Ro­man et ci­né­ma Lo­li­ta, Pa­lace et na­zillons

Alors qu’EVA IONESCO re­vient avec un film sur les nuits pa­ri­siennes dont elle fut une reine, son ma­ri, SI­MON LI­BE­RA­TI, pu­blie “OC­CI­DENT”, ro­man han­té par les fan­tasmes de l’ex­trême droite. Ren­contre

L'Obs - - SOMMAIRE - Pro­pos recueillis par ÉLI­SA­BETH PHI­LIPPE Pho­to AÏ BARREYRE

OC­CI­DENT, par Si­mon Li­be­ra­ti, Gras­set, 496 p., 22 eu­ros. UNE JEU­NESSE DO­RÉE, par Eva Ionesco, en salles le 16 jan­vier.

Si­mon Li­be­ra­ti et Eva Ionesco ne sont pas frère et soeur, mais ma­ri et femme. Et, se­lon toute vrai­sem­blance, deux adultes. Pour­tant, leur couple rap­pelle étran­ge­ment ce­lui for­mé par Paul et Eli­sa­beth, les ga­mins tur­bu­lents des « En­fants ter­ribles ». Des phrases du ro­man de Coc­teau dé­crivent à mer­veille ces amou­reux cha­mailleurs et in­ven­tifs, dont l’idylle fu­sion­nelle est une oeuvre en soi. Celle-ci par exemple : « Cette chambre était une ca­ra­pace où ils vi­vaient, se la­vaient, s’ha­billaient, comme deux membres d’un même corps. » De­puis qu’ils se sont re­trou­vés en 2013, après s’être fur­ti­ve­ment croisés dans leur folle jeu­nesse, l’écri­vain dan­dy aux airs mé­phis­to­phé­liques et la ci­néaste à l’al­lure de pin-up ne se quittent plus. Cette sym­biose se re­trouve dans leur tra­vail. En 2015, Si­mon Li­be­ra­ti pu­bliait « Eva », chant d’amour à sa muse, ex-en­fant ob­jet ex­ploi­tée par sa mère pho­to­graphe. Cette jeu­nesse bou­sillée, Eva Ionesco l’a elle aus­si ra­con­tée dans un film, « My Lit­tle Prin­cess », et dans un livre, « In­no­cence ».

Af­fi­chant les mêmes ré­fé­rences – Sade, Lau­tréa­mont, Ba­taille, Vis­con­ti –, les époux se nour­rissent aus­si l’un l’autre. En­semble, ils ont écrit le scé­na­rio d’« Une jeu­nesse do­rée », le nou­veau film d’Eva Ionesco, qui re­trace les an­nées Pa­lace, ces nuits pa­ri­siennes dont elle était l’une des reines aux cô­tés d’Ed­wige, Ch­ris­tian Lou­bou­tin ou Fa­ri­da Khel­fa. De son cô­té, Si­mon Li­be­ra­ti pu­blie « Oc­ci­dent », l’his­toire d’un peintre qui s’éprend d’une fille de 16 ans après avoir été ma­ni­pu­lé par une maî­tresse ma­chia­vé­lique. Comme dans « Une jeu­nesse do­rée », l’amour est un jeu cruel, la drogue abonde et les aubes sont longues. Mais c’est son ar­rière-fond po­li­tique, han­té par les fan­tasmes de l’ex­trême droite et d’un dé­clin de l’Oc­ci­dent, qui en fait un ro­man po­ten­tiel­le­ment sul­fu­reux. Les an­ciens « jeunes gens mö­dernes » au­raient-ils vi­ré an­ti­mo­dernes? A moins qu’ils n’aient gar­dé in­tact un cer­tain goût pour la pro­vo­ca­tion.

Comment avez-vous tra­vaillé en­semble sur le scé­na­rio d’« Une jeu­nesse do­rée »?

