10 PISTES POUR DES RE­LA­TIONS PACIFIÉES

Le conflit c’est bien, à condi­tion d’ar­ri­ver à le gé­rer, voire à l’an­ti­ci­per. Pour ce­la, com­men­cez par suivre ces quelques règles simples

L'Obs - - EN COUVERTURE - Par MOR­GANE BER­TRAND, BAR­BA­RA KRIEF et BAP­TISTE LE­GRAND

1 Ac­cueillir ses émo­tions Con­nais­sez-vous l’image du « cer­veau dans la main », de Da­niel Sie­gel ? Ce neu­ro­psy­chiatre amé­ri­cain illustre ain­si ce qui se passe dans le cer­veau quand nous sor­tons de nos gonds. Main fer­mée sur le pouce : état calme. Main ou­verte : grosse co­lère, quand le tronc cé­ré­bral, siège de nos émo­tions, s’est dé­con­nec­té du cor­tex pré­fron­tal, siège de la lo­gique, de la dé­ci­sion, de l’em­pa­thie, qui ré­gule les a ects. La dis­ci­pline po­si­tive nous in­vite à prendre un temps de pause pour re­con­nec­ter les deux par­ties de notre cer­veau. Res­pi­ra­tion, marche, éti­re­ments… Cha­cun peut trou­ver sa fa­çon de re­de­ve­nir pré­sent à soi et, dit-on en com­mu­ni­ca­tion non vio­lente (CNV), « ac­cueillir ce qu’il vit ».

2 Faire confiance

Non, l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Il re­cherche na­tu­rel­le­ment son bien-être et ce­lui des autres. Même en cas de conflit. Se­lon Mar­shall Ro­sen­berg, l’in­ven­teur de la CNV, nous avons été édu­qués avec la croyance que l’être hu­main ne sait pas dis­tin­guer le bien du mal et qu’il faut le dres­ser par la ré­com­pense et la pu­ni­tion. Si l’on dé­cide au contraire de par­tir du prin­cipe qu’il est na­tu­rel­le­ment em­pa­thique, on est en confiance pour dire à l’autre ce qui nous dé­range et on peut com­men­cer à co­opé­rer. Comme l’a mon­tré la pé­diatre Ca­the­rine Gue­guen, les neu­ros­ciences va­lident cette hy­po­thèse.

3 S’abs­te­nir de ju­ger

La fa­çon de s’ex­pri­mer n’a rien d’ano­din. Dans une si­tua­tion ten­due, mieux vaut par­ler de ce que l’on res­sent plu­tôt que de por­ter un ju­ge­ment sur l’autre. C’est l’un des grands prin­cipes de la com­mu­ni­ca­tion non vio­lente. « Ce­la évite les culpa­bi­li­sa­tions, les gé­né­ra­li­sa­tions qui pro­voquent la fer­me­ture chez l’autre », ex­plique Ca­the­rine Sch­mi­der, co­fon­da­trice de l’as­so­cia­tion Dé­clic-CNV et Edu­ca­tion. Par exemple, au lieu de dire à un en­fant : « Tu es pé­nible, quand tu em­bêtes ta soeur », pré­fé­rer : « Quand je te vois bous­cu­ler ta soeur, je ne suis pas d’ac­cord, je tiens à ce que l’on se res­pecte. » L’en­fant qui ne se sent pas agres­sé est plus ré­cep­tif.

4 Pros­crire les tex­tos

Der­rière un écran, on a vite fait d’écrire le mot de trop. « Il est qua­si­ment im­pos­sible de né­go­cier par e-mail, il faut être au té­lé­phone ou face à face pour per­ce­voir les in­to­na­tions et les émo­tions », sou­ligne Yves Halifa, mé­dia­teur en en­tre­prise. Té­moi­gnage de Béatrice, 28 ans : « Sur l’écran, j’écris plus vite que je ne parle, sans trop ré­flé­chir. Le fait de ne pas voir le des­ti­na­taire crée une dis­tance pro­pice au conflit. » La jeune femme, qui élève ra­re­ment la voix, peut alors « écrire des mots très bru­taux » : « Je monte vite en pres­sion. Avec ma com­pagne, on peut se prendre la tête sur qui va faire les courses... J’en ar­rive à lui écrire que je vais la quit­ter ! »

5 De­man­der de l’aide

Par­fois, l’aide d’un tiers est in­dis­pen­sable pour sor­tir d’un conflit. « Nous ne sommes pas tout-puis­sants. A force de conseils gla­nés ici et là, nous pen­sons pou­voir ré­soudre seuls des crises. Nous nous im­pro­vi­sons psy de notre par­te­naire. Mais ça ne fonc­tionne pas comme ça », ana­lyse Vincent Heu­lin, thé­ra­peute de couple. Il uti­lise l’approche Ima­go, qui voit dans les conflits des op­por­tu­ni­tés de gran­dir. Les amis ne sont pas là pour ça. Pré­fé­rez un pro­fes­sion­nel (psy, mé­dia­teur…), ar­mé de son sa­voir-faire et sans lien a ec­tif avec les pro­ta­go­nistes.

