Ver­tige des fif­ties à Royan

La ville “la plus cin­quante de France”, la­bo­ra­toire ar­chi­tec­tu­ral tein­té d’in­fluence bré­si­lienne, se dé­voile, à seule­ment une heure de La Ro­chelle

L'Obs - - Sommaire - Par ISA­BELLE VATAN

B om­bar­dée à deux re­prises par les Al­liés pour éra­di­quer une poche al­le­mande en 1945, Royan s’est ré­in­ven­tée après la guerre. Il a fal­lu re­cons­truire cette ci­té bal­néaire dé­truite à 85%. Pour l’ar­chi­tecte en chef Claude Fer­ret, pas ques­tion de re­pro­duire la ville à l’iden­tique. Il mise plu­tôt sur le tout-bé­ton et l’avè­ne­ment de la voi­ture. Si les pre­miers bâ­ti­ments sont fi­dèles au style d’avant-guerre, la donne va vite chan­ger. En 1947, le hors-sé­rie de la re­vue « l’Ar­chi­tec­ture d’au­jourd’hui » pré­sente le com­plexe bré­si­lien Pam­pul­ha, des­si­né par Os­car Nie­meyer pour la ville de Be­lo Ho­ri­zonte. Ce Le Cor­bu­sier tro­pi­cal marque alors l’ar­chi­tecte fran­çais et ses re­crues, qui laissent libre cours à leur créa­ti­vi­té.

Em­blé­ma­tique, le su­perbe mar­ché cen­tral en forme de co­quille Saint-Jacques (Si­mon et Mo­ris­seau) – avec son toit blanc au­to­por­tant en bé­ton on­du­lé – donne le ton. Tan­dis qu’un ex­tra­va­gant ca­si­no, mal­heu­reu­se­ment dé­truit en 1985, fer­mait la grande courbe du front de mer. Autre icône, l’église Notre-Dame (Gillet) dé­route. La « ca­thé­drale » im­po­sante en bé­ton brut, haute de 56 mètres, tranche avec la pers­pec­tive ho­ri­zon­tale et le blanc im­ma­cu­lé de la ville. On y en­tre­ra par le haut pour en prendre toute sa (dé)me­sure. A l’in­té­rieur se dé­voilent une lu­mi­no­si­té et des vo­lumes épous­tou­flants. On se croi­rait à bord d’un vais­seau de « Star Wars ». Non loin, on se perd dans le quar­tier Fon­cil­lon, où les vil­las fif­ties se suc­cèdent : la « Spi­rou » rap­pelle les des­sins de Fran­quin, la « Grille-Pain » est fen­due d’une cage d’es­ca­lier bleue évo­quant des toasts… De re­tour dans le centre, la gare rou­tière en forme de vir­gule, ins­pi­rée par la Ca­sa do Baile de Nie­meyer, abrite la ga­le­rie d’art Louis-Si­mon. A l’ouest, la su­blime villa « Boo­me­rang » (Mar­mou­get), jaune, orange et bleue sur pi­lo­tis (pho­to ci-des­sus), do­tée d’une échelle qui re­lie le bal­con à la pis­cine, vaut aus­si le dé­tour.

De­puis, on parle d’« école de Royan » mê­lant courbes, cou­leurs, es­ca­liers aé­riens, claus­tras, fer­ron­ne­ries gra­phiques, cas­quettes de bé­ton… Ce n’est que ré­cem­ment que la ville a por­té un nou­veau re­gard sur la ri­chesse de son ar­chi­tec­ture mo­derne. En 2011, elle re­çoit le la­bel Art et His­toire et va­lo­rise de­puis son pa­tri­moine unique en France. Dans le quar­tier du Parc, les époques se mé­langent. Le long de la Grande-Conche, il faut voir le contraste entre « Ombre Blanche » (Bon­ne­foy) aux airs de poste de ra­dio vin­tage (dont la ma­quette est ex­po­sée au Mu­sée de Royan) et sa cos­sue villa voi­sine du A cô­té, l’hô­tel Le Trident Thyr­sé n’a pas bou­gé de­puis 1955. Les grands-pa­rents des ac­tuels pro­prié­taires avaient ache­té la villa « Mont­cas­sel » en 1938, ra­sée en 1945. Ils ont de­man­dé à Hen­ri Zim­mer de construire à la place un hô­tel « mo­derne ». Res­té dans son jus avec ses meubles d’époque, le deux-étoiles o re au­jourd’hui une pa­ren­thèse vin­tage avec vue sur la mer. Un spot de choix pour par­faire l’im­mer­sion.

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