Eva Ionesco J’étais blo­quée dans l’écri­ture. Jus­qu’à ce que je lise « An­tho­lo­gie des ap­pa­ri­tions », le pre­mier livre de Si­mon, aux thèmes proches de ceux que je vou­lais abor­der : la nuit, les an­nées Pa­lace. J’ai pen­sé que ce gar­çon pour­rait m’ai­der, et c’est comme ce­la que l’on s’est re­trou­vés, en 2013. Si­mon a ap­por­té beau­coup au per­son­nage de Rose, mon double dans le film. Si­mon Li­be­ra­ti Je l’ai ren­due plus agis­sante dans la des­truc­tion de son couple.

Vos deux oeuvres baignent dans des am­biances noc­turnes. Que re­pré­sente la nuit pour vous qui avez été de grands noc­tam­bules?

E. I. L’idée du film était de re­trou­ver une cer­taine cou­leur de la nuit, le goût de la beau­té et du bi­zarre qui nous gui­dait. La nuit, tout est plus in­tense, on est plus saouls, on dit des choses qu’on ne di­rait pas le jour. Comme dans un rêve ou un cau­che­mar. Mon pro­chain livre s’ap­pel­le­ra « Noc­turne ». J’ai l’im­pres­sion d’une nuit in­ter­mi­nable, mais j’aime bien cette idée. S. L. J’ai eu une vie noc­tam­bule ex­trê­me­ment pauvre, com­pa­rée à celle d’Eva. Je suis sor­ti pen­dant trois mois quand j’étais très jeune, il se trouve que c’était les trois bons mois dans l’his­toire de la nuit à Pa­ris.

Dans « Une jeu­nesse do­rée », on re­con­naît des per­sonnes réelles: Ch­ris­tian Lou­bou­tin, Far­dia Khel­fa ou Alain Pa­ca­dis. Idem dans « Oc­ci­dent », où des per­son­nages res­semblent à Fré­dé­ric Beig­be­der et à Lau­ra Smet. Peut-on par­ler d’oeuvres à clés?

E. I. Oui, même si on a beau­coup re­tra­vaillé les rôles pour les ajus­ter aux ac­teurs. Le per­son­nage joué par Alain-Fabien De­lon peut rap­pe­ler Vincent Dar­ré, mais il est plus noir, très proche de Gene Vincent ou de Vince Tay­lor. De même, Hu­bert, in­ter­pré­té par Mel­vil Pou­paud, a un pe­tit cô­té Da­do Rus­po­li [aris­to­crate ita­lien qui a ins­pi­ré « La Dolce Vi­ta », NDLR] et res­semble aus­si à Tha­dée Klos­sows­ki. Et moi, j’étais beau­coup plus dro­la­tique que Rose. Ga­la­téa, for­mi­dable ac­trice, a ap­por­té sa force brute au per­son­nage. S. L. Le per­son­nage prin­ci­pal me res­semble. Mon hé­ros est peintre, et j’ai moi aus­si fait de la pein­ture. J’ai aus­si vé­cu dans un hô­tel. Mais ce n’est pas fon­da­men­tal. E. I. Non, ce qui est très fort, c’est que ton per­son­nage se fasse vo­ler son gosse. Et puis il y a la par­tie cen­trale, ce vor­tex. Pour moi, le plus beau pas­sage, ce sont les pages à Al­gé­si­ras, qui m’ont rap­pe­lé « Deux Dames sé­rieuses », de Jane Bowles. S. L. C’est très gen­til, ça. E. I. Ah, tu vois. S. L. Mais je n’ai pas dit que tu étais mé­chante.

“J’AI MON­TRÉ MES SEINS À UN IRA­NIEN” Eva Ionesco Il y a une di­men­sion très théâ­trale dans le film et dans le livre, un cô­té ma­ri­vau­dage.