6 Se mé­fier du pour­ris­se­ment

Pas un ha­sard si le ré­veillon a ins­pi­ré tant de films. Les huîtres sont dé­li­cieuses, tout va très bien jus­qu’au mo­ment où la belle-soeur re­proche à la grand-mère d’avoir tou­jours pri­vi­lé­gié l’un de ses fils et d’être res­pon­sable de l’ano­rexie de la nièce... Comme lors d’un hé­ri­tage, c’est toute une pe­lote de l’his­toire fa­mi­liale qu’il faut dé­mê­ler. La faute aux « conflits froids ». Du­rant des an­nées, les mal­en­ten­dus ont été niés et avec le temps le pe­tit sen­ti­ment d’in­jus­tice est de­ve­nu une énorme ran­coeur. « Si on laisse pour­rir le conflit, il de­vient pa­tho­gène. Il faut en re­pé­rer au plus tôt les signes avant-cou­reurs », ex­plique Ma­rie-Jo­sé Ga­va, mé­dia­trice.

7 Pri­vi­lé­gier le dia­logue

Mais on peut aus­si éloi­gner le conflit… en le pré­voyant ! C’est ce que pro­posent les « sys­tèmes res­tau­ra­tifs », sorte de feuilles de route construites par un groupe pour gé­rer le conflit. Ce do­cu­ment d’une de­mi-page dé­taille le pro­ces­sus de mé­dia­tion, avec les noms de « fa­ci­li­ta­teurs » que l’on peut sai­sir, des lieux où se réunir. Si le conflit ar­rive, le fa­ci­li­ta­teur pro­pose un temps d’écoute, une mé­dia­tion, un cercle de pa­role ou en­core un « cercle res­tau­ra­tif », dis­po­si­tif d’écoute ul­tra-e cace. Plu­sieurs col­lèges et ly­cées ont dé­jà fait ap­pel à cette mé­thode pour res­sou­der une équipe édu­ca­tive, une classe, ou pour ré­gler des pro­blèmes de har­cè­le­ment.

8 Etre à l’écoute

Toute re­la­tion mé­rite qu’on lui consacre du temps et qu’on lui ré­serve des es­paces sanc­tua­ri­sés. En­core faut-il le faire en conscience et avec em­pa­thie. Il ne faut pas se lais­ser en­va­hir par les sen­ti­ments né­ga­tifs. L’idéal est d’écou­ter l’autre sans a prio­ri, de le lais­ser ar­gu­men­ter, de lui po­ser des ques­tions pour qu’il re­for­mule sa pen­sée, pas pour le contes­ter. « Ecou­ter, ce n’est ni don­ner des conseils, ni conso­ler, ni cher­cher des so­lu­tions, mais re­joindre l’autre », ex­plique la thé­ra­peute Ca­the­rine Sch­mi­der. La mul­ti­pli­ca­tion de ces mo­ments par­ta­gés per­met d’en­trer dans la lo­gique de l’autre, même et sur­tout si elle ne nous est pas fa­vo­rable. Et d’ex­pri­mer des désac­cords, sans co­lère ni vio­lence.

9 Ché­rir la na­ture

Ces­sons de crier et sor­tons. Un conflit se ré­sout plus ai­sé­ment hors les murs. L’idéal ? Se mettre au vert. Jean-Luc Cha­va­nis, mé­dia­teur, ra­conte l’ex­pé­rience d’une mère de fa­mille d’ac­cueil dé­cou­vrant que le jeune de 17 ans la vo­lait. « En co­lère, elle a failli le gi­fler, mais a eu le ré­flexe de dire : “On va sor­tir pour s’ex­pli­quer.” Dans son jar­din, elle a sou é et a pu lui par­ler de fa­çon apai­sée. » Les cou­leurs, les odeurs, les bruits, l’air sti­mulent nos sens et calment notre cer­veau. Des études de l’uni­ver­si­té de Wa­shing­ton montrent que le cadre na­tu­rel ré­duit le rythme car­diaque et la ten­sion mus­cu­laire, donc le stress. De plus, la na­ture éveille nos « neu­rones mi­roirs » et fa­vo­rise les re­la­tions so­ciales.

10 Oser un autre che­min

Sé­pa­ra­tion, dé­mis­sion, li­cen­cie­ment, di­vorce, éloi­gne­ment… La ré­so­lu­tion de conflit peut connaître di érentes is­sues, plus ou moins ra­di­cales. Mais celles-ci per­mettent par­fois de mettre un terme à une si­tua­tion trop di cile. Al­bert (*) a réus­si à re­tar­der de deux ans la mort de son ma­riage grâce à une thé­ra­pie de couple. Mais ce tra­vail à deux et sur lui-même l’a sur­tout ai­dé à se sé­pa­rer de sa femme et à ren­con­trer une nou­velle com­pagne. De­puis, le couple di­vor­cé par­tage cor­dia­le­ment la garde de leurs deux en­fants. « On s’en­tend bien. La preuve : lorsque mon père est mort l’an der­nier, c’est vers elle que je me suis tour­né. »■

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

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