­ter au « Fi­ga­ro », brosse un ta­bleau fouillé de cette ba­taille pour le ma­got du Tau­lier. Plan­quée der­rière les trusts ca­li­for­niens où ont émi­gré les biens et les droits ar­tis­tiques de notre ro­cker na­tio­nal, Lae­ti­cia at­tend de pied ferme Lau­ra et Da­vid, les en­fants des pre­miers lits. Mais ce que nous ap­prend Lé­na Lu­taud, c’est que l’ob­jet prin­ci­pal de ce mon­tage fi­nan­cier pour­rait bien être d’échap­per aux gri es du fisc qui course John­ny et sa sma­la de­puis cin­quante ans…

Jean-Phi­lippe le Belge, de­ve­nu John­ny l’Amé­ri­cain, au­rait-il en­fin réa­li­sé son rêve de self-made-man qui ne doit rien à Ber­cy ? Voi­là qui fait mau­vais genre pour ce « hé­ros fran­çais » cé­lé­bré par un « hom­mage po­pu­laire » en la pré­sence du pré­sident de la Ré­pu­blique et de ses deux pré­dé­ces­seurs.

« J’en par­le­rai au Diable », pré­vient John­ny dans une de ses chan­sons d’outre-tombe, qui sonne comme un aver­tis­se­ment à tous ceux qui guignent ses dol­lars. « Il sau­ra m’écou­ter/L’in­no­cent, le cou­pable/L’homme que j’ai été ». Preuve sup­plé­men­taire que les der­nières vo­lon­tés de la star sont aus­si gra­vées dans son al­bum. En ré­ponse à sa bel­le­mère, qui a im­po­sé le titre « Mon pays, c’est l’amour » à cet ul­time opus, Lau­ra, la guer­rière, a fait sa­voir que ce n’était pas le choix de son père, qui au­rait pré­fé­ré l’in­ti­tu­ler « Made in rock’n’roll ». C’eût été plus juste.

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