E. I. A l’époque, on vou­lait que notre vie res­semble au ci­né­ma. On était im­pré­gnés de films noirs, de Vis­con­ti. C’est vrai, le chas­sé-croi­sé in­time entre Michel, Rose, Hu­bert et Lu­cille res­semble à une sorte de ma­ri­vau­dage. Ça se fai­sait beau­coup dans ces an­nées-là. S. L. J’ai peu de goût pour le théâtre. Pour l’his­toire entre Alain

et Pop­pée, j’ai plu­tôt pen­sé aux ro­mans du xviiie, à Cré­billon, à Ner­ciat, à ce dé­sir de maî­trise du li­ber­tin qui contrôle ses sen­ti­ments et joue avec ceux des autres, comme dans « les Liai­sons dan­ge­reuses », une ré­fé­rence ex­pli­cite dans le livre. Le pré­nom Pop­pée fait aus­si ré­fé­rence à l’An­ti­qui­té dé­ca­dente, à la Rome cruelle du « Sa­ty­ri­con » ou de « l’Ane d’or » d’Apu­lée, qui ont été de vraies sources d’ins­pi­ra­tion. Alain, le hé­ros d’« Oc­ci­dent », est peintre, tout comme Michel, l’amant de Rose. E. I. Michel, c’est le double du peintre Charles Ser­ruya, mon pre­mier amour. J’avais en­vie de lui rendre hom­mage. Mais, à la dif­fé­rence de Rose et Michel, Charles et moi n’avons ja­mais mi­che­ton­né! En­fin, moi, une seule fois. J’ai mon­tré mes seins à un Ira­nien dans un hô­tel et j’ai re­çu une boîte de ca­viar en échange. S. L. Pen­dant dix ans, je n’ai fait que peindre. Je vou­lais peindre comme au xvie siècle. Les par­ties tech­niques d’« Oc­ci­dent » viennent de cette ex­pé­rience. Mais le point de dé­part du livre n’était pas la pein­ture, c’était la par­tie cen­trale, tout ce tra­vail sur une vi­sion al­té­rée de la réa­li­té qui est celle d’Emi­na. Cette par­tie cen­trale res­semble à une longue hal­lu­ci­na­tion. C’est presque de l’écri­ture au­to­ma­tique. Au coeur d’« Une jeu­nesse do­rée », le pas­sage où Rose et Michel s’ins­tallent dans le châ­teau de Lu­cille et Hu­bert est aus­si très oni­rique. E. I. Beau­coup de ces scènes de beu­ve­rie et d’or­gie ont été im­pro­vi­sées. Le temps se fait plus lent, plus dis­ten­du. S. L. J’avais tou­jours peur que ça tourne à la co­mé­die à la fran­çaise ! E. I. Ben avec toi, oui ! Pour Si­mon, les scé­na­rios, c’est la ré­cré ! Il faut le frei­ner parce qu’il se lâche énor­mé­ment; ça de­vient du Max Pé­cas ! Dans « Une jeu­nesse do­rée », les an­nées Pa­lace semblent vues à hau­teur d’en­fant. E. I. J’avais 11 ans et de­mi quand j’ai com­men­cé à sor­tir. Pour re­créer le Pa­lace que j’ai connu, j’avais des images des « Grem­lins » et de co­mé­dies mu­si­cales. Je ne vou­lais pas d’un Pa­lace trash. Il y avait des nuits blanches dé­gueu­lasses avec des se­ringues par­tout, ça pou­vait être très dur. Il existe des pho­tos de moi avec Ma­ria Sch­nei­der qui sont ter­ribles. S. L. Oh, ter­ribles, non… Tu as juste des grosses joues et l’air un peu fa­ti­gué.

“LE SU­JET DE LA NYMPHETTE EST DE­VE­NU TRÈS SEN­SIBLE” Si­mon Li­be­ra­ti

Eva, vous avez ra­con­té comment votre mère vous a ex­ploi­tée en vous pho­to­gra­phiant dans des mises en scène por­no­gra­phiques. Dans ce film aus­si, l’in­no­cence de l’en­fance semble per­ver­tie par les adultes. E. I. Lu­cille, in­car­née par Isa­belle Hup­pert, re­pré­sente la fi­gure du mal. Elle est vé­né­neuse, mys­té­rieuse. Elle et Hu­bert per­ver­tissent les jeunes Rose et Michel, mais en même temps, ils leur ap­prennent la vie. Il y a quelque chose de sa­dien, une cer­taine poé­sie, mais rien de sor­dide. S. L. A l’époque, la nuit avait un cô­té ogresque, avec des gens qui sor­taient uni­que­ment pour cher­cher de la chair fraîche. E. I. Il y avait même Ro­land Barthes en cha­ren­taises, et il ma­tait tous les mecs. S. L. Et la pé­do­phi­lie était moins ré­pré­hen­sible qu’au­jourd’hui. Jus­te­ment. Vous met­tez en scène dans « Oc­ci­dent » une re­la­tion amou­reuse entre Alain, qui a plus de 50 ans, et Emi­na, ga­mine pau­mée de 16 ans. Par simple en­vie de cho­quer? S. L. C’était dé­jà une di­men­sion pré­sente dans « An­tho­lo­gie des ap­pa­ri­tions » et dans « Eva ». J’uti­lise d’au­tant plus li­bre­ment cette thé­ma­tique qu’elle n’a pas de rap­port avec la réa­li­té ou avec ce que je suis. Chez moi, ça vient du livre « Moi, Ch­ris­tiane F., 13 ans, dro­guée, pros­ti­tuée ». Quand j’ai écrit « An­tho­lo­gie », j’avais deux mo­dèles en tête : Eva et Ch­ris­tiane F. E. I. Sym­pa… S. L. Lou­bou­tin t’ap­pe­lait Ch­ris­tiane F., alors ar­rête… Je suis un lec­teur de « Lo­li­ta » de­puis tou­jours. Mais il est évident qu’au­jourd’hui le su­jet de la nymphette est de­ve­nu très sen­sible. Je pense que je le traite de fa­çon re­la­ti­ve­ment bé­nigne. « Lo­li­ta » a été pu­blié en 1955. Pour­quoi re­pré­sen­ter ain­si les rap­ports hommes-femmes, avec la femme éter­nel­le­ment mi­neure, éter­nel­le­ment muse? S. L. J’ai un cer­tain fonds de com­merce et je suis peut-être al­lé à la fa­ci­li­té. Mais le couple for­mé par Alain et Emi­na m’amu­sait. La vio­lence entre eux crée une am­biance qui rap­pelle celle des scènes de mo­tels dans « Lo­li­ta ». J’aime pro­fon­dé­ment le ro­man de Na­bo­kov. Quand on aime un livre avec ef­fu­sion, on n’a qu’un rêve, c’est de le ré­écrire. Que pen­sez-vous de cette re­la­tion entre Emi­na et Alain, Eva? E. I. Entre eux, c’est sur­tout men­tal, presque mé­ta­phy­sique. S. L. Comme le dit Eva, il s’agit da­van­tage d’une re­la­tion men­tale entre deux êtres épris d’idéal que d’une re­la­tion sexuelle entre une très jeune fille et un homme âgé. A par­tir de là, je me sens un peu dé­doua­né. L’autre as­pect ten­dan­cieux d’« Oc­ci­dent », c’est son ar­riè­re­fond po­li­tique. Alain – qui s’ap­pelle Alain Le­roy, comme le hé­ros du « Feu fol­let », de Drieu La Ro­chelle – a un pas­sé de mi­li­tant d’ex­trême droite, dé­plore le dé­clin de l’Oc­ci­dent…

Là aus­si, avez-vous choi­si ce thème à des fins po­lé­miques? S. L. C’est vrai que le livre peut cho­quer par cet as­pect, mais j’aborde ce su­jet de fa­çon vo­lon­tai­re­ment dé­pas­sion­née. D’au­tant que ça n’a rien d’au­to­bio­gra­phique. J’ai pu croi­ser des types qui res­sem­blaient aux na­zillons du livre. Je ne parle pas du tout d’Alain So­ral, ici. Quand je l’ai connu, on mi­li­tait en­semble au Par­ti com­mu­niste. L’idée que mon hé­ros se­rait un an­cien ner­vi d’ex­trême droite m’est ve­nue as­sez vite, pour des rai­sons dra­ma­tur­giques. Je vou­lais qu’il y ait un re­tour­ne­ment, une his­toire de ven­geance : c’est en rap­pe­lant son pas­sé néo­na­zi que l’on tente de dé­cré­di­bi­li­ser mon hé­ros. Mais il y a une forme d’hu­mour dans tout ça. Lors d’un dî­ner mon­dain, Alain pense : « Je com­pris que l’avant-garde de la vie in­tel­lec­tuelle pa­ri­sienne […] était en train de pas­ser à l’an­ti­mo­der­nisme. » Vous consi­dé­rez-vous comme an­ti­mo­derne? E. I. Si­mon dé­teste la mo­der­ni­té et la réa­li­té ac­tuelle. S. L. J’ai pas­sé des an­nées 1980 épou­van­tables et j’étais très ré­tro­grade. J’ai­mais Bau­de­laire, et de Bau­de­laire, je suis ar­ri­vé à Jo­seph de Maistre. Ses « Soi­rées de Saint-Pé­ters­bourg » me fas­ci­naient. Je me suis donc re­trou­vé dans un uni­vers à contre-cou­rant des Lu­mières, de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise. Il se trouve qu’au­jourd’hui ce­la a des ré­so­nances avec ce qui se passe dans la vie in­tel­lec­tuelle. Vous avez tra­vaillé long­temps pour le ma­ga­zine fé­mi­nin ico­no­claste « 20 Ans ». Alain So­ral y si­gnait des pa­piers, et Michel Houel­le­becq y était sou­vent in­ter­viewé… Au­jourd’hui, So­ral est un idéo­logue d’ex­trême droite, et Houel­le­becq af­fiche des opi­nions très ré­ac­tion­naires. S. L. A par­tir des « Par­ti­cules élé­men­taires », Houel­le­becq a dé­ve­lop­pé toute une théo­rie contre Mai-68, très proche de notre po­si­tion­ne­ment, in­fluen­cé par le phi­lo­sophe Michel Clous­card. Isa­belle [Cha­zot, ré­dac­trice en chef de « 20 Ans », NDLR] était très proche de Michel, moi je l’ai peu connu. J’ai­mais ses livres. Mais ses po­si­tions contre l’is­lam, je ne les suis pas du tout. Pour­riez-vous don­ner une in­ter­view à « Va­leurs ac­tuelles » comme Houel­le­becq l’a fait? S. L. Je ne suis pas sec­taire. Pour moi, « Va­leurs ac­tuelles » reste as­so­cié au « Spec­tacle du monde », où l’on pou­vait lire les cri­tiques for­mi­dables de Re­ba­tet sur Vis­con­ti, Pa­so­li­ni. Po­li­ti­que­ment, où vous si­tuez-vous? S. L. Jus­qu’à Maas­tricht, je vo­tais com­mu­niste. De­puis, j’ai ces­sé de m’in­té­res­ser à la po­li­tique et trou­vé re­fuge dans l’es­thé­tisme. De toute fa­çon, dans les ro­mans, on peut dire n’im­porte quoi puisque ça ne se vend plus. C’est mer­veilleux !

Eva Ionesco et Si­mon Li­be­ra­ti.

Lu­kas Ionesco et Ga­la­téa Bel­lu­gi dans « Une jeu­nesse do­rée ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.